Un premier fonds en économie circulaire voit le jour au Canada

Le nouveau fonds spécialisé en économie circulaire de Fondaction disposera de 30 millions de dollars destinés à offrir du capital de risque à de jeunes entreprises canadiennes innovantes dans le domaine.
Photo: Fondaction Le nouveau fonds spécialisé en économie circulaire de Fondaction disposera de 30 millions de dollars destinés à offrir du capital de risque à de jeunes entreprises canadiennes innovantes dans le domaine.

Fondaction lance le premier fonds d’investissement spécialisé en économie circulaire au Canada avec l’espoir d’accélérer l’adoption de cette bonne idée qui tarde à se matérialiser.

Le nouveau fonds disposera de 30 millions de dollars destinés à offrir du capital de risque à de jeunes entreprises innovantes dans le domaine. Il viendra avec 3 millions en subventions supplémentaires apportés par Recyc-Québec, qui offrira aussi l’accompagnement et les conseils de ses experts, aux côtés de ceux de la Ville de Montréal. « Cela fait longtemps qu’on fait dans le développement durable, mais il était temps d’aller plus loin dans cette voie de l’économie circulaire », a déclaré mardi en entretien au Devoir la p.-d.g. de Fondaction, Geneviève Morin, quelques heures après l’annonce.

S’adressant aux entreprises de l’ensemble du Québec, on se concentrera surtout sur les secteurs dans lesquels Fondaction estime avoir la plus grande expertise et qui lui apparaissent présenter les potentiels de progrès les plus importants, c’est-à-dire l’agroalimentaire, l’écoconstruction ainsi que le recyclage et la valorisation des ressources. La taille des investissements visés sera de 250 000 $ à 2 millions.

Cela fait longtemps qu’on fait dans le développement durable, mais il était temps d’aller plus loin dans cette voie de l’économie circulaire

 

On cherchera à aider des PME à mettre au point de nouveaux modes de production qui éviteraient, autant que possible, l’étape du dépotoir. On les encouragera à poursuivre cette quête de réduction et de valorisation des déchets, au nom de la protection de la planète et du profit, en collaboration avec de grandes entreprises. Fondaction compte d’ailleurs aller chercher le tiers des 30 millions de son nouveau fonds d’investissement auprès de certaines d’entre elles.

Ce ne sera pas la première fois que le fonds des travailleurs de la CSN appuiera des entreprises œuvrant dans le développement durable, ni même contribuant à la mise en place des principes de l’économie circulaire, note Geneviève Morin. Ce sera toutefois une première au Canada qu’un fonds d’investissement vise spécifiquement les entreprises de ce domaine. « Pourquoi ça n’avait pas encore été fait, je ne le sais pas. Mais au-delà de l’apport de capital supplémentaire, notre objectif est d’aider le développement d’un écosystème tourné vers l’économie circulaire. »

L’administration de Valérie Plante a profité de l’occasion, mardi, pour annoncer qu’elle triplait sa contribution financière à une initiative de PME MTL Est-de-l’Île dans le domaine, appelée Synergie Montréal, la portant de 450 000 $ à 1,275 million.

Encore loin du compte

Évoquée depuis longtemps, mais plus populaire depuis les années 1990, l’idée de passer d’une économie « linéaire » à une économie « circulaire » part du constat que l’extraction de quantités de plus en plus grandes de matières premières pour la fabrication de biens condamnés à finir leur parcours dans des sites d’enfouissement « est intenable » sur une planète dont les ressources ne sont pas illimitées, a rappelé mardi l’économiste au Mouvement Desjardins Joëlle Noreau, dans un court portrait de l’économie circulaire. Elle consiste, entre autres, à prolonger la durée de vie des produits, à encourager leur réparation et à les concevoir dès le départ de façon à ce que leurs composants soient facilement démontables et récupérables. Elle repose, plus généralement, sur une prise en compte de toutes les étapes du cycle de vie d’un bien et d’un service afin d’en réduire au maximum l’empreinte environnementale et de trouver des usages et une valeur économique à ce qui est actuellement considéré comme de simples déchets.

Bien que séduisant et pas si nouveau, le projet d’une économie circulaire a relativement peu avancé avec seulement 8,6 % des ressources utilisées dans la production mondiale provenant de matières recyclées, constate Joëlle Noreau. Quant aux chefs de file dans ce domaine, ils ne se trouvent en Amérique du Nord, mais plutôt en Chine, « où l’on travaille depuis plus de 15 ans à ce projet », ou en Europe, où les Pays-Bas, par exemple, se sont fixé pour objectif de « devenir à 100 “économiquement circulaire” d’ici 2050 ».

Réflexions en cours

Le Québec ne fait pas si mal en la matière par rapport à ses voisins, même si l’on y est encore largement à l’étape d’expliquer aux entreprises en quoi consiste l’économie circulaire, observe la p.-d.g. de Recyc-Québec, Sonia Gagné, dont l’organisme finance des projets dans le domaine depuis 2016. À défaut d’avoir été traduit en lois et règlements, l’objectif d’une économie circulaire apparaît dans de plus en plus de plans économiques et de plans d’action du gouvernement québécois, dit-elle. Organisées pour la première fois en 2018, des Assises québécoises de l’économie circulaire doivent d’ailleurs se tenir de nouveau en mai. « La pandémie de COVID-19 a compliqué les échanges en la matière, mais elle a aussi stimulé, dans les entreprises, la réflexion sur la nécessité de revoir toutes ses façons de faire. »

 

À voir en vidéo