La nouvelle politique de rémunération chez Investissement Québec s’attire des critiques

Le p.-d.g. d’Investissement Québec, Guy LeBlanc
Photo: Ryan Remiorz Archives La Presse canadienne Le p.-d.g. d’Investissement Québec, Guy LeBlanc

Le salaire de certains hauts dirigeants d’Investissement Québec (IQ) pourrait pratiquement doubler en vertu d’une nouvelle politique de rémunération qui s’attire des critiques des partis d’opposition et soulève des questions chez des observateurs en gouvernance.

Un volet à long terme fixé sur l’atteinte d’objectifs qui seront évalués tous les trois ans s’ajoutera au salaire de base ainsi qu’aux primes annuelles déjà offertes au personnel du bras financier de l’État québécois, qui joue un rôle d’agence de développement économique et de société de financement.

Le président-directeur général d’IQ, Guy LeBlanc, et ses premiers vice-présidents exécutifs pourraient toucher une paye totale d’environ 1 million de dollars si toutes les cibles étaient atteintes. L’an dernier, aucun d’eux n’a obtenu une rémunération globale — qui tient compte du salaire de base, des primes et d’autres avantages — supérieure à un demi-million de dollars. M. LeBlanc avait touché environ 484 000 $.

« Le régime est fondé sur le rendement, la performance organisationnelle et la contribution au développement économique du Québec », a souligné une porte-parole d’IQ, Gladys Caron, ajoutant qu’il revenait au conseil d’administration de déterminer et d’approuver les cibles.

« Débalancement important »

S’il ne s’agit pas d’une « mauvaise chose » d’évaluer les résultats après quelques années, l’expert en gouvernance Michel Magnan apporte toutefois un bémol. « On parle d’une société d’État. Elle effectue des investissements en capital-actions, offre des prêts-subventions. Il n’y a pas beaucoup de banques dans le secteur privé qui font cela. C’est un peu embêtant d’aligner la rémunération avec le secteur financier. »

M. Magnan estime que le gouvernement Legault fait « bande à part » avec IQ, où les conditions de rémunération seront supérieures à ce qui est offert dans d’autres sociétés d’État comme Hydro-Québec et la SAQ.

Pour Luc Bernier, titulaire de la Chaire Jarislowsky sur la gestion dans le secteur public, le gouvernement Legault semble mettre sur pied un « débalancement important » des salaires chez IQ, une société sur laquelle il mise grandement pour notamment gonfler les investissements étrangers dans la province et stimuler l’investissement privé. « En raison des prêts-subventions et d’autres instruments du genre, IQ ne peut pas nécessairement dégager un rendement d’entreprise privée, explique-t-il. On dirait que l’on réinvente les mécanismes de rémunération pour qu’ils soient bien payés même s’ils ne sont pas rentables. »

Le gouvernement se défend

 

À l’Assemblée nationale, le gouvernement Legault s’est retrouvé sur la défensive. Il a justifié cette nouvelle politique en faisant notamment valoir qu’elle s’inspirait de ce que l’on retrouve au Fonds de solidarité FTQ — un fonds de capital-risque comptant plus de 700 000 actionnaires-épargnants.

Interpellé à la période des questions, le ministre de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon, a affirmé que les cadres d’IQ devaient être rémunérés comme dans le secteur privé. « Les critères de bonification à long terme seront basés sur des indicateurs comme les investissements en entreprise et les investissements directs étrangers. C’est conforme avec ce que l’on veut créer au Québec. »

Mais pour le porte-parole libéral en matière d’économie, Carlos Leitão, il est « inapproprié » d’avoir une structure de rémunération conditionnelle à la performance financière. IQ n’est pas une « banque d’affaires », mais un organisme public, a-t-il fait valoir.

Du côté de Québec solidaire, le responsable des dossiers économiques, Vincent Marissal, a qualifié la situation de « jamais vu » dans la fonction publique. « En ce moment, ce qu’on fait, c’est faire péter la banque pour une minorité de gens qui devraient être là d’abord et avant tout pour servir la population québécoise. »

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