Plafond temporaire pour les frais de livraison des Uber et compagnie

Le projet de loi 87, adopté mardi soir à l’Assemblée nationale, prévoit que les grandes plateformes de livraison plafonnent l’ensemble de leurs frais à 20% du prix de la commande passée par l’entremise de leur application.
Photo: Nathan Denette La Presse canadienne Le projet de loi 87, adopté mardi soir à l’Assemblée nationale, prévoit que les grandes plateformes de livraison plafonnent l’ensemble de leurs frais à 20% du prix de la commande passée par l’entremise de leur application.

À partir de lundi, les plateformes de livraison comme Uber Eats, Doordash et SkipTheDishes devront limiter les frais qu’elles imposent aux restaurateurs du Québec situés en zone rouge et en zone orange, grugeant une part importante de leurs profits. Plusieurs restaurateurs accueillent positivement cette nouvelle, mais ils se désolent que la mesure arrive aussi tard et ne soit que temporaire.

Le projet de loi 87, adopté mardi soir à l’Assemblée nationale, prévoit que les grandes plateformes de livraison — qui servent au moins 500 restaurateurs — plafonnent l’ensemble de leurs frais à 20 % du prix de la commande passée par l’entremise de leur application. Le gouvernement a mis en place un système de plaintes permettant aux restaurateurs de dénoncer les infractions à la loi. Des amendes salées, pouvant atteindre 1,5 million de dollars, sont prévues pour les entreprises fautives.

La loi s’applique pour tous les restaurants dont les heures d’ouverture de la salle à manger sont réduites en raison des mesures sanitaires. « Nous aurions bien sûr souhaité que ces mesures arrivent plus vite et qu’elles soient universelles, peu importe la région où les restaurants sont situés, a dit François Meunier, porte-parole de l’Association Restauration Québec. On aurait aussi aimé qu’elles soient permanentes ou, à tout le moins, qu’elles soient maintenues une certaine période de temps après la levée de l’état d’urgence sanitaire. »

Malgré tout, M. Meunier estime que la loi soulagera les entrepreneurs les plus touchés par la fermeture des salles à manger, qui n’ont d’autre choix que de se tourner vers les services de livraison, dont les frais peuvent actuellement s’élever jusqu’à 30 % de la facture. C’est notamment le cas du restaurant végane montréalais Aux vivres. « Ça va faire une différence, assure Kevin Caporuscio, chargé de projet à Aux vivres. La majorité de nos revenus découlent des applications de livraison. Alors, si on est capables de limiter les frais qui y sont associés, ça va nous aider beaucoup. »

Trop peu, trop tard ?

Mais tous les restaurateurs ne partagent pas cet enthousiasme. « C’est trop peu, trop tard, croit Dominic Laflamme, propriétaire des restaurants Heirloom, État-Major et Quartier général. Ça fait un an qu’on est en pandémie et j’ai donné environ 200 000 $ à Uber Eats. Le pire est fait. »

Uber Eats a l’intention de se conformer à la nouvelle loi québécoise, a fait savoir le gestionnaire des affaires publiques pour le Québec, Jonathan Hamel. « En partenariat avec Restaurants Canada, nous avons récemment lancé le programme de secours Mangeons local. Ce sont 1 M$ qui seront distribués en bourses d’aide pour appuyer directement les restaurants indépendants », a aussi écrit M. Hamel dans un courriel. De son côté, Doordash a déclaré que « la réglementation des prix pourrait nous amener à augmenter les coûts pour les clients, ce qui pourrait entraîner une diminution des commandes pour les restaurants locaux et moins de possibilités de revenus pour les Dashers ».

À ce propos, M. Laflamme ne s’inquiète pas trop. « On a des gens qui sont prêts à payer 4 $ en frais de livraison pour une commande de 20 $. Il n’y a pas de prix pour pouvoir rester chez soi en jogging. »

À voir en vidéo