La pandémie, une occasion de faire mieux pour le Canada

Somme toute, «le Canada s’en est relativement bien tiré» jusqu’à présent face à la crise sanitaire et économique provoquée par la pandémie de COVID-19, estime le responsable des études nationales de l’OCDE, Alvaro Pereira.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Somme toute, «le Canada s’en est relativement bien tiré» jusqu’à présent face à la crise sanitaire et économique provoquée par la pandémie de COVID-19, estime le responsable des études nationales de l’OCDE, Alvaro Pereira.

Le Canada s’est plutôt bien tiré d’affaire jusqu’à présent dans la crise de la COVID-19. Mais le temps n’est pas venu pour les gouvernements de relâcher leur effort, au contraire. Aidés par de nouveaux outils de mesure du bien-être de la population, ils devraient en profiter pour améliorer leurs filets sociaux et rattraper leur gênant retard dans le virage vert.

La dernière fois que l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) avait dressé un portrait aussi complet de la situation au Canada, c’était en juillet 2018. On était loin, alors, de se douter de la calamité qui allait s’abattre sur le monde un an et demi plus tard.

Somme toute, « le Canada s’en est relativement bien tiré » jusqu’à présent face à la crise sanitaire et économique provoquée par la pandémie de COVID-19, a observé en téléconférence jeudi le responsable des études nationales de l’OCDE, Alvaro Pereira, au moment de dévoiler le rapport d’environ 150 pages. Non seulement a-t-il essuyé un nombre de décès par habitant inférieur à celui de la moyenne des autres pays développés, mais les travailleurs et entreprises y ont bénéficié, grâce aux pouvoirs publics, de « l’un des plus importants plans de soutien globaux initiés par les pays de l’OCDE », dont la valeur a déjà dépassé l’équivalent du cinquième de la taille de l’économie, et avant même que l’on tienne compte des centaines de milliards en liquidités injectées dans l’économie grâce à la Banque du Canada.

Les efforts à venir

Le moment n’est toutefois pas venu de se reposer. D’abord parce que la crise n’est pas finie et que la suite reste encore bien incertaine. Ensuite parce que si la reprise de l’activité économique est bien engagée en finance, dans la construction ou le secteur manufacturier, il n’en va pas de même pour les femmes, les jeunes et les travailleurs vulnérables des industries les plus éprouvées de la restauration, de l’hébergement, du tourisme ou du transport. Et puis, cette crise a mis en évidence des trous dans le filet social et pourrait aussi servir d’accélérateur à des changements plus qu’urgents, notamment en matière environnementale.

En plus des lacunes des programmes d’assurance-emploi et de bien-être social qu’il a fallu compenser par toutes sortes de mesures ad hoc, la pandémie a notamment montré comment les services de santé et de soins aux personnes âgées étaient déjà débordés sans parler du besoin de meilleurs services de garde. Cela tombe bien, expliquaient les experts de l’OCDE jeudi, parce qu’avec une augmentation du parc de logements abordables, des correctifs dans ces domaines auraient l’avantage d’apporter justement de l’aide aux travailleurs qui risquent le plus de garder des séquelles permanentes de la crise en cours. Ils ne manquent pas, au passage, de citer en exemple le Québec, entre autres pour son réseau public de service de garde et son programme d’assurance médicaments.

Et comme il faudra encore des milliards en investissements publics et privés pour redonner à l’économie son erre d’aller, pourquoi ne pas en profiter pour les diriger vers l’urgente et existentielle transition verte ? Parce que, soyons francs, note l’OCDE, au 168e rang sur 180 pays, le Canada est quand même « très mal classé » et encore loin du compte « concernant les émissions de gaz à effet de serre par habitant ».

Budget bien-être

Pour s’aider à avoir une meilleure vue d’ensemble et tendre vers une société et une économie plus « résilientes et saines après la pandémie de COVID-19 », les gouvernements canadiens devraient s’inspirer d’autres pays, comme la Nouvelle-Zélande, en intégrant dans leurs budgets des objectifs et des indicateurs plus complets et diversifiés en matière de poursuite du bien-être de la population. Ces tableaux de bord permettraient de voir, par exemple, que le Canada est l’un des meilleurs endroits pour vivre le soi-disant « rêve américain » d’ascension sociale, mais aussi l’un des pires en matière en conciliation travail-famille.

Toutes ces améliorations coûteraient évidemment des sous, admet l’OCDE. Alvaro Pereira dit ne pas s’inquiéter de la capacité et de la volonté des Canadiens d’assainir leurs finances publiques et rappelle que leurs gouvernements restent moins endettés que les autres surtout lorsque l’on tient compte des importants actifs financiers mis de côté pour leurs régimes publics de retraite. Une partie des sommes manquantes pourrait être trouvée dans une amélioration de l’efficacité des services publics, un ménage dans les nombreux avantages fiscaux accordés aux uns et autres ou une augmentation des impôts.

À ce chapitre, l’OCDE recommande, encore une fois, de faire d’une pierre deux coups en recourant plus volontiers aux taxes carbone, à la tarification routière et à d’autres outils d’écofiscalité. Il suffirait, par exemple, de relever ces derniers au niveau de la médiane des autres pays développés pour permettre au Canada de financer une augmentation de 20 % des subventions aux services de garde et des dépenses de soins de longue durée, ainsi que la mise d’un programme d’assurance médicaments à l’échelle du pays.

 

À voir en vidéo