Pas de grève en vue au port de Montréal... pour l’instant

Les débardeurs du port de Montréal ont rejeté dimanche l’offre patronale finale dans le cadre des négociations sur le renouvellement de la convention collective.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne Les débardeurs du port de Montréal ont rejeté dimanche l’offre patronale finale dans le cadre des négociations sur le renouvellement de la convention collective.

À l’issue d’une trêve de sept mois à la suite d’une grève de 12 jours l’été dernier, les débardeurs du port de Montréal ont rejeté dimanche l’offre patronale finale. Alors que le syndicat se dit prêt à reprendre les négociations, de nombreux entrepreneurs canadiens se croisent les doigts pour qu’une grève soit évitée.

Après sept mois de silence, le conseiller du Syndicat des débardeurs du port de Montréal, affilié au Syndicat canadien de la fonction publique, en avait long à dire sur les conditions de travail de ceux qui chargent et déchargent les conteneurs sur les navires.

« Nos débardeurs vont tomber au combat à travailler 19 jours sur 21, le jour, le soir, la nuit et les fins de semaine », estime Michel Murray, précisant que les travailleurs n’obtiennent leur horaire que la veille de chaque quart de travail.

M. Murray dénonce ce qu’il considère comme étant une culture répressive de la part de l’employeur. « On a entre 100 et 150 femmes débardeuses. Quand elles s’arrêtent à la salle de bains, parce qu’elles sont dans leur période du mois, l’employeur leur envoie des lettres disciplinaires pour leur dire d’attendre leur pause la prochaine fois. C’est ça, l’environnement dans lequel on est, par lequel l’employeur tente d’imposer un régime militaire à l’intérieur des quais. La moindre petite chose est passible de mesure disciplinaire pouvant aller jusqu’au congédiement », a affirmé le conseiller syndical.

Le syndicat, dont la convention collective est échue depuis le 31 décembre 2018, demande donc une réorganisation et une gestion des horaires permettant une meilleure conciliation travail-famille, de même qu’une refonte du code de discipline. Or, l’offre patronale ne répondait pas à ces demandes, dit-il. « L’offre incorporait 80 demandes patronales et ne répondait qu’à 4 demandes syndicales accessoires », a dit M. Murray. Ce n’est pas pour rien que l’offre a été refusée par 1020 débardeurs, soit 99,7 % des votants, avec un taux de participation de 93 %.

Malgré tout, une grève n’est pas pour bientôt, assure-t-il, même si le syndicat possède un mandat en ce sens. Il a plutôt annoncé sa volonté de continuer à négocier. De son côté, la partie patronale est représentée par l’Association des employeurs maritimes (AEM). « Nous examinons actuellement nos options et notre priorité demeure un règlement dans les plus brefs délais », a indiqué l’AEM, sans vouloir commenter davantage.

Entreprises inquiètes

Devant cette incertitude, les entreprises qui dépendent des exportations et des importations se rongent les ongles. Selon un récent sondage de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI), la moitié des chefs de petites et moyennes entreprises estiment qu’une autre grève au Port de Montréal aurait des répercussions négatives sur leur entreprise. Les secteurs du commerce de gros et de détail, de même que l’industrie manufacturière, seraient particulièrement touchés.

« Le gouvernement fédéral doit dire sur la place publique qu’une entente doit être signée bientôt. Il doit dire que le port est une infrastructure incontournable et qu’en pleine pandémie, alors qu’un grand nombre de petites et moyennes entreprises ont été fragilisées et ont des niveaux de revenus plus bas que la normale, la grève n’est pas une option », a déclaré Jasmin Guénette, vice-président des affaires nationales à la FCEI.

 
1,75 million
C’est la quantité de conteneurs qui ont été manutentionnés en 2019 au port de Montréal, pour un total de 40,6 millions de tonnes de marchandises, selon l’Administration portuaire de Montréal.

« Les manufacturiers ne sont pas à la table des négociations, mais on est ceux qui ont le plus à perdre », a réagi Véronique Proulx, présidente-directrice générale des Manufacturiers et exportateurs du Québec. Elle estime que la grève de l’été dernier a eu des répercussions importantes sur les entreprises. « Si on devait se retrouver en situation de grève, c’est sûr qu’on demanderait au gouvernement fédéral d’intervenir avec une loi spéciale », a-t-elle ajouté.

De son côté, le président et chef de la direction du Conseil du patronat, Karl Blackburn, a souligné que des navires ont déjà été détournés vers le port d’Halifax, dans les dernières semaines, en raison des craintes qu’une grève soit déclenchée. Cela aurait déjà des conséquences pour certains fournisseurs.

Pour une part importante des producteurs de soya, celui destiné à la consommation humaine, un arrêt des activités au port serait catastrophique, a pour sa part affirmé Ramzy Yelda, analyste principal des marchés pour les Producteurs de grains du Québec. Ceux-ci font déjà face à une pénurie de conteneurs, et les possibilités pour acheminer autrement leur marchandise vers les marchés asiatiques sont très coûteuses et très limitées, explique M. Yelda.

De son côté, le cabinet de la ministre du Travail du Canada, Filomena Tassi, a affirmé par courriel qu’il suit la situation de près. « L’attente claire de notre gouvernement est que les parties parviennent à un accord le plus rapidement possible. Cela a été clairement indiqué aux parties. Nous aimerions souligner le rôle central du port et sommes conscients que la situation actuelle crée beaucoup d’incertitude dans les chaînes d’approvisionnement, et risque de nuire à notre réputation et à l’économie partout au Canada, particulièrement à Montréal, ainsi qu’au Québec et en Ontario », a commenté son directeur des communications, Lars Wessman.

 

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