Musique - Le bal des fusions est ouvert

Un employé transporte des caisses de CD piratés saisis par le gouvernement chinois. Les ventes mondiales de l’industrie du disque ont baissé en 2003 pour la quatrième année consécutive, de 7,6 %. Dans le même temps, les ventes de CD piratés ont
Photo: Agence Reuters Un employé transporte des caisses de CD piratés saisis par le gouvernement chinois. Les ventes mondiales de l’industrie du disque ont baissé en 2003 pour la quatrième année consécutive, de 7,6 %. Dans le même temps, les ventes de CD piratés ont

Francfort — Le mariage en musique de Sony et BMG ne fait sans doute qu'ouvrir le bal des fusions dans un secteur du disque confronté à une chute des ventes, sur fond d'explosion du piratage ou des CD contrefaits, alors que la légalisation du téléchargement s'annonce lente.

La Commission européenne a donné officiellement hier son feu vert inconditionnel au rapprochement à parité des maisons Sony Music, filiale du géant japonais de l'électronique grand public, et de BMG, pôle musique de l'allemand Bertelsmann, pour donner naissance au numéro un mondial en parts de marché.

L'an dernier, BMG et Sony affichaient une part de marché commune (supports audio et vidéo) de 25,1 %, 11,9 % revenant au premier et 13,2 % au deuxième, devant Universal Music et ses 23,5 %, selon la fédération internationale de l'industrie du disque (IFPI).

La Commission a conclu «qu'elle n'avait pas d'éléments assez importants pour s'opposer à l'accord».

De fait, pour vaincre ses réticences, les deux groupes ont seulement décidé de faire catalogue commun, en réunissant des artistes comme Céline Dion, Beyonce et Pascal Obispo pour Sony, Britney Spears, Christina Aguilera, Michael Jackson ou Patrick Bruel pour BMG. Les activités de production, de distribution des disques compacts, ainsi que l'exploitation des droits ne sont pas dans la corbeille de mariage.

Une pression

Il n'empêche que ce rapprochement va accroître la pression sur le britannique EMI et l'américain Warner Music, les deux autres membres de ce qui constituait jusqu'ici le quintette des majors du disque, en vue de remettre sur le métier leur propre projet d'union.

«La voie est désormais ouverte à une fusion entre EMI et Warner» après les noces Sony-BMG, confiait le mois dernier une source proche de Warner Music au quotidien Times. Une première tentative avait échoué en 2000, bloquée par Bruxelles, avant qu'une deuxième ne soit abandonnée fin novembre 2003.

La Commission a prévenu hier qu'elle «continuera à surveiller étroitement le secteur musical qui devient de plus en plus concentré et regardera très attentivement toute nouvelle concentration».

Mais, comme l'a montré l'examen du dossier BMG-Sony, elle pourrait se montrer malgré tout plus souple que par le passé, compte tenu de la crise que traverse l'industrie du disque. Ses ventes mondiales ont baissé en 2003 pour la quatrième année consécutive, de 7,6 %. Dans le même temps, les ventes de CD piratés ont plus que doublé depuis 2000, jusqu'à représenter un commerce illégal annuel de 4,5 milliards $US, selon l'IFPI.

Le site Internet Napster, initialement gratuit, a aussi en parallèle popularisé le piratage en ligne de la musique, jugé responsable d'un tiers de la baisse globale des ventes. Si les services payants se multiplient à présent, dans le sillage du service de musique en ligne iTunes d'Apple et sous l'impulsion d'une industrie qui y voit une planche de salut, Napster a aussi fait des petits à succès comme Kazaa ou Morpheus.

Toutefois, la tendance à la concentration du secteur préoccupe les labels indépendants, inquiets à l'idée de voir le quintette de majors se transformer un jour en trio. Leur part de marché décline année après année: elle a encore baissé de 1,8 point en 2003, à 25,3 %.

En outre, certains estiment que le piratage est l'arbre qui cache la forêt. «Si la création musicale ne peut durablement survivre au pillage, elle est tout aussi menacée par le tarissement des talents», mettait récemment en garde le p.-d.g. de la FNAC, Denis Olivennes, dans un point de vue publié par le quotidien Le Monde. Et d'appeler les pouvoirs publics à créer un environnement réglementaire protecteur et à soutenir activement la création.