Mandat de grève chez Via Rail

Les négociations en vue de la signature d'une convention collective entre la direction de Via Rail et le syndicat des Travailleurs canadiens de l'automobile (TCA), qui durent depuis plus de dix mois, comptent maintenant une nouvelle variable: un mandat de grève.

C'est dans une proportion de 83 % que les employés syndiqués ont donné hier à leur comité de négociation la possibilité de déclencher un arrêt de travail quand bon lui semblera, avant quoi il devra cependant livrer à Via Rail un avis juridique de 72 heures.

Insatisfait des dernières offres patronales, le syndicat avait quitté la table des négociations il y a une semaine et demie afin d'aller chercher ce mandat auprès de ses membres. Les discussions formelles doivent reprendre la semaine prochaine.

Environ 2500 employés étaient habilités à se prononcer, le syndicat n'ayant pas voulu dévoiler le taux de participation sauf pour dire qu'il était «majoritaire». Via Rail a environ 3000 employés syndiqués.

Un arrêt de travail chez Via Rail pourrait sérieusement affecter la société d'État et des milliers de vacanciers, dans la mesure où il surviendrait en pleine période estivale, au plus fort de la saison touristique.

«Personne n'est intéressé à faire la grève, a cependant indiqué au Devoir Abe Rosner, représentant national des TCA affecté au secteur du transport. Mais le timing de ce mandat est correct parce que ça peut aider les deux parties à prendre des décisions. Je ne sais pas si nous allons déposer l'avis la semaine prochaine, c'est le comité de négociation qui va décider, nous verrons comment ça se déroule.»

Via Rail était plus réservé mais a tenu à réitérer son désir d'en arriver à un accord. «Notre intention est de travailler vers une entente négociée», a dit Malcolm Andrews, conseiller principal aux affaires publiques de l'entreprise.

Retards salariaux

Trois catégories d'employés se sont prononcés sur le mandat de grève, soit les préposés du service à bord, les agents de la billetterie et les mécaniciens.

Parmi les questions au coeur des négociations de cette nouvelle convention collective figurent les salaires, le régime de retraite et la qualité des services. Le contrat de travail est échu depuis le 31 décembre 2003.

Via Rail aurait offert des augmentations salariales de 2 % par année sur trois ans, alors que le syndicat demande 3 %.

Le syndicat estime que ses employés spécialisés ont pris, depuis une dizaine d'années, 3,5 % de retard au chapitre salarial, face aux mêmes classes d'employés au Canadien national. «Si on accepte seulement 2 % par année, l'écart va se creuser», a dit M. Rosner.

Quant à la qualité des services à bord, M. Rosner affirme qu'il y a parfois trop peu d'employés pour le nombre de passagers et que cette situation entraîne un degré de fatigue inacceptable. Les TCA n'ont jamais fait la grève chez Via Rail, mais ils se sont retrouvés en lockout en 1995 en raison de la grève d'un autre syndicat contre le CN.

Créée en 1977, la société Via Rail exploite un réseau d'environ 14 000 kilomètres desservant quelque 450 municipalités.