Le Château pourrait renaître de ses cendres

Le Château avait affiché une perte nette de 69,2 millions au terme de l’exercice terminé le 25 janvier 2020. Ses derniers profits remontent à 2010, lorsque l’entreprise exploitait 236 boutiques au pays et deux points de vente au sud de la frontière, d’après le rapport annuel de l’époque.
Paul Chiasson La Presse canadienne Le Château avait affiché une perte nette de 69,2 millions au terme de l’exercice terminé le 25 janvier 2020. Ses derniers profits remontent à 2010, lorsque l’entreprise exploitait 236 boutiques au pays et deux points de vente au sud de la frontière, d’après le rapport annuel de l’époque.

La reprise économique pourrait-elle convaincre un acquéreur de donner une nouvelle chance à Le Château ? Selon la firme new-yorkaise chargée de superviser le processus de liquidation du détaillant toujours à l’abri de ses créanciers, ce scénario n’est pas impossible.

Hilco Streambank est actuellement à la recherche d’acquéreurs intéressés entre autres par les marques de commerce, la plateforme de commerce en ligne et certains emplacements de la chaîne québécoise fondée en 1959 et qui était contrôlée par la famille du fondateur Herschel Segal. Si ce processus peut parfois prendre la forme d’une vente en pièces détachées, le vice-président de la firme, David Peress, croit qu’un an après le début de la pandémie de COVID-19, le contexte est « favorable » à la présentation d’une offre d’achat pour Le Château.

« Il y a eu un énorme déplacement des dépenses des consommateurs vers le commerce en ligne, a-t-il dit mardi, au cours d’une entrevue par visioconférence. Je crois que l’on peut imaginer aujourd’hui ce qui l’était beaucoup moins l’an dernier : une structure qui mise essentiellement sur le commerce électronique, avec moins de magasins. »

Très présent dans le créneau des robes de bal et tenues de soirée, Le Château, qui compte environ 120 boutiques dans neuf provinces, n’a pas voulu commenter les propos de M. Peress.

D’après Hilco, les ventes générées par l’entremise de la plateforme électronique du détaillant au cours de l’exercice 2020 ont atteint 21,7 millions, soit 13 % des recettes totales. Le chiffre d’affaires en ligne a grimpé de 17 % entre 2019 et 2020.

Déficitaire depuis 2010, l’entreprise s’était tournée vers la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies en octobre dernier — une décision que d’autres détaillants, comme Aldo, Reitmans, Groupe Dynamite ainsi que Frank and Oak, ont été contraints de prendre depuis le début de la crise sanitaire. Le Château avait toutefois été plus loin en annonçant qu’il mettrait la clé sous la porte après avoir exploré des options comme un refinancement ainsi qu’une vente de la société. Les ventes de liquidation visant à écouler les stocks se poursuivent. Le processus, qui a été retardé de deux mois en raison des fermetures temporaires provoquées par la crise sanitaire, devrait se terminer à la fin de juin.

« Beaucoup d’intérêt »

Même si Hilco vient publiquement d’annoncer ses couleurs, la firme sonde le terrain depuis environ trois semaines et continuera de le faire jusqu’au 7 avril. « Il y a beaucoup d’intérêt au Canada jusqu’à présent de la part de fonds d’investissement et de détaillants, a dit M. Peress, sans aller plus loin. Vous pouvez vous attendre à ce que des millions de dollars soient générés pour des actifs de cette qualité. »

Faute d’un acquéreur, le processus pourrait également se limiter à la vente de certains actifs. Il y aurait des enchères pour les actifs restants.

Établi à Montréal, Le Château fabriquait localement 30 % de ses collections. Rien ne garantit que cela sera maintenu advenant une transaction visant à reprendre l’ensemble de la compagnie.

D’après la firme new-yorkaise, le détaillant est notamment propriétaire de 80 marques de commerce enregistrées dans des pays comme le Canada, les États-Unis et l’Europe, de 18 noms de domaines web, d’une plateforme transactionnelle en ligne et d’une base de données comptant près de 490 000 clients actifs, selon une présentation en ligne.

« Si on peut racheter l’entreprise en misant sur sa présence en ligne et 10 magasins physiques plutôt qu’un réseau de 120 boutiques, il y a peut-être quelque chose à faire avec cette marque », a estimé Charles de Brabant, directeur exécutif de l’École Bensadoun de gestion du commerce au détail de l’Université McGill, au cours d’un entretien téléphonique. Celui-ci a toutefois ajouté qu’il était « très difficile » de relancer une marque dans le secteur de la mode. Selon M. de Brabant, un repreneur devrait miser sur le segment des tenues de soirée à prix « abordables ».

Le Château avait affiché une perte nette de 69,2 millions au terme de l’exercice terminé le 25 janvier 2020. Ses derniers profits remontent à 2010, lorsque l’entreprise exploitait 236 boutiques au pays et deux points de vente au sud de la frontière, d’après le rapport annuel de l’époque.

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