Un cabinet fédéral «rassurant» pour le milieu des affaires

Le milieu québécois des affaires trouve «rassurante» la stratégie de Paul Martin qui a décidé de confier les portefeuilles économiques à des gens dont l'expérience politique ou économique n'est plus à démontrer.

«Ce nouveau cabinet constitue un atout supplémentaire pour mieux positionner l'économie canadienne sur l'échiquier international», a estimé le président du Conseil du patronat du Québec (CPQ), Gilles Taillon, qui espère voir la «collaboration» entre les gouvernements plutôt que la confrontation triompher à Ottawa.

Le CPQ a néanmoins mis les libéraux en garde contre la tentation de dépenser plus pour assurer la stabilité de leur gouvernement minoritaire.

«Bien que le choix des portefeuilles soient positif à la prospérité du Canada, des dépenses excessives et des déficits budgétaires doivent êtres évités», a-t-il martelé.

Pour sa part, le Conseil canadien des chefs d'entreprise, qui regroupe les dirigeants de quelque 150 des plus grandes compagnies actives au pays s'est réjoui de voir «certains nouveaux talents d'exceptions» côtoyer au cabinet les «solides ministres d'expérience».

D'après le président Thomas d'Aquino, la sélection de Paul Martin «laisse entrevoir un gouvernement qui devrait être en mesure de s'appuyer de manière constructive sur les atouts économiques du Canada tout en assurant la stabilité et en exerçant une gestion solide des finances».

Le CCCE s'intéresse depuis près de 30 ans aux politiques publiques du Canada. Les dépenses, la fiscalité, la santé le commerce international et la compétitivité du pays à l'échelle mondiale figurent parmi ses priorités de l'heure.

Stabilité et sérieux

Ces enjeux préoccupent aussi les Manufacturiers exportateurs du Québec (MEQ) et le Conseil du patronat du Québec qui saluent tous deux les choix du premier ministre.

Selon Paul-Arthur Huot, des MEQ, le maintien de Ralph Goodale aux Finances constitue un gage de stabilité et de sérieux. «C'est un type solide et efficace», a-t-il souligné.

Le représentant patronal salue aussi la prolongation du mandat de Jim Peterson (Commerce international) ainsi que celle de Reg Alcock, qui a laissé entendre à plusieurs reprises qu'il entendait profiter de son passage au Conseil du Trésor pour réformer la fonction publique fédérale.

La nomination de Stéphane Dion au ministère de l'Environnement a provoqué la surprise. Mais selon M. Huot, «il a probablement la personnalité qu'il faut pour s'attaquer à ces dossiers pas faciles qui touchent de près les entreprises».

L'arrivée en poste de David Emerson au ministère de l'Industrie constitue une autre inconnue de taille pour les manufacturiers. «Mais venant d'une entreprise forestière, je pense qu'il connaît très bien les problèmes d'accès au marché et la recrudescence du protectionnisme américain.»

La Fédération canadienne de l'entreprise indépendante (FCEI) est elle aussi optimiste. Elle promet cependant de «sensibiliser» le ministre de la Colombie-Britannique ainsi que ses collègues aux problèmes spécifiques aux PME. «On a hâte de voir où le gouvernement va se positionner sur certains enjeux comme l'assurance-emploi, la santé, les municipalités, le fardeau fiscal», a confié le vice-président Québec de l'organisation, Richard Fahey.

La Chambre de commerce de Québec a confiance dans l'expertise du gouvernement en matière d'économie. «C'est plutôt positif [...]. C'est un signe de stabilité. Il n'y a pas trop d'inquiétudes», a reconnu le porte-parole Paul-Christian Nolin.

L'association s'est cependant dite «amèrement déçue» de ne trouver aucun ministre de l'est du Québec au sein du nouveau gouvernement. La plus grosse chambre de commerce à l'est de Montréal souhaitait le retour au cabinet de Claude Drouin, qui a déjà occupé les fonctions de secrétaire d'État à l'Agence de développement économique du Canada pour les régions du Québec.

Dans les circonstances, la présidente Francine Lortie s'est dite heureuse que Pierre Pettigrew et Stéphane Dion — tous deux originaires de Québec — aient obtenu un portefeuille.

Quant à l'Union des producteurs agricoles, elle souhaite que le nouveau ministre de l'Agriculture, Andrew Mitchell, poursuive le travail commencé par son prédécesseur Bob Speller. Elle voit d'un bon oeil l'expérience du nouveau ministre à titre de secrétaire d'État au développement rural.

«Le nouveau ministre d'Agriculture et Agroalimentaire Canada devra emboîter le pas à son prédécesseur et agir rapidement pour régler les dossiers clés. La situation dans laquelle se trouve l'agriculture canadienne exige une vision claire des enjeux et une action à la fois énergique et rapide», a déclaré le président de l'UPA, Laurent Pellerin.

Quant au commerce international, les agriculteurs attendent du gouvernement qu'il affiche du «muscle» dans la défense des systèmes de gestion de l'offre, toujours menacés par les négociations de l'OMC. On veut également d'un Canada qui relève l'échine devant son voisin américain. Actuellement, les sous-produits dérivés du lait passent la frontière librement, avec des impacts considérables sur les parts de marché et le revenu des producteurs laitiers.

Avec Le Devoir