Une saison d'impôts atypique

En raison de la pandémie, beaucoup de gens se sont mis au télétravail, avec les dépenses inhérentes.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir En raison de la pandémie, beaucoup de gens se sont mis au télétravail, avec les dépenses inhérentes.

La saison des impôts s’annonce atypique, comme l’a été l’année 2020. Voici quelques éléments à surveiller si vous vous apprêtez à remplir vos déclarations de revenus.

Prestation canadienne d’urgence

Le gouvernement canadien n’a pas prélevé d’impôt à la source sur la Prestation canadienne d’urgence (PCU) et la Prestation canadienne d’urgence pour les étudiants (PCUE). Pourtant, ces allocations d’urgence sont imposables, rappelle Sylvain Gilbert, associé en fiscalité chez Raymond Chabot Grant Thornton. « Plusieurs vont avoir une mauvaise surprise quand ils vont produire leurs déclarations de revenus pour l’année 2020 », souligne l’expert.

Mais l’ampleur de la surprise devrait varier selon les revenus additionnels perçus durant l’année, selon qu’une personne a été en mesure de retrouver du travail ou non, explique-t-il. « Si vous n’avez pas travaillé durant toute l’année, en définitive, vous aurez peu d’impôt à payer. Mais quelqu’un qui aurait perçu l’aide d’urgence puis retrouvé son emploi pourrait avoir à payer plus d’impôt, étant donné que le taux d’imposition augmente en fonction de la croissance des revenus imposables », ajoute M. Gilbert.

Télétravail

En raison de la pandémie, un grand nombre de travailleurs ont dû basculer en télétravail et plusieurs dépenses reliées à cette réalité peuvent être déduites de l’impôt, dans la mesure où il n’y a pas de remboursement de la part de l’employeur.

Plusieurs vont avoir une mauvaise surprise quand ils vont produire leurs déclarations de revenus pour l’année 2020

 

Revenu Québec propose deux méthodes pour demander une déduction pour les dépenses relatives à votre emploi en télétravail : l’une à taux fixe temporaire (une déduction de 2 $ par jour pour un maximum de 200 jours), l’autre détaillée (qui prend en compte plusieurs facteurs, comme votre statut de travailleur, la superficie de votre espace de bureau ou encore les dépenses en fournitures).

Pour évaluer la méthode qui est la plus avantageuse en fonction de la situation de chacun, l’Agence a mis à la disposition des Canadiens un outil de calcul sur son site Internet.

Gains à la Bourse

Bon nombre de nouveaux investisseurs se sont tournés vers la Bourse pour profiter de l’embellie des derniers mois. Toutefois, il est important de noter que la moitié du gain en capital est imposable lorsque celui-ci est réalisé à l’extérieur d’un régime enregistré d’épargne-retraite (REER) ou d’un compte d’épargne libre d’impôt (CELI).

Sylvain Gilbert souligne également qu’il « faut distinguer ceux dont c’est l’activité principale d’investir à la Bourse, un peu comme un courtier le ferait — à ce moment-là, les gains réalisés sur les actions, moins les pertes, peuvent être qualifiés de revenu d’entreprise ». « Mais quand on parle d’investisseurs occasionnels, il s’agit de gain en capital, qui est imposable uniquement lorsqu’on a vendu les actions. Par exemple, si on achète une action au début de l’année qui vaut 100 $ et qu’elle est désormais à 120 $, tant et aussi longtemps qu’on ne l’a pas vendue, ces 20 $ de profits ne sont pas imposables. Ça l’est quand il y a eu une transaction de vente », ajoute M. Gilbert.

Cryptomonnaies

De plus en plus d’investisseurs se sont laissé tenter par les cryptomonnaies, dont la valeur de certaines s’est envolée dans les derniers mois.

Or, « elles ne sont pas vraiment considérées comme de la monnaie, mais plutôt comme un bien. Alors, chaque fois que l’on fait un échange ou une disposition, les gains sont imposables », rappelle le comptable Louis Roy, président de Catallaxy, une filiale de Raymond Chabot Grant Thornton spécialisée dans les actifs numériques.

Sur son site, Revenu Québec rappelle que « l’utilisation de la monnaie virtuelle aura une incidence fiscale pour vous si vous l’utilisez pour acquérir des biens ou des services ; vous la convertissez en devise monétaire ; vous l’échangez contre une autre monnaie virtuelle ; vous la vendez ou en faites don ».

À cet égard, Louis Roy rappelle que beaucoup de gens qui possèdent des cryptoactifs croient, à tort, qu’ils doivent se soumettre au fisc uniquement le jour où ils les convertissent en devise canadienne. « Or, pour chaque mouvement que l’on fait de crypto à crypto, par exemple lorsqu’on achète de l’ethereum avec du bitcoin, il faut calculer la perte ou le gain », souligne M. Roy.

De plus, comme à la Bourse, il est également important de déterminer si les revenus issus de transactions de cryptomonnaies relèvent des revenus d’entreprise ou d’un gain en capital, rappelle Revenu Québec sur son site.

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