Des budgets attendus de pied ferme par la FTQ

Jean-François Venne
Collaboration spéciale
«C’est bien beau, les tapes dans le dos aux “anges gardiens” du premier ministre Legault pendant les points de presse sur la pandémie, mais la reconnaissance passe par des conventions collectives signées».
Photo: Getty Images «C’est bien beau, les tapes dans le dos aux “anges gardiens” du premier ministre Legault pendant les points de presse sur la pandémie, mais la reconnaissance passe par des conventions collectives signées».

Ce texte fait partie du cahier spécial Syndicalisme

Le ministre des Finances du Québec, Eric Girard, en a fait sourciller plusieurs en octobre lorsqu’il a évoqué sa volonté de revenir à l’équilibre budgétaire en cinq ans. Daniel Boyer, président de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ), a vu dans cette déclaration le spectre d’un retour à l’austérité, une option qu’il rejette avec force.

« On sait qu’il faudra retrouver un équilibre budgétaire un jour, mais la priorité actuelle est de réinvestir pour soutenir la relance, notamment dans les industries durement touchées par la pandémie de COVID-19, croit-il. La crise sanitaire a aussi montré que le sous-financement des secteurs de l’éducation et de la santé les a rendus vulnérables. »

La puissante centrale syndicale examinera donc avec attention les budgets qui seront déposés prochainement par les gouvernements canadien et québécois. Pour l’instant, Daniel Boyer perçoit moins d’empressement à resserrer les cordons de la bourse du côté du gouvernement fédéral que de celui du Québec. « Une fois n’est pas coutume, mais je crois que Justin Trudeau a raison quand il dit que les entreprises et les citoyens n’ont pas les moyens de s’endetter dans le contexte actuel, mais que nos gouvernements peuvent le faire, notamment en raison des très bas taux d’intérêt qui ont cours », précise-t-il.

M. Boyer salue les programmes mis en place par les gouvernements pour soutenir les sociétés et les particuliers pendant la crise sanitaire. Il juge que le temps de la survie est passé et qu’il s’agit maintenant d’investir dans la relance. « Nous souhaitons une relance verte et une augmentation de l’achat local et de la production locale dans des secteurs névralgiques comme l’alimentation et les médicaments, mais développer une économie différente de celle d’avant la pandémie exigera des capitaux. »

Les négociations s’enlisent

Par ailleurs, les négociations piétinent dans le secteur public, où les conventions collectives de près de 550 000 employés sont échues depuis près d’un an. La FTQ a émis ses demandes il y a un an et demi, et le gouvernement a présenté son cadre financier en décembre dernier. Depuis, les discussions s’enlisent. La proposition d’augmentation salariale de 1,75 % pour les deux premières années et de 1,5 % pour la troisième année irrite la FTQ et les autres centrales syndicales concernées.

« C’est bien beau, les tapes dans le dos aux “anges gardiens” du premier ministre Legault pendant les points de presse sur la pandémie, mais la reconnaissance passe par des conventions collectives signées, qui offrent de meilleures conditions de travail aux employés, tonne M. Boyer. Parce que là, les anges gardiens commencent à avoir les ailes basses pas mal. »

550 000
C’est le nombre de travailleurs du secteur public dont les conventions collectives sont échues depuis près d’un an.

Il note que la pandémie a révélé les effets du sous-financement dans la santé et l’éducation. Il rappelle que le gouvernement a dû rapidement embaucher 10 000 préposés aux bénéficiaires pour affronter la crise sanitaire. Il a aussi dû augmenter leurs salaires de cinq dollars l’heure pour rendre ces emplois plus attrayants.

Les syndicats se dotent maintenant de mandats de mobilisation plus fermes auprès de leurs membres, parfois même de mandats de grève. À moins que les négociations prennent un tournant plus positif, les prochains mois pourraient être chauds.

 

Réformer l’assurance-emploi

D’autres dossiers retiennent l’attention de la FTQ. La centrale continue de militer pour une assurance médicaments universelle afin de remplacer le régime hybride qui a cours au Québec. Elle réclame également une assurance-emploi plus inclusive.

Dès le début de la crise sanitaire, le gouvernement fédéral a instauré la prestation canadienne d’urgence (PCU) pour soutenir les travailleurs mis à pied en raison du confinement. La PCU a par la suite migré vers l’assurance-emploi. Les nouvelles mesures, qui augmentent l’accessibilité aux prestations, notamment en assouplissant certains critères comme le nombre minimal d’heures travaillées, sont toutefois temporaires.

« Nous voulons que ces mesures deviennent permanentes, explique le président de la centrale. Il y a longtemps que nous réclamons une réforme de l’assurance-emploi. Avant la pandémie, environ 40 % seulement des travailleurs étaient admissibles à une prestation en cas de perte d’emploi. À quoi sert un régime d’assurance-emploi si les travailleurs ne peuvent pas en bénéficier ? »

Enfin, la FTQ suit avec attention l’évolution du projet de loi 59 sur le régime de santé et de sécurité au travail. La Fédération juge que la première version réduit la possibilité pour les victimes de faire reconnaître leur lésion professionnelle, nuit à la prévention et menace l’indépendance des tribunaux à l’égard des positions de la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité au travail.

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