La Fed attend de voir des signes de reprise avant de bouger

La Fed veut d’abord voir de ses propres yeux la reprise économique espérée aux États-Unis avant de seulement envisager de changer quoi que ce soit à sa politique monétaire ultra-accommodante.
Photo: Andrew Harnik The Associated Press La Fed veut d’abord voir de ses propres yeux la reprise économique espérée aux États-Unis avant de seulement envisager de changer quoi que ce soit à sa politique monétaire ultra-accommodante.

Peu impressionnée par l’accélération de la croissance ou les rumeurs d’inflation, la Réserve fédérale américaine veut d’abord voir de ses propres yeux la reprise économique espérée aux États-Unis avant de seulement envisager de changer quoi que ce soit à sa politique monétaire ultra-accommodante.

La banque centrale américaine a laissé inchangé, mercredi, son taux directeur dans la mince fourchette entre 0 % et 0,25 %. Elle a aussi maintenu le rythme de son injection de liquidités dans l’économie avec l’achat d’au moins 120 milliards par mois de titres du Trésor et d’autres actifs financiers. Elle n’a pas même envoyé le moindre signal d’une éventuelle réduction de l’ampleur de cette stimulation de l’économie.

Et pourtant, devant le déploiement rapide de la vaccination contre la pandémie de COVID-19, le déconfinement de plus en plus de secteurs et l’adoption à Washington d’un nouveau plan de relance de 1900 milliards, les membres de son comité de politique monétaire (FOMC) ont fortement révisé à la hausse les prévisions économiques qu’ils faisaient au mois de janvier. Au lieu d’une croissance économique de 4,2 %, ils s’attendent désormais à une expansion de 6,5 % cette année, et au lieu d’un taux de chômage moyen de 5 % à la fin de l’année, ils le voient à 4,5 %. Cela ne manquera pas d’avoir un certain impact sur l’inflation, conviennent-ils, aussi ne la voient-ils plus à 1,8 % en 2021, mais à 2,4 %, avant de revenir autour de leur cible de 2 % les deux années suivantes.

Cette remontée attendue de l’inflation avait fait croire à plus d’un expert et investisseur que la Fed allait, peut-être pas changer de cap mercredi, mais à tout le moins signaler que le début d’un resserrement de sa politique monétaire était plus proche que ce qui avait été indiqué jusque-là. Certains investisseurs avaient même déjà commencé à se préparer à une éventuelle fin de la récréation dans les marchés boursiers. Fébrile et sans direction en début de journée, la Bourse de New York est finalement repassée au vert après l’annonce de la Fed, en même temps que reculait le marché obligataire.

 
6,5%
C’est la croissance attendue de l’économie américaine en 2021, selon les prévisions révisées de la Réserve fédérale américaine, au lieu des 4,2 % estimés au mois de janvier.

Une « forte majorité » des membres du FOMC ont indiqué, en effet, qu’ils s’attendaient à ce que leurs taux d’intérêt ne bougent pas avant 2024. Cela traduit, de leur part, une nouvelle façon d’aborder la suite des choses, a expliqué en conférence de presse le président de la Fed, Jerome Powell. « Le changement fondamental dans notre approche est que nous n’agirons pas de façon préventive sur la base de projections. Nous attendrons de voir les faits. »

Une longue guérison

La banque centrale américaine poursuit trois objectifs, a-t-il expliqué : un retour au plein-emploi, une inflation à long terme de 2 %, mais aussi, avant cela, « modérément » supérieur à ce niveau « pendant un certain temps », afin de permettre à l’économie de rattraper le retard accumulé durant la crise. « On est encore loin de nos objectifs », a déclaré Jerome Powell, notant, par exemple, que si l’emploi donne des signes de reprise après un passage à vide cet automne, les travailleurs des secteurs les plus touchés par la crise ont encore une longue pente à remonter devant eux.

Les programmes d’aide des gouvernements ont permis « d’éviter les pires séquelles économiques qu’on pouvait craindre et devraient maintenant contribuer à accélérer la reprise », a estimé le président de la Fed. Mais tout cela reste à voir. « On n’a pas connu de mesures de relance de cette ampleur avant, mais on n’a pas connu, non plus, pareille pandémie avant. »

« Il semble que, malgré l’amélioration des perspectives économiques, la Fed ait décidé de continuer de pécher par excès de prudence », en a conclu l’économiste au Mouvement Desjardins Francis Généreux, dans une brève analyse mercredi. « Nos propres prévisions tablent cependant sur une baisse des achats quantitatifs à partir de l’automne prochain et sur de premières hausses des taux directeurs à la fin de 2022. »

 

À voir en vidéo