Air Canada aurait promis de rembourser les voyageurs

Ottawa a mis le remboursement des voyageurs sur la table comme une condition-clé en échange d’un allégement financier pour les compagnies aériennes, en plus de demander aux transporteurs de maintenir les routes régionales.
Photo: Nathan Denette La Presse canadienne Ottawa a mis le remboursement des voyageurs sur la table comme une condition-clé en échange d’un allégement financier pour les compagnies aériennes, en plus de demander aux transporteurs de maintenir les routes régionales.

Air Canada a promis plusieurs fois de rembourser les passagers dont les vols ont été annulés pendant la pandémie lors des négociations avec Ottawa sur un éventuel programme d’aide pour le secteur, selon le syndicat Unifor.

« J’ai parlé à [l’ancien] chef de la direction d’Air Canada, hier soir [mercredi], alors je sais que cet engagement a été fait depuis un certain moment », a affirmé jeudi le président d’Unifor, Jerry Dias, en référence à Calin Rovinescu, qui a cessé d’occuper ce poste le 15 février.

En novembre, alors qu’il était toujours chef de la direction, M. Rovinescu avait indiqué qu’Air Canada n’hésiterait pas à rembourser les consommateurs qui n’avaient pas pu utiliser leurs billets si les conditions d’une aide gouvernementale étaient raisonnables. Après un départ laborieux, il y a près de quatre mois, les discussions se sont récemment accélérées, atteignant un rythme permettant qu’on les qualifie de négociations. Toute entente comprendrait une résolution sur les remboursements des passagers, un plan pour le retour en service sur les marchés régionaux et un soutien financier pour le secteur aéronautique, a précisé M. Rovinescu le mois dernier.

« Même s’il n’y a aucune assurance pour l’instant que nous allons en arriver à une entente définitive pour l’appui au secteur, je suis optimiste à cet égard pour la première fois », avait-il soutenu le 12 février lors d’une conférence avec les analystes, trois jours avant qu’il ne donne les rênes de l’entreprise au nouveau chef de la direction, Michael Rousseau.

Air Canada affirme qu’il n’y a eu aucune mise à jour depuis, et qu’aucune entente n’est encore en place. « Le gouvernement est en discussion avec les transporteurs aériens au sujet d’une éventuelle aide financière additionnelle », a pour sa part affirmé Jessica Eritou, une porte-parole de la ministre des Finances, Chrystia Freeland.

« Urgent »

Mais aux yeux de Jerry Dias, environ 4000 des 15 000 travailleurs de l’aviation membres du syndicat Unifor restent pleinement employés, un an après l’arrivée de la COVID-19 au pays, ce qui confère un caractère urgent aux discussions avec Ottawa. « Ça ne peut pas être plus urgent que maintenant, a-t-il lancé jeudi. Franchement, ça commence à être un peu frustrant d’entendre que c’est imminent et que c’est à la veille d’arriver. Ça fait un an — je me suis laissé pousser deux barbes depuis que j’ai entendu ça ! »

Ottawa a mis le remboursement des voyageurs sur la table comme une condition clé en échange d’un allégement financier pour les compagnies aériennes, en plus de demander aux transporteurs de maintenir les routes régionales.

Des milliers de voyageurs continuent à attendre, alors qu’Air Canada n’a toujours pas remboursé les clients qui ont payé pour des services qu’ils n’ont jamais reçus dans la foulée de la fermeture des frontières et des recommandations de la santé publique d’éviter de voyager. Le transporteur a indiqué, le mois dernier, qu’il conservait 2,3 milliards de dollars en vente de billets à son plus récent trimestre. Il a par ailleurs affiché une perte de 1,16 milliard au quatrième trimestre de l’exercice 2020.

WestJet a annoncé en novembre qu’elle rembourserait les passagers dont les vols ont été annulés à cause de la pandémie.

À la fin mai, les lignes aériennes du monde entier avaient reçu 123 milliards de dollars américains en aide — sous forme de prêts, dans la plupart des cas —, d’après l’Association internationale du transport aérien (IATA).

Le Canada a offert plus de 1,7 milliard à l’industrie de l’aviation par l’entremise de son programme de subvention salariale, mais n’a pas proposé d’aide spécifique à ce secteur. Il est le seul pays du G7 à ne pas l’avoir fait.

Unifor et deux syndicats de pilotes demandent des prêts fédéraux totalisant 7 milliards, assortis d’un taux d’intérêt de 1 % sur 10 ans. Unifor demande aussi à Ottawa de renoncer à sa taxe sur le carburant pour les transporteurs canadiens et de suspendre les redevances d’atterrissage et de portes d’embarquement pour les vols de passagers et de fret.

Air Canada, Rouge, WestJet, Swoop et Sunwing ont toutes accepté en janvier de suspendre leur service vers le Mexique et les Caraïbes à la demande du premier ministre, Justin Trudeau, pour aider à lutter contre la propagation de la COVID-19. Cette décision a entraîné la mise à pied temporaire de milliers de travailleurs de l’industrie.

Air Canada a annoncé le mois dernier qu’elle mettrait à pied 1500 employés syndiqués ainsi qu’un nombre indéterminé de gestionnaires, en raison de la suspension de 17 liaisons vers les États-Unis et d’autres destinations internationales.

En décembre, le gouvernement fédéral a demandé à l’Office des transports du Canada, qui s’occupe des dossiers liés aux droits des passagers, de renforcer ses règles exigeant des lignes aériennes qu’elles remboursent les voyageurs pour des vols annulés.

Or, ces règles ne concerneraient que les futures annulations et ne seraient pas rétroactives.

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