Le bitcoin, une monnaie virtuelle aux effets écologiques réels

Selon le Cambridge Bitcoin Electricity Consumption Index, la consommation d’électricité annuelle du réseau bitcoin s’apparente presque à celle de la Suède. Sur la photo, la centrale de minage Bitfarms, à Magog.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne Selon le Cambridge Bitcoin Electricity Consumption Index, la consommation d’électricité annuelle du réseau bitcoin s’apparente presque à celle de la Suède. Sur la photo, la centrale de minage Bitfarms, à Magog.

Il n’y a rien de virtuel dans l’appétit énergétique du bitcoin, titrait déjà le New York Times en 2018. Trois ans plus tard, l’empreinte écologique de la cryptomonnaie continue de faire débat. Selon le Cambridge Bitcoin Electricity Consumption Index (CBECI), la consommation d’électricité annuelle du réseau bitcoin s’apparente presque à celle de la Suède. Alors que l’engouement pour les cryptomonnaies ne cesse de croître, doit-on s’inquiéter de leur impact sur l’environnement ?

Il y a quelques jours, le prix du bitcoin dépassait la barre des 60 000 $US — signe de l’appétit des investisseurs. Dans le même temps, nombreux sont ceux qui ont tiré la sonnette d’alarme concernant la demande énergétique de la technologie par chaîne de blocs (blockchain).

Le centre de l’Université Cambridge pour la finance alternative (CCAF) estime que la consommation annuelle du réseau bitcoin atteindrait 129,24 TWh (térawattheure) — soit un peu moins que celle de la Suède (131,80 TWh), mais plus que celle de l’Ukraine (128,80 TWh). En fait, si le bitcoin était un pays, il ferait partie des 30 plus grands consommateurs d’électricité dans le monde.

 

 

Une technologie gourmande

Mais pourquoi la technologie par chaîne de blocs, à la base des cryptomonnaies comme le bitcoin, nécessite-t-elle autant d’énergie ?

Partout sur la planète, des ordinateurs « minent » des bitcoins et vérifient les transactions sur le réseau. L’ensemble de ces transactions sont répertoriées sous forme de « blocs » et consignées dans un grand registre : « la chaîne de blocs ». Tout bloc de transactions qui est créé est ainsi traité par des mineurs (des ordinateurs). C’est ce qu’on appelle le processus du hachage, à travers un système de validation par preuve de travail « proof of work » (PoW), utilisé dans le cas du bitcoin (et de l’ethereum jusqu’à maintenant).

Bien que les cryptomonnaies soient virtuelles, le système qui les alimente, lui, est réel — et nécessite énormément d’énergie pour faire fonctionner tous ces ordinateurs dans le monde. Or, l’énergie servant à alimenter le système de preuve de travail provient majoritairement (61 %) de sources non renouvelables, selon le CCAF.

 

 

Au Québec, les centrales de minage sont alimentées par l’hydroélectricité, mais ce n’est pas le cas partout. Selon le CCAF, c’est environ 65 % du « hash rate » mondial — en référence à la puissance de calcul combinée totale utilisée pour extraire et traiter les transactions sur une blockchain de preuve de travail — est concentré en Chine, grande consommatrice de charbon.

 

 

Les NFT décriés

Depuis plusieurs semaines, ce sont les jetons non fongibles (NFT) — ces actifs numériques basés sur la technologie par chaîne de blocs qui se déclinent dans plusieurs secteurs, comme l’art, le sport ou le jeu vidéo — qui font couler de l’encre. Si leur popularité est sans pareille, les critiques à leur égard sont aussi très virulentes.

« L’enjeu environnemental est devenu une préoccupation croissante dans le secteur de la blockchain en général, notamment avec l’avènement des NFT », souligne Joseph Pallant, fondateur de la fondation Blockchain for Climate basée à Vancouver, en entrevue avec Le Devoir.

Selon lui, « c’est une très bonne chose de vouloir calculer l’empreinte carbone des NFT », citant par exemple le site Carbon.fyi qui permet de calculer l’empreinte CO₂ d’un portefeuille Ethereum. « Toutefois, cela revient un peu à calculer votre part des émissions d’un voyage en avion, croit-il. En prenant l’avion, vous devenez responsable d’une partie de ses émissions. Mais même si vous n’aviez pas acheté le billet, l’avion aurait probablement décollé sans vous, et pollué la même quantité de toute façon. »

Cela n’empêche qu’il s’agit d’une technologie polluante. Selon lui, les crédits carbone font partie de la solution. Pour pallier le problème, l’Ethereum compte par ailleurs passer du système de preuve de travail au système de preuve d’enjeu, « proof of stake » (PoS), qui demanderait moins d’énergie.

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