Les ministres des Finances ne sont pas sortis de l’auberge

Le ministre des Finances du Québec, Eric Girard, présentera son nouveau budget la semaine prochaine.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le ministre des Finances du Québec, Eric Girard, présentera son nouveau budget la semaine prochaine.

Les gouvernements et leurs budgets resteront très sollicités même après que la menace de la pandémie commencera à s’atténuer. Comme après chaque crise économique, on aura d’abord besoin d’eux pour aider à la reprise. Et lorsque ce sera fait, il faudra qu’ils reviennent à leurs problèmes d’avant la COVID-19.

Les gouvernements du Québec et de l’Ontario dévoileront leurs nouveaux budgets la semaine prochaine. Puis viendra plus tard le tour d’Ottawa. Même s’ils ont déjà déployé des moyens extraordinaires ces derniers mois en aides financières d’urgence aux travailleurs et aux entreprises, on s’attend généralement d’eux qu’ils déploient le maximum d’efforts possible pour aider la relance économique, les banques centrales faisant déjà flèche de tout bois depuis longtemps.

En scène jeudi prochain, le ministre québécois des Finances, Eric Girard, profitera du fait que l’économie du Québec est entrée dans la crise relativement en bonne santé et que les finances du gouvernement étaient remarquablement saines en dépit de l’un des niveaux d’endettement les plus élevés au Canada, a rappelé jeudi l’Institut du Québec (IdQ) dans une analyse d’une vingtaine de pages. Les milliards déjà investis pour amortir autant que possible la chute financière des travailleurs et des entreprises frappés par la pandémie et les mesures de lutte sanitaire devraient aussi aider au rebond. Le ministre devrait également pouvoir compter sur des taux d’intérêt très faibles pour au moins quelques années.

Ainsi, Québec devrait normalement disposer d’un peu de marge de manœuvre financière à court terme, estime l’IdQ. Il ne pourra pas, toutefois, maintenir sa croissance des dépenses prévue tout en respectant ses règles de retour à l’équilibre budgétaire en cinq ans et de versements au Fonds des générations sans se retrouver devant une impasse totalisant 36 milliards de dollars, à raison de 11 milliards de pertes de revenus et 25 milliards de dépenses supplémentaires attribuables à la pandémie. Et cela, c’est seulement si les taux d’intérêt n’augmentent pas plus vite que prévu, et surtout si l’on n’adopte pas des prévisions plus élevées, et plus réalistes, de l’augmentation des dépenses en santé avec le vieillissement de la population, prévient l’IdQ.

Le retour des anciens problèmes

En effet, ce n’est pas parce qu’une pandémie a occupé l’attention de tout le monde depuis un an que les problèmes qui pesaient jusque-là sur le Québec ont disparu, poursuit l’IdQ. L’augmentation des coûts de la santé et la baisse du potentiel de croissance économique liées au vieillissement de la population font partie de ceux-là. C’est aussi le cas de la « désuétude des infrastructures » routières, hospitalières, scolaires, ou autres, dont le déficit d’entretien l’an dernier était estimé à au moins 28 milliards. Et que dire du retard sur la voie de la décarbonisation de l’économie ? Et l’on ne parle pas des déficiences des soins aux personnes âgées douloureusement mis en lumière par la crise sanitaire, ni de l’effet de cette dernière sur le creusement des inégalités.

Dans ce contexte, le gouvernement devrait commencer par assouplir ses règles sur le retour à l’équilibre budgétaire, ont conseillé de nombreux experts ces derniers temps, ne serait-ce qu’en s’accordant un congé de versements au Fonds des générations ou en allongeant un peu les délais pour atteindre le déficit zéro. Il devra probablement aussi se résoudre à réduire ses dépenses ou augmenter ses revenus. Un premier pas pourrait être de faire encore un peu du ménage dans ses nombreux programmes de subventions et de crédits d’impôt destinés aux entreprises et réduire le poids relatif des impôts plus dommageables à la croissance (impôts sur le revenu) contre une augmentation des taxes à la consommation et sur la pollution, suggéraient le mois dernier des experts de l’Université de Sherbrooke, de HEC Montréal et de l’ESG UQAM.

Il s’agira enfin de se donner des priorités et d’essayer, autant que possible, de faire d’une pierre deux coups en stimulant la reprise tout en poursuivant des objectifs à plus long terme. L’une de ces priorités devrait être les dépenses en éducation et en formation, estimait l’IdQ jeudi, « car elles remplissent une mission à la fois sociale et économique : d’une part, investir dans les individus permet de réduire les inégalités sociales et d’accroître la mobilité et la cohésion sociales, et d’autre part, cela permet d’accroître la productivité des entreprises et donc le potentiel de croissance de l’économie ».

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