Québec offre 56 millions à l'usine Alstom de La Pocatière

Alstom, qui est propriétaire des anciennes usines de Bombardier Transport depuis le 29 janvier, souhaite automatiser et robotiser les installations de La Pocatière afin d’abaisser les coûts.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Alstom, qui est propriétaire des anciennes usines de Bombardier Transport depuis le 29 janvier, souhaite automatiser et robotiser les installations de La Pocatière afin d’abaisser les coûts.

Alstom sait comment regarnir le carnet de commandes presque vide à l’usine de La Pocatière, mais cela n’empêche pas Québec de lui offrir un prêt de 56 millions — qui pourrait se transformer en subvention si des seuils d’emplois sont atteints — pour moderniser les installations du Bas-Saint-Laurent.

Mais si rien ne change à court terme, ce soutien financier, annoncé mardi, n’empêchera pas l’effectif d’environ 420 employés de fondre à environ une centaine de personnes vers la fin de l’année, vu que certains contrats tirent à leur fin. La seconde commande des voitures Azur du métro de Montréal devrait être entièrement livrée d’ici l’automne. Le travail sera également achevé pour Metrolinx à Toronto.

Il faudra potentiellement attendre la deuxième moitié de 2022 avant que la cadence des activités reparte à la hausse, quand l’usine participera aux contrats pour la construction de 205 nouvelles voitures pour le réseau de transport en commun SkyTrain de Vancouver. Elle sera également mise à contribution pour la fabrication de wagons de trains de passagers au New Jersey en effectuant notamment de la soudure.

« Je veux souligner que nous travaillons en ce moment pour [combler le vide de] cette période », a affirmé le dirigeant des activités de matériel roulant chez Alstom pour les Amériques, David Van der Wee, au cours d’une conférence de presse, à laquelle participaient le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, et la ministre déléguée au Développement économique régional, Marie-Eve Proulx.

Alstom, qui est propriétaire des anciennes usines de Bombardier Transport depuis le 29 janvier, souhaite automatiser et robotiser les installations de La Pocatière afin d’abaisser les coûts. Cela permettra de rapatrier du travail qui s’effectue actuellement dans des « pays à faible coût », a expliqué M. Van der Wee. Le site pourra ainsi convoiter des contrats au Canada, aux États-Unis ainsi qu’ailleurs à l’international, a-t-il fait valoir.

Le géant français n’aura pas à rembourser le prêt si l’usine de La Pocatière compte environ 400 employés en 2026 et 350 pour les trois années suivantes. « C’est très peu d’argent pour le bénéfice qui peut en sortir, a dit M. Fitzgibbon. Les 400 emplois et les 350 par la suite, c’est un minimum. Sans mettre de pression à mes collègues d’Alstom, on s’attend à beaucoup plus d’emplois que cela. »

Trop tard ?

Pour le président syndical Claude Michaud, les employés de l’usine peuvent finalement « voir la lumière au bout du tunnel » même s’il y aura des mises à pied prochainement.

Au cours d’un entretien téléphonique, celui-ci a estimé qu’il aurait fallu agir plus rapidement pour éviter une autre réduction de l’effectif. « C’est ce que je déplore le plus. Cela fait longtemps que l’on voyait cela s’en venir puisque les contrats n’arrivaient pas. Avec la modernisation, nous serons au moins plus concurrentiels sur le marché international. »

L’entreprise française a par ailleurs modifié son inscription au Registre des lobbyistes du Québec pour demander au gouvernement Legault que l’octroi des contrats de transport en commun au Québec s’accompagne d’exigences de contenu local. Interrogé à ce sujet, le ministre Fitzgibbon a répondu qu’il y avait des règles « très strictes » qui accompagnent certaines ententes de libre-échange, dont celle avec l’Union européenne. C’est une plus grande compétitivité qui permettra de tirer son épingle du jeu, a-t-il dit.

En réalisant son acquisition de Bombardier Transport le 29 janvier dernier, la multinationale française a absorbé environ 1400 travailleurs au Québec, essentiellement répartis entre l’usine de La Pocatière et le centre d’ingénierie situé à Saint-Bruno-de-Montarville, en banlieue sud de Montréal.

À voir en vidéo