Pour l’amour de Montréal-Nord

Lucila Pino (au centre) a ouvert son café-bistro sur la rue de Charleroi, à Montréal-Nord, il y a maintenant six ans. Depuis deux ans, elle sent que les choses bougent pour le mieux dans sa rue bien-aimée. Sur la photo, Lucila avec ses parents, Carlos et Clara, qui gèrent le café avec elle.
Jacques Nadeau Le Devoir Lucila Pino (au centre) a ouvert son café-bistro sur la rue de Charleroi, à Montréal-Nord, il y a maintenant six ans. Depuis deux ans, elle sent que les choses bougent pour le mieux dans sa rue bien-aimée. Sur la photo, Lucila avec ses parents, Carlos et Clara, qui gèrent le café avec elle.

Le potentiel économique de l’est de Montréal, longtemps négligé, est maintenant vanté par les politiciens et les gens d’affaires. Le REM devrait accélérer son développement lors de sa mise en service, en 2029. Mais d’ici là, les citoyens et les entreprises de l’Est ont des projets plein la tête afin de donner de la vitalité à leurs quartiers. Deuxième de quatre arrêts : Montréal-Nord.

Quand Lucila Pino a immigré au Québec avec ses parents il y a une vingtaine d’années, elle s’est installée à Montréal-Nord. La famille originaire du Salvador a trouvé que le quartier était particulièrement accueillant envers les nouveaux arrivants.

Il y a six ans, la jeune femme ouvrait son café-bistro sur la rue de Charleroi, dans l’ancien local d’une pâtisserie qu’elle fréquentait et dont la propriétaire prenait sa retraite. Depuis deux ans, elle sent que les choses bougent pour le mieux sur sa rue bien-aimée.

« L’association des commerçants est de plus en plus active et organisée, explique celle qui est secrétaire de l’Association des commerçants de Charleroi. Pour Noël, on a installé des sapins décoratifs devant les commerces. Et l’été dernier, il y avait des événements animés où l’on pouvait voir des artistes peindre en direct, avec des promotions [en boutique] pour attirer les clients. »

Mme Pino salue aussi l’effort de l’arrondissement pour embellir l’artère, par l’ajout de lampadaires et l’aménagement de lieux extérieurs d’exposition et de rencontres. Elle sent que plusieurs habitants du quartier ont redécouvert la rue. « Ce n’est pas une artère comme les autres. On a une ambiance différente, car il y a du résidentiel, des écoles, des commerces. C’est très communautaire », souligne celle dont les gâteaux flamboyants font la fierté.

Non loin de là, sur la rue Fleury, Mohamad Sobh, copropriétaire de la boutique Distribution Mix Nuts, croit que beaucoup de gens gagneraient à visiter Montréal-Nord. « Oui, il y a du crime, mais ce n’est pas dans notre coin. Fleury est super belle, le quartier est tranquille », dit le jeune homme qui prend la relève de l’entreprise familiale fondée il y a 15 ans.

« Si les gens découvrent ce que les gens de Montréal-Nord ont à leur offrir, leur vie va changer, poursuit-il. On a de beaux produits et on est moins cher que les autres. On sait qu’à Montréal-Nord, ce n’est pas tout le monde qui a de gros moyens, alors on essaie de faire compétition aux supermarchés pour que les gens aient des produits de haute qualité à faible prix. »

M. Sobh salue par ailleurs les efforts déployés par la Corporation de développement économique communautaire (CDEC) Montréal-Nord pour soutenir les commerçants de l’arrondissement sur le plan marketing. La CDEC a notamment aidé les associations de commerçants de quatre artères, soit Fleury, de Charleroi, Monselet et Pie-IX, à développer une image de marque et un logo. « On a des commerçants qui ont une vision, qui veulent que ça devienne des milieux de vie et que ça contribue à la dynamisation de Montréal-Nord », soutient le directeur général de la CDEC, Jean-François Gosselin.

Si les gens découvrent ce que les gens de Montréal-Nord ont à leur offrir, leur vie va changer. On a de beaux produits et on est moins cher que les autres.

Ces commerçants souhaitent également que les artères soient réaménagées, affirme-t-il en se basant sur un sondage effectué auprès d’eux. « Ils souhaitent qu’il y ait plus d’arbres, qu’on rapetisse la largeur des rues, qu’on diminue la vitesse, qu’on améliore l’aménagement urbain. »

Selon lui, des investissements additionnels en ce sens seraient bienvenus de la part de la Ville. D’ailleurs, un réaménagement est déjà prévu pour le boulevard Pie-IX dans le cadre des travaux du service rapide par bus (SRB). « Ça va être très beau », commente-t-il.

Former la relève

Autre projet majeur de la CDEC Montréal-Nord : la construction d’un centre de formation et d’entrepreneuriat, dans un quartier où les taux de chômage et de décrochage scolaire sont les plus élevés de la métropole. De l’avis de la corporation, de nombreux citoyens du quartier auraient besoin de formation et d’accompagnement, notamment en francisation, en entrepreneuriat, en informatique et en comptabilité, pour se trouver un emploi. Or, il faut parfois passer plusieurs heures dans les transports en commun pour assister à de telles formations à l’extérieur de l’arrondissement.

Bien que le SRB Pie-IX et le REM de l’Est vont améliorer la mobilité des citoyens, ces services devraient être offerts à Montréal-Nord directement, plaide la CDEC. « Il y a des choses qu’on peut maintenant faire en virtuel, mais ça ne fonctionne pas bien pour tout. En entrepreneuriat, par exemple, la condition gagnante est la présence d’un réseau d’affaires, où les gens peuvent se rencontrer et développer des liens », souligne Jean-François Gosselin.

L’organisme Impulsion-Travail offre déjà certains services d’insertion professionnelle à Montréal-Nord. « Des gens qui nous fréquentent, 75 % sont issus des communautés culturelles. Certains n’ont pas de reconnaissance de leur cinquième secondaire. Ils ont plusieurs obstacles à l’emploi », indique la directrice, Christine Guay, qui estime qu’un tel centre permettrait de répondre beaucoup plus à leurs besoins.

Les nombreuses entreprises en mécanique automobile de l’arrondissement auraient également besoin de soutien pour que leurs employés puissent manipuler les véhicules électriques. Le centre viserait aussi à répondre à cette demande. « Le marché est en évolution et s’en va vers ça, explique Kevin Ahern, directeur de l’atelier mécanique chez Dubé pneu et mécanique. On n’a pas le choix de se former pour la sécurité, le diagnostic, l’équipement… Ça peut prendre de 200 à 300 heures et il faut pouvoir se former pas trop loin. »

Les instigateurs du projet de centre de formation cherchent encore un lieu et du financement additionnel pour le mener à bien.

 

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