Rendre le tourisme plus accessible et inclusif

Pascaline David
Collaboration spéciale
Plusieurs études ont mis en lumière un argument de poids pour les structures qui hésitent encore à rendre leurs installations plus inclusives: les revenus engendrés par les personnes handicapées et leurs accompagnateurs. 
Photo: Kéroul Plusieurs études ont mis en lumière un argument de poids pour les structures qui hésitent encore à rendre leurs installations plus inclusives: les revenus engendrés par les personnes handicapées et leurs accompagnateurs. 

Ce texte fait partie du cahier spécial Tourisme d'affaires

Québec a récemment présenté son plan d’action pour un tourisme responsable et durable jusqu’en 2025. L’organisme Kéroul, dont les actions visent à rendre le tourisme et la culture accessibles aux personnes à capacité physique restreinte, s’est réjoui de la présence de mesures favorables à l’inclusion de toutes les clientèles.

Le Québec compte plus d’un million de personnes présentant une incapacité physique, soit 16 % de la population selon l’Enquête canadienne sur l’incapacité de 2017. Et elles voyagent plus qu’on le pense : la valeur économique des activités touristiques et culturelles auxquelles elles participent est estimée à plus d’un milliard de dollars annuellement, selon une étude produite par Kéroul en 2011.

Toutefois, l’accessibilité à certains services et à certaines activités est encore largement insuffisante et devrait être davantage considérée comme un principe transversal. La mesure gouvernementale visant à « soutenir le développement de solutions novatrices en matière d’expérience touristique pour les personnes à mobilité réduite » est donc bien accueillie, bien qu’elle doive être élargie à toutes les personnes en situation de handicap.

« On voit souvent la personne en situation de handicap comme quelqu’un qui se déplace en fauteuil roulant, mais c’est beaucoup plus large, ça peut concerner des personnes avec des difficultés visuelles ou auditives qui ont une certaine autonomie, explique Isabelle Ducharme, présidente de Kéroul. Nous sommes des humains qui ont envie d’aventure et de faire des activités variées, on ne veut pas juste coucher à l’hôtel et revenir. »

Ce sont 59 % des répondants à l’étude de Kéroul, en 2011, qui indiquaient avoir effectué au moins un déplacement au cours des 24 derniers mois en dehors de leur ville ou municipalité pour un voyage d’au moins une nuitée.

Tourisme d’affaires

Elles sont souvent invisibilisées, mais les personnes en situation de handicap sont très présentes sur le marché du travail. Tétraplégique depuis 1988, Isabelle Ducharme a obtenu une maîtrise en gestion et en planification du tourisme et a participé à des congrès professionnels. « Il m’est arrivé plusieurs fois de ne pas pouvoir rester à l’hôtel où était le congrès, car il n’était pas adapté à mes besoins », raconte-t-elle.

Or, les personnes en situation de handicap se déplacent autant à titre de présentateurs que de participants dans les événements professionnels. « Il faut donc autant penser à l’accessibilité de l’hébergement et des lieux de l’événement qu’aux adaptations pour les présentateurs : estrade avec rampe d’accès, table avec micro accessible, précise-t-elle. Il ne faut surtout pas oublier les personnes qui ont une déficience auditive ou visuelle et qui ont besoin d’accommodements pour les communications également. »

En 2018, Tourisme Québec présentait une étude réunissant les bonnes pratiques recueillies à travers le monde pour sensibiliser à la nécessité de supprimer les obstacles rencontrés par les délégués handicapés en voyage d’affaires.

Plusieurs études ont mis en lumière un argument de poids pour les structures qui hésitent encore à rendre leurs installations plus inclusives : les revenus engendrés par les personnes handicapées et leurs accompagnateurs. Le fait de voyager à deux génère, sans surprise, deux fois plus de revenus. Également, les personnes en situation de handicap voyagent souvent moins loin, mais plus longtemps.

Mme Ducharme aime mentionner l’exemple de l’auberge des Gallant, un hôtel situé en Montérégie qui organise souvent des congrès et dont les réservations ont augmenté significativement depuis qu’il a des chambres adaptées aux personnes en situation de handicap.