En guerre contre la discrimination systémique envers les femmes

Jean-François Venne
Collaboration spéciale
«Pourquoi un journalier dans la construction qui traîne des matériaux sur un chantier est-il payé plus qu’une femme qui travaille dans un restaurant?» s'interroge la présidente du SPGQ, Line Lamarre.
Photo: Luca Sola Agence France-Presse «Pourquoi un journalier dans la construction qui traîne des matériaux sur un chantier est-il payé plus qu’une femme qui travaille dans un restaurant?» s'interroge la présidente du SPGQ, Line Lamarre.

Ce texte fait partie du cahier spécial Syndicalisme

Les négociations amorcées au printemps dernier entre le gouvernement québécois et le Syndicat des professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ) restent au point mort. Si les discussions se poursuivent au sein des tables sectorielles, les progrès tangibles se font attendre.

La convention collective des quelque 20 000 professionnels de la fonction publique représentés par le SPGQ est arrivée à échéance le 31 mars 2020. Le syndicat a déposé ses propositions en décembre 2019, dans l’espoir de la renouveler pour cinq ans. « Nous avons plusieurs demandes d’amélioration des conditions de travail — par exemple, du côté du télétravail, de l’organisation du travail et des horaires —, mais aussi des revendications de rattrapage salarial, notamment pour corriger une discrimination systémique envers les secteurs majoritairement féminins », résume la présidente du SPGQ, Line Lamarre.

Rattrapage salarial

C’est en grande partie sur les questions salariales que les négociations achoppent. Le SPGQ dénonce un retard de près de 20 % du salaire de ces professionnels par rapport à des corps professionnels semblables au gouvernement fédéral et dans les municipalités. La différence devient encore plus marquée entre la fonction publique et les entreprises publiques. Le salaire est plus élevé d’environ 15 000 dollars à Hydro-Québec que dans l’administration québécoise pour un même corps d’emploi.

En 2019, l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS) notait dans un rapport de recherche que le pouvoir d’achat des employés de l’administration publique québécoise avait baissé d’environ 1,2 % depuis l’an 2000. Celui d’autres secteurs (entreprises publiques, universités, municipalités et sociétés de 200 employés ou plus) avait plutôt progressé de 11 % en moyenne. Or, près des trois quarts des travailleurs de l’administration québécoise sont des femmes, contre un tiers environ dans les entreprises publiques et l’administration municipale.

Pour le syndicat, cela relève d’une discrimination systémique entre les secteurs typiquement féminins et ceux où la majorité des professionnels sont traditionnellement des hommes. En 2017, une analyse du SPGQ montrait que les salaires de quatre organisations publiques typiquement masculines sur six se situaient dans le tiers le plus élevé. C’était le cas notamment d’Hydro-Québec et d’Investissement Québec. À l’inverse, cinq organisations majoritairement féminines sur neuf proposaient des salaires se situant dans le tiers le plus bas. C’était le cas, par exemple, de Revenu Québec, de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse et des musées nationaux.

Le SPGQ réclame une augmentation salariale de 2 % par année pendant trois ans pour commencer à corriger la discrimination systémique, ainsi qu’une hausse supplémentaire de 2 % pour amorcer le rattrapage de l’écart entre les professionnels du gouvernement et ceux qui évoluent dans d’autres milieux.

Discrimination systémique

Line Lamarre rappelle que la Loi sur l’équité salariale porte sur les salaires pratiqués par un même employeur, mais pas sur les iniquités entre des secteurs traditionnellement masculins et féminins. « Il faut changer cette loi, soutient-elle. Pourquoi un journalier dans la construction qui traîne des matériaux et fait du ménage sur un chantier est-il payé plus qu’une femme qui travaille dans un restaurant ou comme secrétaire dans un petit bureau ? Comment ça se justifie ? C’est de la discrimination systémique. »

Le syndicat demande au gouvernement de prendre position et de servir d’exemple sur la question de l’équité salariale. « Les lois ne seront pas modifiées rapidement, mais les négociations se concluront plus vite, rappelle Mme Lamarre. Le gouvernement doit agir comme modèle afin que les autres employeurs aient envie de suivre son exemple et que l’on puisse transformer les lois. Il y a un coup de barre à donner. »

Le SPGQ ne fait pas que négocier, il effectue aussi un travail de sensibilisation auprès des milieux politiques et de l’opinion publique. « Faire cesser la discrimination systémique ne bénéficiera pas qu’aux syndiqués, mais aussi à toutes les femmes de la société, en particulier aux professionnelles », avance Mme Lamarre.

Le syndicat a envoyé une lettre aux députés québécois en novembre dernier. Il y rappelait notamment que des professionnels du ministère de l’Économie et de l’Innovation avaient obtenu à l’été 2020 une bonification de leur échelle salariale de 4500 dollars et de 12 800 dollars, simplement parce qu’ils avaient été transférés à Investissement Québec, une organisation traditionnellement masculine.

Pour l’instant, le Conseil du Trésor n’a pas présenté d’offre concrète au syndicat, selon Mme Lamarre. Aucun montant n’a été réellement discuté. « Au moins, les échanges continuent et, tant qu’il y a un dialogue, il reste un espoir de règlement », juge-t-elle.

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