Le plan de relance de Biden stimulera la croissance au Canada, dit l’OCDE

Le déploiement rapide et généralisé des vaccins anti-COVID est essentiel au succès de la reprise économique mondiale, estime la cheffe économiste de l’OCDE, Laurence Boone.
Photo: Apu Gomes Agence France-Presse Le déploiement rapide et généralisé des vaccins anti-COVID est essentiel au succès de la reprise économique mondiale, estime la cheffe économiste de l’OCDE, Laurence Boone.

Le nouveau plan d’aide économique de Joe Biden ne stimulera pas seulement la reprise aux États-Unis, elle donnera aussi un sérieux coup de pouce à celle au Canada, estime l’OCDE.

L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a révisé à la hausse ses prévisions de croissance économique mondiale mardi, à la faveur notamment du « déploiement progressif de vaccins efficaces », du constat que « les économies réagissent mieux [que prévu] face aux mesures de lutte contre la COVID-19 » et de l’annonce de nouvelles politiques de relance économique dans certains pays, notamment aux États-Unis, où le gouvernement Biden s’apprête à déployer un nouveau plan de sauvetage « massif » de 1900 milliards de dollars.

Équivalant à 8,5 % de la taille de l’économie américaine, ce plan devrait, à lui seul, ajouter de 3 % à 4 % à la croissance cette année, pour la porter à 6,5 %, en plus de créer de deux à trois millions d’emplois. Mais son effet ne s’arrêtera pas là, estime l’OCDE. Il devrait aussi entraîner un peu tout le monde dans son sillage, à raison de 0,25 % à 0,5 % de croissance supplémentaire en Europe et en Chine et de 0,5 % à 1 % de plus dans les économies voisines du Mexique et du Canada.

Outre sa taille, le plan Biden tirera son efficacité du fait qu’il s’accompagnera d’une campagne de vaccination qui va bon train aux États-Unis. Cette question du déploiement rapide et généralisé des vaccins sera d’ailleurs essentielle au succès de la reprise économique mondiale, a fait valoir dans un communiqué la cheffe économiste de l’OCDE, Laurence Boone, qui en a appelé à une accélération et à une meilleure coordination des efforts en cours. « Généraliser la vaccination des populations adultes est la meilleure politique économique envisageable actuellement pour faire repartir nos économies et redynamiser l’emploi. »

4,7%
C’est la croissance économique prévue pour le Canada en 2021, selon l’OCDE.

Or, tous les pays n’avancent pas à la même vitesse sur ce front, observe l’OCDE, certains des plus riches vaccinant déjà allègrement alors que d’autres, particulièrement les plus pauvres, attendent toujours leurs premières doses. Non seulement ces derniers risquent-ils de voir durer et s’aggraver les dommages humains et économiques causés par la pandémie, mais les autres courent aussi le danger de voir éventuellement débarquer du Sud de nouveaux variants du coronavirus contre lesquels leurs vaccins seront inefficaces.

Prévisions à la hausse

Pour l’heure, l’OCDE révise à la hausse ses prévisions de croissance pour l’économie mondiale du mois de novembre, de 4,2 % à 5,6 % cette année et de 3,7 % à 4 % l’an prochain comparativement à un recul de 3,4 % l’an dernier. Aux États-Unis, on passerait d’un recul de 3,5 % à un impressionnant rebond de 6,5 % cette année (plutôt que de 3,2 %) et de 4 % l’an prochain (plutôt que 3,5 %), alors qu’après une baisse de 6,8 % l’an dernier, la zone euro voit ses perspectives de croissance passer seulement de 3,6 % à 3,9 % en 2021 et de 3,3 % à 3,8 %. La Chine, de son côté, se fait presque insolente, étant l’une des seules à avoir malgré tout connu une croissance économique l’an dernier, à 2,8 %, et semblant se diriger vers une expansion de 7,8 % cette année et de 4,9 % l’an prochain.

À défaut d’être le plus rapide à vacciner sa population, le Canada devrait, pour sa part, au moins profiter de l’effet des mesures extraordinaires d’aide financière déjà déployées par les gouvernements et de leurs politiques de relance économique promises pour cette année. Comme dans d’autres pays, ses entreprises et ses consommateurs semblent moins affectés par la seconde vague de la pandémie et les mesures d’endiguement que lors de la première vague, peut-être parce qu’ils s’y sont adaptés ou que les mesures des gouvernements étaient mieux ciblées. Au total, après un recul de 5,4 % de son économie l’an dernier, l’économie canadienne se dirigerait ainsi, selon l’OCDE, vers une croissance de 4,7 % cette année (plutôt que les 3,5 % prévus en novembre) et de 4 % en 2022 (plutôt que seulement 2 %).

7,8%
C’est la croissance économique prévue pour la Chine, selon les prévisions de l’OCDE. Le pays d’Asie est l’un des seuls à avoir connu une expansion l’an dernier, à 2,8 %.

Au rythme où vont les choses, l’économie mondiale devrait avoir rejoint et même dépassé d’ici le milieu de l’année le niveau qu’elle affichait avant la crise, estime l’OCDE. Mais la reprise économique n’est pas seulement inégale entre les pays, elle l’est aussi entre les secteurs industriels et les travailleurs, a-t-elle rappelé. Ainsi, si le total des heures travaillées reste inférieur d’environ 5 % en moyenne à son niveau d’avant la pandémie dans les grandes économies avancées, le manque à gagner se concentre principalement dans quelques secteurs seulement, comme les loisirs, l’hébergement, le transport et le commerce de détail. Très présents dans ces domaines, les femmes, les jeunes et les travailleurs à faible revenu ont été particulièrement touchés.

Un vaccin à la seconde

L’OCDE n’est pas la seule à s’inquiéter du retard que prennent les pays en développement dans l’accès aux vaccins contre la COVID-19. Un an après la formation de l’Alliance GAVI en faveur d’un vaccin universel, un groupe d’organisations militantes dont font partie Oxfam, Frontline AIDS et l’ONUSIDA a pressé mardi soir les pays riches à en faire plus en la matière, déplorant que, pendant qu’on administre un vaccin à la seconde au Canada (31 508 vaccins en moyenne par jour), trois en Allemagne, neuf au Royaume-Uni et trente-cinq aux États-Unis, plusieurs dizaines de pays pauvres et moins pauvres, en Afrique, en Amérique centrale et en Asie, attendent toujours leur première dose.

Plus d’une centaine de pays demanderont encore une fois cette semaine à l’Organisation mondiale du commerce qu’on permette une entorse spéciale à la protection de la propriété intellectuelle des grandes compagnies qui ont mis au point ces vaccins afin de permettre à d’autres entreprises d’en augmenter radicalement le volume de production à l’intention des populations les plus pauvres. Malheureusement, dit l’Alliance, bon nombre de pays riches s’opposent à cette idée, dont le Canada, les États-Unis et les pays de l’Union européenne.

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