Bois d'oeuvre: arrêt des négociations

Le Québec ne se rendra pas comme prévu à Washington pour discuter de bois d'oeuvre la semaine prochaine. En fait, les négociations en vue d'un règlement du conflit qui oppose dans ce domaine le Canada et les États-Unis depuis trois ans devront vraisemblablement attendre la tenue des élections présidentielles américaines, en novembre, avant de pouvoir reprendre.

Le ministre canadien du Commerce international, Jim Peterson, assurait pourtant, encore la semaine dernière, que les discussions se poursuivaient entre les provinces et les autorités commerciales américaines afin de convenir des changements à apporter aux politiques forestières canadiennes qui garantiraient enfin aux produits canadiens le libre accès au marché américain.

Déjà remise deux fois au mois de juin — la première fois pour des raisons techniques et la seconde à cause des funérailles de l'ancien président Ronald Reagan — la rencontre prévue le 27 juillet dans la capitale américaine entre les fonctionnaires québécois et leurs homologues américains a finalement été annulée par Washington. «On ne nous a pas donné de nouvelle date, a indiqué hier au Devoir Marc Ledoux, sous-ministre associé aux Forêts au ministère québécois des Ressources naturelles, de la Faune et des Parcs. Notre compréhension de la situation est que la rencontre n'aura pas lieu avant les élections présidentielles, plusieurs hauts responsables américains ayant d'autres préoccupations que le dossier du bois d'oeuvre.»

Il en est de même, dit-il, pour toutes les autres provinces, notamment l'Alberta, la Saskatchewan et le Manitoba, qui avaient aussi rendez-vous la semaine prochaine.

La nouvelle met fin aux minces espoirs qu'a longtemps nourris le Canada d'en arriver, à force d'explications et de victoires devant les tribunaux internationaux, à une entente de dernière minute avec le présent gouvernement Bush.

Une entente est pourtant à portée de main depuis plusieurs mois en ce qui a trait à la façon dont le Québec pourrait satisfaire aux attentes américaines, dit Marc Ledoux.

Les gouvernements et les industries de part et d'autre semblent en effet convenir que l'ajout d'un simple mécanisme de comparaison du prix des droits de coupe au Québec avec celui exigé dans les provinces et les États avoisinants serait suffisant pour faire la preuve du respect, par les Québécois, des sacro-saints principes du marché. Resterait alors la délicate question des mesures transitoires et du moment où de pareils correctifs se traduiraient enfin en un libre accès au marché américain.

Nouveaux délais

Ces questions devront désormais attendre que les élections américaines soient passées et devront peut-être être expliquées et débattues de nouveau avec un nouveau gouvernement démocrate. Marc Ledoux reste toutefois optimiste. «Ce ne serait pas la première fois que des négociations que l'on croyait arrivées à un point mort s'accélèrent subitement après des pressions du premier ministre ou tout autre développement.»

Les victoires canadiennes devant les tribunaux de l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) et de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) devraient, pendant ce temps, continuer de s'accumuler, pense le directeur des études commerciales et économiques du ministère des Ressources naturelles, de la Faune et des Parcs, André Darcy. On peut ainsi s'attendre à ce que le groupe d'experts de l'ALENA confirme pour une troisième fois que les États-Unis n'ont pas fait la preuve des prétendus dommages causés par les exportations canadiennes de bois. Il rappelle que ces victoires ont déjà forcé le ministère du Commerce américain à annoncer une réduction de moitié des sanctions commerciales de 27 % imposées aux importations canadiennes. Il ajoute cependant que les manoeuvres dilatoires américaines feront encore vraisemblablement traîner les choses à ce chapitre jusqu'en décembre ou en janvier.