Survivre en préparant l’après-crise

Catherine Couturier
Collaboration spéciale
La mise sur pause quasi totale du tourisme d’affaires a fait grand mal aux acteurs de l’industrie, particulièrement dans les grands centres.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir La mise sur pause quasi totale du tourisme d’affaires a fait grand mal aux acteurs de l’industrie, particulièrement dans les grands centres.

Ce texte fait partie du cahier spécial Tourisme d'affaires

« Honnêtement, on ne peut même pas dire qu’on s’est revirés de bord, parce que le tourisme d’affaires n’est pas encore revenu », explique Gessée Chartré, du DoubleTree Montréal. Les acteurs du milieu du tourisme d’affaires ont dû en effet s’adapter et innover pour survivre. Et, surtout, préparer l’après-crise.

La mise sur pause quasi totale du tourisme d’affaires a fait grand mal aux acteurs de l’industrie, particulièrement dans les grands centres. « Depuis un an, on est en mode survie », confie Gessée Chartré, directrice des ventes, revenus et marketing à l’hôtel DoubleTree par Hilton Montréal.

Dans certaines régions, le tourisme d’affaires représente 60 % du marché et permet d’allonger la saison au-delà des vacances d’été. Cette pause forcée a donc obligé plusieurs à repenser leur offre, à modifier leurs stratégies et à préparer le retour.

Développer une nouvelle offre

L’Association des femmes en finance du Québec (AFFQ), dont toutes les activités se déroulaient en présentiel, a dû effectuer un virage à 180 degrés : « On organisait presque une centaine d’événements d’affaires ; là, on a tenu une cinquantaine d’événements virtuels », raconte Martine Cantin, directrice générale.

L’AFFQ s’est demandé comment préserver son ADN en virtuel, de façon à offrir du réseautage de qualité. « On s’est rendu compte qu’on ne pouvait pas faire de copier-coller. Il fallait adapter la durée, le format et les horaires des événements », constate Mme Cantin. Le gala annuel a d’abord été complètement repensé pour être tenu en ligne en juin dernier. « On était dans les débuts de la pandémie et nos membres n’étaient pas intéressés par un gala virtuel ! Il a fallu réfléchir et les convaincre qu’on était capables d’innover », se souvient Mme Cantin. En jumelant plusieurs plateformes, en multipliant les petits groupes et les possibilités d’interactions, les organisateurs ont réussi à créer de l’émotion, et les participants ont été agréablement surpris du résultat.

Malgré toutes ces adaptations, le virtuel s’est avéré avantageux sur certains points : l’AFFQ rejoint maintenant des membres hors des grands centres. De plus, il est plus facile et abordable d’inviter des intervenants de l’étranger, et le contact entre les participants et les panélistes se crée plus aisément.

Se réorganiser

Si le virtuel a permis de rapprocher des gens de plus loin, l’avenir du tourisme d’affaires réside peut-être dans le développement d’une clientèle de proximité. Tourisme Shawinigan s’est ainsi activé dans la dernière année à soutenir les entrepreneurs locaux, notamment en les aidant à réfléchir à leur modèle d’affaires. « C’est la plus grande innovation : il faut prendre du recul pour regarder son entreprise et s’adapter. Ce qu’on faisait par habitude, est-ce encore pertinent ? » soulève Valérie Lalbin, directrice générale de Tourisme Shawinigan.

Si les modèles d’affaires d’avant la COVID-19 étaient essentiellement concentrés et influencés par la rentabilité économique, Mme Lalbin croit que la crise a amené une nouvelle réflexion : « Pour être pérennes, on doit inclure les dimensions sociale et environnementale. »

Accueillir autrement

Les entreprises fournisseuses en tourisme d’affaires, qui offraient animation, matériel et décors pour les événements, se sont elles aussi retrouvées du jour au lendemain devant rien. Certains en ont profité pour revoir leur modèle d’affaires et développer une nouvelle gamme de services : studios d’enregistrement, régies, matériel audio et numérique personnalisé. « Ils n’ont eu le choix que de repenser leur métier », constate Mme Lalbin.

C’est le choix que DoubleTree à Montréal a fait, en s’équipant d’un studio pour réaliser des captations, en plus de mettre en place un protocole sanitaire strict, notamment pour les salles de réunion. Le prochain congrès (virtuel) de Tourisme d’affaires Québec s’y déroulera d’ailleurs : seuls les présentateurs et les animateurs seront présents sur place. Une plateforme avec un salon d’exposition virtuel et des kiosques a été créée, permettant aux participants d’y circuler virtuellement ou de prendre rendez-vous avec un exposant pour discuter.

Réfléchir à l’après

« Là où il va falloir innover, c’est quand on va retourner en personne », souligne Mme Cantin. Les gens auront hâte de se retrouver, mais les employeurs seront-ils frileux de payer pour des événements en présentiel ? « Il va falloir rester pertinent, et avoir une offre différentielle, où les gens vivent des expériences », poursuit Mme Cantin. « Chaque hôtel, chaque centre de congrès devra se questionner », ajoute Mme Lalbin. Ils devront offrir une valeur ajoutée et travailler en synergie avec le milieu. « Le tourisme de demain aura une approche davantage micro », croit-elle.

Une chose est certaine : les acteurs du milieu sont impatients d’accueillir les touristes d’affaires. « Nous sommes prêts, nous les attendons. On a hâte de les voir », conclut Gessée Chartré.