La Banque du Canada maintient le cap, pour le moment

Les consommateurs et les entreprises s’adaptent mieux aux mesures sanitaires adoptées par les gouvernements en réaction à la deuxième vague de la pandémie.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Les consommateurs et les entreprises s’adaptent mieux aux mesures sanitaires adoptées par les gouvernements en réaction à la deuxième vague de la pandémie.

La Banque du Canada maintient le cap en matière de taux d’intérêt et d’injection de liquidités dans l’économie malgré une croissance économique plus forte que prévu en ce début d’année. Du moins, pour le moment.

Sans surprise, la banque centrale canadienne a maintenu mercredi son taux directeur à son niveau plancher de 0,25 %. Elle a aussi fait savoir que ses mesures d’assouplissement quantitatif continueraient au même rythme, c’est-à-dire à raison de l’achat d’au moins 4 milliards d’obligations du gouvernement fédéral par semaine.

Pourtant, « au Canada, l’économie se montre plus résiliente que prévu face à la deuxième vague du virus » de la COVID-19, a-t-elle admis dans un bref communiqué. Non seulement le produit intérieur brut (PIB) a augmenté deux fois plus vite au dernier trimestre de 2020 que ce à quoi la Banque s’attendait dans ses dernières prévisions il y a un peu plus d’un mois, mais « on s’attend maintenant à ce que la croissance du PIB au premier trimestre de 2021 soit positive, et non pas négative comme dans la projection de janvier ».

Encore loin du compte

Il semble bien, en effet, que les consommateurs et les entreprises s’adaptent mieux aux mesures sanitaires adoptées par les gouvernements en réaction à la deuxième vague de la pandémie. Le pays profite également d’une activité sur le marché du logement « beaucoup plus vigoureuse qu’attendu » de même que d’une reprise économique mondiale, notamment aux États-Unis, bénéfique aux exportateurs de matières premières canadiens et à l’investissement des entreprises.

La conjonction de ces facteurs devrait d’ailleurs contribuer, au cours des prochains mois, à faire remonter l’inflation de la « limite inférieure » à la « limite supérieure » de la fourchette cible de la Banque allant de 1 à 3 %, a-t-elle estimé. Ce phénomène devrait toutefois être temporaire, le retard économique accumulé durant la crise plaçant actuellement l’inflation fondamentale tout au plus entre 1,3 % et 2 %, selon elle.

On s’attend maintenant à ce que la croissance du PIB au premier trimestre de 2021 soit positive, et non pas négative comme dans la projection de janvier

 

Et puis, « malgré des perspectives encourageantes à court terme », il reste « beaucoup d’incertitude quant à l’évolution du virus », a-t-on observé, notamment en ce qui a trait aux risques que présentent ses variants. Est-il également nécessaire de rappeler que « le marché du travail est loin d’être rétabli », particulièrement pour « les travailleurs à faible salaire, les jeunes et les femmes, [qui] ont été les plus durement touchés par les pertes d’emplois » ?

Aussi, dit la Banque du Canada « même si les perspectives économiques se sont améliorées, le Conseil de direction juge que la reprise doit continuer d’être appuyée par des mesures de politiques monétaires exceptionnelles ». Cela signifie que la banque centrale continuera de garnir chaque semaine son portefeuille d’actifs financiers dont la valeur totale était passée d’un peu plus de 100 milliards au début de la crise à près de 540 milliards à la fin de l’année dernière. Quant à son taux directeur, il restera au plancher tant que le rattrapage économique ne sera pas suffisamment avancé pour permettre un retour « durable » de l’inflation à sa cible de 2 %, un moment que la Banque ne voyait pas arriver dans ses prévisions de janvier avant quelque part en 2023, a-t-elle rappelé mercredi.

Rendez-vous le mois prochain

Par sa position, la Banque du Canada semble prendre le contre-pied des nombreux observateurs qui ont commencé, depuis quelques semaines, à voir dans la reprise économique en cours et l’annonce d’importantes politiques de relance à venir de la part des gouvernements un danger de flambée de l’inflation qui ne laisserait d’autre choix aux banques centrales que de resserrer leurs politiques monétaires. Craignant que ce courant de pensée ne finisse pas freiner les pouvoirs publics dans leurs efforts de relance, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a martelé mardi que « les facteurs transitoires qui font remonter l’inflation globale ne justifient pas de changer d’orientation dans les politiques menées ».

Mais si la tendance économique se maintient, le début d’un changement de cap à la Banque du Canada ne sera probablement pas si loin, ont estimé mercredi plusieurs analystes. Ce moment pourrait même venir dès le mois prochain, lorsqu’elle fera de nouveau le point sur l’ensemble de la situation dans le Rapport sur la politique monétaire attendu le 21 avril.

« Une hausse des taux d’intérêt directeurs et la fin des achats quantitatifs ne seront évidemment pas observées à court terme, mais la [Banque] pourrait commencer à préparer le terrain, a fait valoir dans une analyse Benoit P. Durocher, économiste au Mouvement Desjardins. En particulier, elle pourrait bientôt décider de réduire graduellement son programme d’achats quantitatifs sur les marchés financiers. »

Quant aux conditions d’une remontée des taux d’intérêt de la Banque, tout indique désormais qu’elles seront atteintes « avant 2023 », ont estimé les économistes de la Banque Nationale.

À voir en vidéo