La justice russe veut vendre la principale filiale de production de Ioukos

Moscou — Le scénario le plus noir semble se concrétiser pour Ioukos, puisque la justice russe a annoncé hier préparer la vente de la principale filiale de production du groupe, laissant prévoir un démantèlement du numéro un du pétrole russe acculé par le fisc.

Un groupe de travail a été créé pour désigner l'organisation qui sera «chargée d'évaluer les actions de la filiale Iouganskneftegaz», a annoncé le ministère de la Justice. Une fois leur valeur estimée, ces actions «seront transmises à un organisme spécialisé pour être vendues».

Iouganskneftegaz, dont le siège se trouve en Sibérie occidentale, est au coeur de la production de Ioukos, et extrait les deux tiers de son pétrole.

Elle a produit 363 millions de barils de brut en 2002, sur les 589 millions produits la même année par l'ensemble du groupe Ioukos, selon la société d'investissements UFG qui estime la valeur de la filiale à 15,6 milliards $US.

Il s'agit donc pour le groupe «du pire scénario» envisageable, et Ioukos va voir ses actifs vendus pour une fraction de leur valeur, a commenté Steven Dashevsky, analyste de la maison de courtage Aton.

À la Bourse de Moscou, l'annonce a entraîné un nouvel effondrement des actions de Ioukos, qui cédaient 13,38 % à la clôture, à 6,8 $US.

L'espoir s'éloigne

Les investisseurs ont perdu l'espoir que le numéro un du pétrole russe, condamné par la justice à régler 3,4 milliards d'arriérés fiscaux pour la seule année 2000 et auquel le fisc réclame une somme équivalente pour 2001, puisse trouver un accord pour régler sa dette sans céder d'actifs essentiels à ses activités.

Selon le quotidien Vedomosti, la direction de Ioukos venait pourtant de soumettre une nouvelle proposition au ministère des Finances pour sortir de l'impasse dans laquelle se trouve le groupe, incapable de payer sa dette car ses titres et ses actifs sont gelés par la justice.

Ioukos se proposait de rembourser rapidement 1,6 milliard $US et demandait le dégel de ses actifs et un délai de six mois pour rembourser les 1,8 milliard $US restants.

Mais aucune des offres de Ioukos n'a jusqu'à présent été entendue et plus rien ne semble pouvoir arrêter désormais la liquidation des plus beaux actifs du géant pétrolier.

«Selon les informations que nous avons, la vente — dont la préparation pourrait prendre toutefois plusieurs mois — ne sera pas effectuée via une mise aux enchères, mais par une transaction directe avec un acheteur», a indiqué une source de la direction de Ioukos, citée par l'agence Interfax.

Le scénario le plus probable est «la cession à des groupes pétroliers proches du pouvoir», estime Emmanuel Ferry, analyste de la banque Exane BNP Paribas dans une note de recherche.

Mais le suspense demeure sur les bénéficiaires potentiels d'une cession d'actifs juteux à bas prix. Le groupe pétrolier public Rosneft, comme le géant gazier Gazprom, sont souvent évoqués par les experts, ainsi que le pétrolier Sourgoutneftegaz dont le siège se trouve à quelques kilomètres des gisements de la filiale de Ioukos.

Iouganskneftegaz détient des réserves équivalentes à 10 milliards de barils de brut, sur les 17 milliards de barils de réserves du groupe Ioukos.

Les seules réserves de la filiale valent 30,4 milliards $US, sur 43 milliards $US de réserves pour Ioukos au total, selon une évaluation de la société DeGolyer and MacNaughton citée par le groupe.

Selon la plupart des observateurs en Russie, l'affaire Ioukos a été lancée à l'initiative du Kremlin pour mettre au pas Mikhaïl Khodorkovski, ex-patron et toujours principal actionnaire du géant pétrolier, jugé trop puissant et trop indépendant.