La Banque du Canada laisse son taux à 2 %

Il faudra attendre encore un peu avant que la Banque du Canada ne durcisse le ton au pays. Si la banque centrale a maintenu inchangé, hier, comme prévu, son taux directeur à 2 %, le coup de semonce annonçant le resserrement imminent de sa politique monétaire qui était attendu n'est jamais venu.

C'est parce que ses prévisions relatives à l'expansion économique et à l'inflation «ont peu changé» depuis avril, a-t-elle expliqué hier dans un communiqué encore plus laconique que d'habitude. «On estime que l'économie canadienne tourne légèrement plus près des limites de sa capacité de production qu'on ne le pensait en avril, a-t-elle poursuivi, et on s'attend maintenant à ce qu'elle atteigne son plein potentiel d'ici le milieu de 2005.»

L'institution dirigée par le gouverneur David Dodge ne s'inquiète pas trop non plus de l'inflation, dont on ne s'attend toujours pas à ce que l'indice de référence, aujourd'hui à 1,7 %, atteigne la cible de 2 % «avant la fin de l'an prochain».

Tenu jusque-là presque pour une certitude par les analystes, le relèvement du loyer de l'argent à partir de la prochaine réunion de la Banque du Canada, le 8 septembre, apparaît soudainement beaucoup moins probable. Ce ne sera toutefois que partie remise, croient les experts, le taux directeur étant selon eux destiné à doubler d'ici 12 à 18 mois.

«On continue de croire que la Banque centrale aura augmenté son taux directeur d'environ 200 points de base d'ici un an, de façon à lui donner un effet neutre sur l'économie», a expliqué hier au Devoir Stéfane Marion, économiste principal adjoint à la Financière Banque Nationale. «Elle dispose toutefois d'une petite marge de manoeuvre quant au moment et au rythme que prendra cette hausse.»

«La Banque du Canada nous laisse sur notre faim, a commenté hier François Dupuis, chef économiste adjoint au Mouvement Desjardins. Le moment semblait pourtant bien choisi pour indiquer la voie vers laquelle on s'engagera dans les prochains mois. Elle profitera peut-être, jeudi [demain], de la mise à jour de son Rapport sur la politique monétaire pour en dire plus, mais j'en doute. Il faudra probablement attendre cet automne.»

Cette hésitation de la banque centrale canadienne à trop s'engager s'explique, note Stéfane Marion. Les nouvelles données économiques n'ont pas été tellement nombreuses ces derniers mois. On attend toujours la confirmation d'un retour de l'économie à son potentiel de croissance de 3 % par an. La flambée des prix du pétrole a poussé l'inflation à 2,5 % en mai dernier, mais l'indice de référence de la Banque du Canada, qui fait abstraction des biens les plus volatils, n'est passé que de 1,5 % à 1,7 %. Le taux de chômage a grimpé pour sa part en juin d'un petit dixième de point, à 7,3 %.

La Banque du Canada devrait en savoir beaucoup plus sur l'état de l'économie canadienne en septembre, dit Stéfane Marion. Le fait d'attendre lui permettra en plus de connaître la décision prise par sa vis-à-vis américaine à sa prochaine réunion, le 10 août. Rappelons que la Réserve fédérale américaine (Fed) s'est elle-même déjà engagée, au début du mois, dans une relèvement de son taux directeur de 1 % à 1,25 %.

Chat échaudé...

La prudence extrême dont fait preuve ces temps-ci la Banque du Canada s'explique sans doute en partie par sa mésaventure de l'année dernière, lorsqu'elle a appliqué deux hausses successives de son taux directeur qu'elle a immédiatement été obligée de défaire par une série de baisses, à cause notamment de l'appréciation brutale du dollar canadien, de l'épidémie de SRAS et de la crise de la vache folle.

«Il est sans doute normal que la Banque du Canada se garde aujourd'hui d'afficher la même certitude qu'à l'époque, dit Stéfane Marion. Elle ne veut surtout pas être obligée de faire une autre volte-face.» Il est vrai que la force du dollar canadien, alliée à la faiblesse de la reprise économique et de l'inflation, amenait, encore en avril, la banque centrale canadienne à réduire son taux directeur de 2,25 % à 2 %.

Ce mode d'approche prudent et modéré est également dans l'air du temps, observe François Dupuis. «La Fed ne procède pas autrement. On est loin des hausses de taux précédentes, qui étaient fermes et prononcées. On y va plutôt par petites touches, quitte à marquer des pauses.» Cela s'explique, selon lui, par le fait que bien des facteurs peuvent aujourd'hui freiner la croissance et que l'inflation se révèle tout de même moins menaçante que par le passé. Cela tient également, au Canada, à la nouvelle vigueur du huard, dont les hausses peuvent avoir le même effet de refroidissement sur l'économie que les hausses du taux directeur de la Banque du Canada.

Le contraire s'est toutefois produit hier, le dollar canadien ayant perdu 0, 35 ¢US pour clôturer à 76,16 ¢US.