Un milliard et demi d’aide d’urgence laissé sur la table par les entreprises

Guy Leblanc, président- directeur  général  d’Investissement Québec s’attend à ce que le montant des investissements annoncés pour le  programme  Compétivert  soit non  seulement  atteint, mais  dépassé.
Ryan Remiorz La Presse canadienne Guy Leblanc, président- directeur général d’Investissement Québec s’attend à ce que le montant des investissements annoncés pour le programme Compétivert soit non seulement atteint, mais dépassé.

Plus de la moitié de 2,5 milliards d’aide financière d’urgence offerts par Québec aux entreprises au début de la crise de la COVID-19 n’a toujours pas trouvé preneur.

Créé il y a exactement un an et confié à Investissement Québec, le Programme d’action concertée temporaire pour les entreprises (PACTE) était censé venir en aide aux entreprises en manque de liquidités durant la pandémie pour « faire le pont » jusqu’à la relance de l’économie. Depuis, quelque 900 entreprises s’en sont prévalues, « mais environ 60 % du montant reste toujours disponible aujourd’hui », a déclaré vendredi en entrevue au Devoir le président-directeur général d’Investissement Québec, Guy LeBlanc, ce qui équivaudrait environ à 1,5 milliard.

Cette situation tiendrait entre autres, selon lui, au fait que les très petites entreprises en région sont principalement allées chercher l’aide financière dont elle avait besoin auprès du Fonds local d’investissement, un autre programme géré par les municipalités régionales de comté et ayant déployé jusqu’à présent pour environ 200 millions d’aide. Quant aux entreprises un peu plus grandes auxquelles s’adresse le PACTE et qui ont besoin d’un prêt ou d’une garantie de prêt d’au moins 50 000 $, elles continuent de présenter des demandes, mais sont beaucoup moins nombreuses que les autres qui semblent déjà être passées à une autre étape.

Ainsi, alors que, du mois mars au mois d’août, Investissement du Québec « travaillait 24 / 7 avec des compagnies qui faisaient face à des problèmes de liquidités », aujourd’hui « sur cinq dossiers, on en a quatre de croissance, de modernisation et d’accompagnement à l’international. C’est extrêmement positif », se réjouit son patron.

375 millions pour le virage vert

Ces ambitions de développement tombent bien, le gouvernement Legault a annoncé vendredi qu’il confiait à son bras financier une nouvelle enveloppe de 375 millions sur trois ans pour encourager l’innovation dans les technologies propres et l’adoption de pratiques écoresponsables. Appelé « Compétivert », le programme offre aux entreprises qui veulent accélérer leur virage vert des prêts dont le remboursement pourra attendre jusqu’à quatre ans, ainsi que du capital de risque pour les nouvelles entreprises qui développent des technologies propres au Québec.

Guy LeBlanc a bon espoir, cette fois-ci, que le montant des investissements annoncé sera non seulement atteint, mais dépassé. « Je serais déçu qu’on se limite à un montant de 375 millions sur trois ans. Il y a tellement de projets, le Québec est tellement bien positionné, c’est vraiment une cible minimum. »

Il cite en exemple cet autre programme chez Investissement Québec lancé en 2016 visant à encourager l’innovation technologique dans le secteur manufacturier et qui disposait à l’origine de 825 millions sur quatre ans. Son succès a été tel que les sommes investies par la société d’État se sont plutôt élevées à 2 milliards et ont entraîné dans leur sillage 6 milliards d’investissements supplémentaires provenant d’autres sources de financement privé, pour un total de 8 milliards.

375 millions
C’est le montant que le gouvernement Legault a accordé à Investissement Québec sur trois ans pour encourager l’innovation dans les technologies propres et l’adoption de pratiques écoresponsables.

Compétivert viendra également dans les compagnies avec des diagnostics de performance environnementale et les conseils d’experts. Plus de la moitié des entreprises québécoises se disent conscientes de leur besoin d’accélérer leur virage vert et rapportent que leur premier obstacle est le manque d’expertise interne, explique Guy LeBlanc.

Le nouveau programme s’inscrit dans la foulée du Plan pour une économie verte 2030 du gouvernement québécois. Il vise à aider le Québec à atteindre ses cibles de réduction de gaz à effet de serre, mais aussi à profiter de l’accélération de la transition vers une économie verte et le développement d’un marché mondial des technologies propres qui devrait s’élever à 23 000 milliards d’ici 2030. « En cohérence avec nos communications antérieures, notre vision est claire : plus que jamais, l’environnement doit nourrir l’économie au Québec », a déclaré vendredi le ministre de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon.

Un Investissement Québec nouveau

À l’instar de plusieurs autres grands investisseurs institutionnels bien avant lui, Investissement Québec a également promis, vendredi, d’avoir dressé le niveau d’intensité carbone de son portefeuille et d’être prête à se fixer des objectifs de réduction au plus tard le 1er avril 2022.

Le gouvernement Legault a procédé l’an dernier à une grande restructuration de sa société d’État, la plaçant au centre de son action pour le développement des régions, l’attraction des investisseurs étrangers et l’exportation internationale. L’intégration sous un même toit des expertises du ministère de l’Économie et de l’Innovation, du Centre de recherche industrielle du Québec et d’Export Québec l’a fait doubler de taille, la faisant passer de 500 à 1000 employés.

L’affaire s’annonce déjà comme un succès, assure Guy LeBlanc. « Laissez-moi un an pour pouvoir présenter nos premiers résultats, mais on voit déjà la différence. […] Ça marche ! »

Ça marche aussi pour ces centaines d’employés qui arrivaient de différents horizons, poursuit leur patron. Habituellement sous les 77 %, leur taux d’engagement à l’égard de la société d’État remodelée s’élevait à 87 % en novembre. « Est-ce qu’ils aiment leur nouvel environnement ? La réponse est oui. Est-ce qu’ils trouvent qu’ils se complètent ? La réponse est encore une fois oui. »

Guy LeBlanc s’est retrouvé sur la sellette, cette semaine, après qu’on eut révélé que son salaire, comme ceux de ses premiers vice-présidents, avait doublé pour atteindre, dans son cas, près d’un million. « On ne semble pas comprendre ce qu’Investissement Québec fait [ni] les expertises qui sont requises pour réaliser notre mandat », a-t-il commenté au Devoir.

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