Le chômage à son niveau le plus bas depuis le début de la crise

L'ajout d'emploi est principalement survenue du côté des emplois à temps partiel et du secteur du commerce de détail, coïncidant avec l’assouplissement des restrictions de santé publique des gouvernements.
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir L'ajout d'emploi est principalement survenue du côté des emplois à temps partiel et du secteur du commerce de détail, coïncidant avec l’assouplissement des restrictions de santé publique des gouvernements.

L’assouplissement des restrictions sanitaires, le mois dernier, a aidé à réduire le chômage au Québec à son niveau le plus bas depuis le début de la pandémie.

Le taux de chômage a fondu de 8,8 % à 6,4 % en février, au Québec, a rapporté vendredi Statistique Canada (SC). Encore meilleur que le dernier creux enregistré en décembre (6,8 %), tout juste avant un nouveau resserrement des règles sanitaires, et plus bas que partout ailleurs au Canada, ce niveau reste toutefois encore bien à court de la situation qui prévalait en février de l’année dernière (4,5 %), juste avant que la crise n’éclate, mais illustre néanmoins tout le chemin parcouru depuis les jours les plus sombres d’avril (17,6 %).

L’ajout de 113 000 emplois, le mois dernier, était la première hausse depuis septembre, a fait remarquer SC. Cette augmentation est principalement survenue du côté des emplois à temps partiel (+75 000) et du secteur du commerce de détail, coïncidant avec l’assouplissement des restrictions de santé publique des gouvernements.

Un phénomène similaire s’est aussi produit ailleurs au Canada pour les mêmes raisons, notamment en Ontario, si bien que l’économie canadienne a gagné au même moment presque 260 000 emplois et a vu son propre taux de chômage passer de 9,4 % à 8,2 %, son niveau le plus bas depuis le mois de mars.

Cette proportion au Canada ne tient pas compte des personnes qui voulaient un emploi, mais n’en ont pas cherché, ni de celles qui ont travaillé moins de la moitié de leurs heures habituelles en raison de la COVID-19, sans quoi il faudrait plutôt parler d’un taux de sous-utilisation de la main-d’œuvre de 16,6 %. De 11,4 % juste avant la crise, ce taux avait explosé à 36,2 % en avril, avant de diminuer graduellement, puis de remonter un peu le mois dernier, à 18,4 %.

Autre signe d’un retour progressif à la normale, 200 000 Canadiens de moins ont dit travailler à domicile. Des 5,2 millions autres Canadiens, plus de la moitié (3,1 millions) le faisait sur une base temporaire en réponse à la pandémie.

Longue pente à remonter

Les gains enregistrés en février ont effacé la presque totalité des pertes essuyées les deux mois précédents, survenues à cause du resserrement des règles sanitaires visant à contrer la deuxième vague de COVID-19. La reprise s’avère toutefois bien inégale entre les secteurs économiques et les travailleurs. Si le nombre total d’emplois au Québec, en février 2021, était encore inférieur de 3,2 % à ce qu’il était 12 mois auparavant, certains secteurs ont non seulement rattrapé tout le terrain perdu, mais ont même progressé. C’est le cas, par exemple, du domaine de l’enseignement (+9,5 %), du monde la construction (+4,8 %) ou de la finance (+4,2 %). À l’inverse, les secteurs durement touchés de l’hébergement et de la restauration (-31,8 %) ou l’information, de la culture et des loisirs (- 31,7 %) ont encore une très longue pente à remonter.

Cette situation se répercute sur les différents types de travailleurs plus présents dans certains domaines que d’autres, mais qui sont aussi plus ou moins touchés par les nombreux bouleversements provoqués par la crise. Ainsi, si les hommes et les femmes du principal groupe d’âge (25-54 ans) ont retrouvé leurs emplois dans des proportions similaires au Québec, il n’en va pas de même chez les 55 ans et plus, où le nombre d’emplois chez les hommes est revenu à ce qu’il était avant la pandémie (+0,4 %) alors que les femmes tirent encore de l’arrière (-7 %).

Les jeunes travailleurs de 15 à 24 ans (-11,8 %) sont eux aussi encore loin du compte. C’est le cas également pour les travailleurs les plus modestes dont le salaire horaire ne dépasse pas 17,50 $. Comptant pour le quart de l’ensemble de la main-d’œuvre lorsque la crise a frappé, leur nombre d’emplois accusait encore, le mois dernier, un manque à gagner de plus de 20 % alors que les travailleurs qui gagnent plus 25 $ l’heure ont vu leur rang grossir de 6 %.

L’emploi des immigrants arrivés au Canada au cours des cinq dernières années n’est toujours pas, lui non plus, revenu à ce qu’il était avant la pandémie (-12 %), rapporte SC. Mais comme les restrictions de voyage provoquées par la COVID-19 ont réduit d’autant le nombre de ces travailleurs, leur taux d’emplois est aujourd’hui le même.

Belle surprise

Ce rebond du marché du travail arrive plus tôt et se révèle plus prononcé que les experts s’y attendaient, a observé dans une brève analyse Douglas Porter. Comme l’enquête sur laquelle se basent ces chiffres a été réalisée du 14 au 20 février dernier, elle n’a pas pu capter l’effet des autres assouplissements des règles sanitaires qui sont survenus après et devrait donc être suivie d’autres bonnes nouvelles le mois prochain, a ajouté l’économiste en chef de la BMO.

« L’évolution du marché du travail confirme la résilience de l’économie canadienne », a estimé son confrère du Mouvement Desjardins, Benoit Durocher. Cela risque fort d’inciter la Banque du Canada à se préparer à réduire son niveau de stimulation monétaire, pense-t-il. Quant aux gouvernements, « l’amélioration du marché du travail et de l’économie suggère qu’il serait plus opportun d’opter pour un plan de relance plus modeste et ciblé ».