Danielle Beaulieu, une entrepreneuse passionnée et avant-gardiste

Pascaline David
Collaboration spéciale
Danielle Beaulieu est propriétaire de l'hôtel Mortagne, qui compte 190 chambres, un restaurant, un centre des congrès et 20 salles de réunion.
Photo: Hôtel Mortagne Danielle Beaulieu est propriétaire de l'hôtel Mortagne, qui compte 190 chambres, un restaurant, un centre des congrès et 20 salles de réunion.

Ce texte fait partie du cahier spécial Tourisme d'affaires

Propriétaire de l’hôtel Mortagne à Boucherville, Danielle Beaulieu a grandi dans l’univers de l’hôtellerie. Malgré une année difficile liée à la crise sanitaire, cette adepte de design et de voyages demeure optimiste quant à la reprise des affaires en 2022.

Danielle Beaulieu est originaire de Kamouraska, petite municipalité de 700 âmes située dans la région du Bas-Saint-Laurent. Peu avant sa naissance, son père y avait acheté une bâtisse abandonnée pour en faire un hôtel de 25 chambres, qui est devenu la résidence de la famille. Une dizaine d’années plus tard, l’homme d’affaires a vendu l’hôtel pour investir dans d’autres établissements de la région de Québec où Danielle Beaulieu a pu faire ses classes.

Elle se rappelle une journée particulièrement marquante, alors qu’elle était âgée de 16 ans et qu’elle s’occupait des petits déjeuners au restaurant les fins de semaine. Un matin, le chef ne s’est pas présenté. « Le grille-pain ne marchait pas bien, les toasts ont brûlé et il y avait de la fumée qui s’échappait vers la salle à manger, puis j’ai dû faire le service de table toute seule », se souvient-elle. Cette expérience un tantinet chaotique lui a valu un pourboire de 5 ¢ de la part de ses premiers clients. « Ce sont des images fortes, s’exclame-t-elle en riant. Sur le coup, on trouve ça épouvantable, mais ça forge le caractère. »

La même journée, elle a dû improviser le service au bar sans aucune connaissance préalable, alors qu’une employée s’était aussi absentée. Très jeune, Mme Beaulieu est ainsi passée par tous les postes de l’hôtellerie. « Je suis reconnaissante envers mon père, car cela a été très formateur et cela m’a donné rapidement confiance. » C’est peu dire, puisque Mme Beaulieu est devenue directrice générale d’un établissement à 19 ans.

L’hôtel Mortagne

Après un retour aux études en administration des affaires à l’Université du Québec à Montréal puis en marketing à l’Université de Montréal pour ajouter des cordes à son arc, Danielle Beaulieu est vite retournée dans le monde de l’hôtellerie. En 2002, son père lançait la construction d’un établissement qui allait devenir l’hôtel Mortagne.

Initialement, il devait être intégré à une chaîne d’hôtels de passage, sans service de restauration. « Je me suis aperçue qu’il avait beaucoup d’allure et qu’on avait une belle occasion de faire ce projet à notre façon, sans bannière », souligne-t-elle.

Elle a également constaté la demande grandissante pour le tourisme d’affaires et l’organisation de banquets. Alors que l’établissement était conçu pour accueillir un maximum de 200 personnes, elle a suggéré à son père d’y construire un centre des congrès. « Nous sommes situés près d’un parc industriel et de l’autoroute 20, donc cela a été une très bonne décision, se souvient-elle. Le succès a été immédiat. »

Devenue propriétaire unique de l’hôtel en 2004, la femme d’affaires a entrepris de nouveaux projets, soit l’ajout d’un restaurant et d’un service de trois repas par jour pour obtenir les 4 étoiles. Elle a aussi fait aménager une terrasse ainsi que 70 chambres supplémentaires. « Il est nécessaire de se réinventer, de se mettre au goût du jour, lance-t-elle. Je veux que l’hôtel soit toujours en avance sur la concurrence. »

Inspirée par les voyages

Cet avant-gardisme est possible grâce à la créativité et à la curiosité de l’entrepreneuse, qui a beaucoup voyagé et a été influencée par ce qu’elle a vu ailleurs. Elle s’est notamment inspirée d’un concept de chambre déconstruite avec le lavabo dans la pièce principale, observée dans un hôtel londonien.

« C’est convivial, et ça répond très bien à la clientèle d’affaires, qui voyage souvent seule, donc la personne peut regarder la télévision tout en se brossant les dents, par exemple, illustre-t-elle. J’aime beaucoup le pratico-pratique combiné au design, indique celle qui a fait appel à plusieurs professionnels pour adapter le concept dans son hôtel. Ma force, ce sont les idées, mais pour les concrétiser, il faut savoir s’entourer des bonnes personnes. »

Mme Beaulieu rêve déjà à un voyage au Japon ou peut-être à Hong Kong et à Singapour en 2023.

L’effet de la pandémie

Alors que les activités de l’hôtel roulaient bien, il a fallu faire face aux conséquences de la crise sanitaire. Danielle Beaulieu a été obligée de renvoyer 95 % du personnel en avril 2020. « Cela a été tout un choc. On est passés d’un endroit plein de vie à une seule personne à la réception et par corps de travail », admet-elle.

La réouverture durant l’été 2020 a eu l’effet d’un baume et a permis de renouer avec l’optimisme avant le deuxième confinement. Cette fois-ci, la propriétaire a décidé de maintenir le service de restauration en chambre, afin de garder du personnel. Le taux d’occupation de l’hôtel Mortagne oscille actuellement entre 15 et 20 %, principalement grâce à sa clientèle d’affaires.

Mais Danielle Beaulieu garde le cap. Elle pense déjà à la réouverture des restaurants d’ici un mois et se prépare à réembaucher du personnel. La femme d’affaires a très hâte d’ouvrir son nouveau bar à gins québécois, qui n’a encore jamais été en activité. Elle planche aussi sur un projet d’espace de café-coworking pour les clients de l’hôtel, dont les travaux devraient débuter bientôt.

La salle des congrès de l’hôtel va également se transformer en centre de vaccination, du début du mois d’avril jusqu’à la fin septembre. L’initiative enthousiasme beaucoup l’entrepreneuse, qui entrevoit 2022 comme une excellente année à venir pour l’hôtellerie et le tourisme d’affaires. 

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