La Chine présente un plan évasif pour réduire ses émissions de gaz carbonique

La Chine est à l’origine de plus du quart des émissions mondiales de gaz à effet de serre. 
Photo: Wang Zhao Agence France-Presse La Chine est à l’origine de plus du quart des émissions mondiales de gaz à effet de serre. 

Les émissions chinoises de gaz carbonique doivent commencer à baisser à partir de 2030, mais le plan quinquennal détaillé vendredi devant le Parlement ne précise guère comment Pékin compte y parvenir. En revanche, le premier pollueur mondial devrait accroître ses investissements dans les centrales à charbon.

Le discours-fleuve du premier ministre Li Keqiang devant l’Assemblée nationale populaire n’a mentionné aucun plafonnement de la consommation énergétique dans le cadre du nouveau plan quinquennal (2021-2025). « Sans objectif de maîtrise de la consommation d’énergie, il y a encore moins d’ambition dans ce plan que dans le précédent », se désole Lauri Myllyvirta, du Centre de recherche sur l’énergie et l’air pur, basé à Helsinki. « Par conséquent, rien ne garantit que la croissance des émissions ralentira, encore moins qu’elle s’arrêtera, à partir de 2025. »

Comme à son habitude, la Chine évoque une baisse de l’intensité carbone — à savoir la quantité de CO2 produite par unité de PIB. M. Li a annoncé une réduction de 18 % de cet indicateur sur la période, soit le même objectif qu’au cours des cinq dernières années. Mais les écologistes disent que Pékin doit faire encore plus. « Ça repousse certaines des questions les plus pressantes à plus tard », a dit Li Shuo, de Greenpeace. L’objectif de croissance économique a de son côté été fixé à au moins 6 % pour 2021, ce qui signifie qu’en valeur absolue, les émissions les plus polluantes continueront à augmenter au moins cette année.

Le plan ambitionne de faire passer la part du renouvelable à 20 % du mix énergétique chinois d’ici à 2025, contre 15,9 % actuellement. Mais il ne détaille aucun objectif chiffré en ce qui concerne le développement des capacités de production d’énergie éolienne, solaire ou hydroélectrique.

La Chine est à l’origine de plus du quart des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Son objectif est d’atteindre la carboneutralité en 2060. Pour y parvenir, elle doit toutefois réduire immédiatement la production de ses centrales à charbon, estiment les experts. Au contraire, le gouvernement chinois a publié le mois dernier une directive appelant à « accroître la part des centrales à charbon de grande capacité ».

« Le contraste est saisissant entre les ambitions de développement décarboné et les investissements continus dans les énergies fossiles », déplore M. Myllyvirta. Après avoir été paralysée début 2020 pour cause d’épidémie, l’économie chinoise est repartie à coups d’investissements dans les infrastructures. Les écologistes redoutent que cela ne fasse oublier au pays ses promesses climatiques.

Malgré l’arrêt des usines, les émissions de CO2 chinoises ont encore augmenté de 1,5 % l’an dernier, selon le Bureau national des statistiques.

Forte croissance économique

La Chine a été la seule grande économie à prendre du mieux l’an dernier, affichant une croissance de 2,3 % (sa pire en plusieurs décennies) quand des industries ont été fermées pour combattre le virus. La croissance s’est accélérée à 6,5 % par rapport à l’année précédente au dernier trimestre de 2020, pendant que les États-Unis, l’Europe et le Japon affrontaient de nouvelles éclosions.

La cible de 6 % est supérieure à ce qui est prédit aux États-Unis et pour d’autres grandes économies, mais inférieure à l’objectif de 7 % ou de 8 % que des analystes attendaient de M. Li. On peut donc supposer que Pékin « délaisse la quantité au profit de la qualité de la croissance économique », a dit dans un rapport Chaoping Zhu, de la firme J.P. Morgan Asset Management.

Le parti au pouvoir avait précédemment annoncé avoir atteint l’an dernier son objectif de doubler la production économique par rapport aux niveaux de 2010, ce qui nécessitait une croissance économique de 7 %. M. Xi a évoqué un nouveau doublement d’ici 2035, ce qui nécessiterait une croissance économique d’environ 5 %, toujours parmi les plus robustes des grandes économies.

Avec La Presse canadienne

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