Shrek à Wall Street

Scène romantique tirée du film d’animation Shrek 2, réalisé par les studios Dreamworks, qui espèrent tirer jusqu’à 650 millions $US de l’intruduction en Bourse de leur division Animation. 
Source: Dreamworks Pictures
Photo: Scène romantique tirée du film d’animation Shrek 2, réalisé par les studios Dreamworks, qui espèrent tirer jusqu’à 650 millions $US de l’intruduction en Bourse de leur division Animation. Source: Dreamworks Pictures

New York — Les studios de cinéma indépendants Dreamworks, créés il y a dix ans par Steven Spielberg, vont introduire en Bourse leur division Animation, faisant le pari que leur ogre vert pétomane Shrek séduira autant les investisseurs de Wall Street que le public à travers le monde.

Les studios californiens comptent lever jusqu'à 650 millions $US en proposant au public les actions de Dreamworks Animation, ont-ils indiqué hier dans un document officiel déposé auprès des autorités boursières (Securitie Exchange Commision, ou SEC).

«Nous pensons que nous avons actuellement en développement et en production plus de films d'animation conçus par ordinateur que n'importe quel autre studio d'animation», ont-ils écrit pour muscler leur opération de séduction.

Dreamworks, fondé en 1994 par Steven Spielberg (le père d'E.T.), associé à un ancien de Disney, Jeffrey Katzenberg, et au producteur millionnaire du groupe rock Nirvana, David Geffen, n'a pas précisé le prix d'introduction ni la date de cette émission.

En février, le quotidien spécialisé Daily Variety estimait qu'elle pourrait coïncider avec la sortie du prochain dessin animé, Shark Tale (Histoire de requin), le 1er octobre aux États-Unis.

Parmi les huit dessins animés sortis en 10 ans, les trois créés uniquement en images de synthèse (Antz, Shrek, Shrek 2) ont connu un succès croissant, ajoute le document, en soulignant que le deuxième volet des aventures de l'ogre vert a récolté 425 millions $US dans les salles aux États-Unis depuis le 18 mai.

Le dernier grand succès du concurrent Pixar — associé de Disney — est battu puisque Finding Nemo affiche 339,7 millions $US de recettes nationales. Dreamworks précise toutefois que le nombre record de salles où Shrek 2 a été montré («4223 à son sommet») a eu son importance pour décrocher cette première place.

Selon les analystes, Dreamworks attendait la confirmation du succès de Shrek — premier Oscar pour un film d'animation en 2002 — pour officialiser un projet évoqué depuis six mois par le Tout-Hollywood.

«Pour l'entrée en Bourse, le succès de Shrek 2 sera probablement décisif», confiait fin mai Anthony Valencia, expert du cinéma pour le gestionnaire de portefeuilles californien TCW Group.

Il ajoutait toutefois que Dreamworks devait à l'avenir «témoigner de davantage de consistance» dans ses choix, ces studios étant connus pour «alterner les grosses déceptions avec les réussites».

Hier, le groupe, qui fait aussi de la fiction filmée (American Beauty en 1999) et de la production télévisuelle, a dû lever le voile sur ses chiffres jusque-là secrets.

Il apparaît ainsi que Dreamworks Animation, encore rentable en 2001, a ensuite plongé dans le rouge, jusqu'à afficher une perte nette de 189 millions $US en 2003, pour des recettes d'exploitation (salles, DVD, droits de télévision) en baisse de 35 % sur un an à 295 millions $US.

Le groupe s'est voulu rassurant en précisant que ces résultats ont été plombés par des lourds coûts de distribution et de marketing qui disparaîtront une fois l'introduction en Bourse effective.

Ces dépenses seront en effet à l'avenir assumées par la maison-mère Dreamworks Studios. Et si l'accord de distribution avait déjà été en vigueur, la perte enregistrée au premier trimestre 2004 (26 millions $US) aurait été divisée par deux, a encore indiqué le document.

Pour convaincre Wall Street, Dreamworks mise aussi sur l'aura de son p.-d.g. Jeffrey Katzenberg. Il est «un des architectes-clés» de la réussite des studios de cinéma de Disney, dont les ventes sont passées de 245 millions en 1984 à plus de 4,7 milliards en 1994, année de son départ fracassant après une brouille avec son patron Michael Eisner.