Des négociations houleuses entre la CSQ et le gouvernement

Charlotte Mercille
Collaboration spéciale
«Dans son discours inaugural, François Legault a soutenu que la santé et l’éducation seraient ses priorités. Or, il ne remplit pas ses promesses», souligne la présidente de la CSQ, Sonia Éthier.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne «Dans son discours inaugural, François Legault a soutenu que la santé et l’éducation seraient ses priorités. Or, il ne remplit pas ses promesses», souligne la présidente de la CSQ, Sonia Éthier.

Ce texte fait partie du cahier spécial Syndicalisme

La Centrale des syndicats du Québec (CSQ) mène des négociations de convention collective ardues sur les principaux fronts de l’éducation et de la santé. La direction avoue que la résistance du gouvernement se révèle sans précédent. En se munissant de mandats de grève, l’organisation lance un cri du cœur.

Depuis un an et demi, le gouvernement Legault et la CSQ négocient afin de conclure une entente collective pour l’ensemble des réseaux du secteur public englobant les milieux de l’éducation, de la santé et de l’enseignement supérieur.

La présidente de la CSQ, Sonia Éthier, estime que le cadre financier offert par le gouvernement est trop rigide, et ce, même si la Centrale a réduit ses demandes de moitié dans le but de tenir compte de la difficile conjoncture économique.

Les années précédentes ayant été marquées par l’austérité et les compressions, la CSQ estime qu’il y a du rattrapage à faire. Elle demande des enveloppes augmentées de 3 % pour l’ensemble des taux horaires, tandis que le gouvernement propose une augmentation de 0,27 %. « C’est inconcevable ce qu’on nous impose », commente Sonia Éthier.

Selon elle, certains sujets ne peuvent tout simplement pas être abordés aux tables sectorielles, plus particulièrement ceux qui n’ont pas de valeur mercantile.

Du jamais vu

« Plusieurs mesures réclamées ne nécessitent pas d’argent, mais bien un réaménagement des ressources afin de donner de l’air aux travailleurs. Or, on nous empêche de discuter de certaines conditions de santé et de sécurité au travail, ainsi que de toute la question du régime d’assurance salaire et de la contribution d’employeurs aux assurances. »

Aux tables de négociation, la présidente qualifie cette situation de « jamais vue » et de « dialogue à sens unique ». « Une véritable négociation, c’est un échange entre les parties. Elle sous-tend une certaine flexibilité dans les débats, mais depuis mai 2020, nous sommes toujours au beau fixe, on piétine toujours dans le même cadre financier », déplore Sonia Éthier.

Selon la Centrale, le nerf de la guerre réside dans la surcharge de labeur dans l’ensemble des réseaux pour qui elle œuvre. D’ailleurs, en 2019, le personnel en soutien scolaire a pris à lui seul 354 000 jours d’absence : « Ce n’est pas normal qu’autant de personnes tombent malades. On voit qu’il y a une grave problématique sur le plan des conditions de travail, et on n’arrive pas à comprendre pourquoi le gouvernement ne fait pas le même constat que nous. »

La CSQ cherche également à transmettre le message que les services publics ne sont pas uniquement une dépense, mais bien un investissement : « Plusieurs économistes s’entendent sur le fait que chaque dollar investi dans ces services propulse l’économie. Ce n’est pas seulement la construction qui rapporte. » La présidente évoque en guise d’exemple le fait que plus la province aura de décrocheurs scolaires, plus les pertes financières seront élevées à long terme.

La grève en dernier recours

Sur cette trame tumultueuse, la CSQ s’est finalement munie de mandats de grève le 1er février dernier. L’acte symbolise un dernier recours plutôt qu’une occasion d’attiser la crise. Toujours bloquée dans ses échanges avec le gouvernement, l’organisation planifie la logistique d’une éventuelle grève qui n’a pas encore de date fixe.

« Il faut voir le mandat de grève comme un cri du cœur des fédérations, nuance Sonia Éthier. Il n’y a personne qui a envie d’entrer en grève dans le contexte actuel, mais on doit penser à nos étudiants, à nos professeurs, aux soins que nous ne sommes plus capables de donner. »

« Dans son discours inaugural, François Legault a soutenu que la santé et l’éducation seraient ses priorités. Or, il ne remplit pas ses promesses, et cela constitue un bris de confiance à l’égard de la population », ajoute la syndicaliste.

La CSQ blâme enfin le manque de transparence de ses interlocuteurs : « On a saupoudré beaucoup de mesures et beaucoup d’annonces. Le gouvernement fédéral a donné 400 millions pour aider le Québec à gérer la pandémie, mais on ne sait même pas ce que le gouvernement a fait avec cet argent. »

L’organisation espère que le dévoilement du budget provincial le 25 mars prochain saura donner une bouffée d’air à ses syndiqués épuisés. Pour la suite, Sonia Éthier soutient que la balle est dans le camp du gouvernement : « C’est au gouvernement de prendre un pas de recul sur ses propositions précédentes et de donner à la population les soins et les services qu’elle mérite. »

À voir en vidéo