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Tesla donne de la crédibilité au bitcoin

Photo: Zheng Huansong / Xinhua via ZUMA Press Tesla prévoit aussi de «commencer à accepter le bitcoin comme moyen de paiement lors d’achat de ses produits dans un avenir proche». 

Tesla a investi 1,5 milliard de dollars américains dans le bitcoin et acceptera bientôt la plus célèbre des cryptomonnaies comme mode de paiement pour ses véhicules électriques.

L’annonce, qui a tiré vers le haut la valeur du bitcoin lundi, a renforcé sa crédibilité aux yeux des investisseurs.

« C’est majeur comme annonce parce qu’elle vient d’une entreprise établie et reconnue, dont le dirigeant [Elon Musk] a su voir les grandes tendances des dernières années. Ça ne vient pas d’un libertarien dans son sous-sol », indique Martin Lalonde, président de Rivemont, un des rares gestionnaires canadiens à proposer un fonds d’investissement composé de bitcoins.

Dans un document adressé au régulateur de la Bourse américaine (la Securities and Exchange Commission), le constructeur de véhicules électriques explique avoir changé sa politique d’investissement pour diversifier ses sources de liquidités. Le conseil d’administration a autorisé l’entreprise à investir dans différents actifs financiers, dont le bitcoin.

Tesla prévoit aussi de « commencer à accepter le bitcoin comme moyen de paiement lors d’achat de ses produits dans un avenir proche ».

Dans la foulée de l’annonce, le cours de la cryptomonnaie a atteint des sommets, dépassant 43 000 $US lundi. En principe, un seul bitcoin permettrait ainsi d’acheter le Model Y de Tesla, un véhicule utilitaire sport dont le prix de base est de 41 990 $.

De plus en plus de crédibilité ?

Nombre d’entreprises ont intensifié leur présence dans le bitcoin durant les derniers mois. La californienne spécialisée dans le paiement électronique Square a déboursé en octobre 50 millions de dollars américains pour acquérir plus de 4700 unités.

Quelques jours plus tard, le service de paiement en ligne PayPal annonçait la prise en charge de quatre cryptomonnaies, dont bitcoin. Les titres de ces entreprises ont depuis respectivement augmenté de 32 % et de 40 %.

L’intérêt des entreprises est tout d’abord passé par l’intégration du bitcoin à leurs applications et à leurs plateformes, explique Martin Lalonde, de Rivemont.

« C’est surtout l’aspect transactionnel qui avait été mis en avant. Les entreprises ont suivi la demande de leurs usagers. »

Or, dans le cas de Tesla, non seulement l’entreprise veut offrir la possibilité d’acheter ses véhicules électriques avec la plus célèbre des cryptomonnaies, mais, comme l’a récemment fait l’éditeur américain de logiciels MicroStrategy, « elle achète des bitcoins et les intègre à son propre bilan », note le gestionnaire de portefeuilles.

En d’autres termes, une partie de ses actifs sera constituée de bitcoins. Cette stratégie renforce la crédibilité de la cryptomonnaie aux yeux des investisseurs, selon M. Lalonde.

D’autant plus que Tesla ne serait pas la seule à s’intéresser à l’actif. Dans un rapport publié lundi, RBC Marchés des capitaux avançait qu’Apple pourrait aussi s’intéresser au lucratif marché des cryptomonnaies par l’entremise de son application Apple Wallet. Avec près de 200 millions d’utilisateurs de cette application, Apple se positionnerait comme leader dans l’industrie.

Jonathan Hamel, fondateur de la firme de consultants Académie Bitcoin et chercheur associé à l’Institut économique de Montréal, croit aussi que l’annonce de Tesla, combinée à celles d’autres grosses pointures institutionnelles, contribue à rendre le bitcoin « de plus en plus crédible ».

« On voit que les compagnies plus innovatrices ont tendance à bouger plus rapidement, mais je ne serais pas étonné de voir des entreprises plus conservatrices bouger dans la même direction, peut-être avec des allocations plus petites » souligne-t-il.

De l’avis de M. Hamel, « à ce point-ci, il serait même imprudent de ne pas avoir au moins de petits investissements dans le bitcoin. Même pour les petits investisseurs — quelque part entre 1 % et 5 % de son portfolio, c’est quelque chose qui a du sens », ajoute-t-il.

Valeur refuge?

Le bitcoin « est en train de prendre de la maturité comme une classe d’actifs à part entière, c’est un compétiteur potentiel de l’or. Ça commence à être compris par l’industrie financière », croit Jonathan Hamel.

Un avis que partage Louis Roy, président de Catallaxy, filiale spécialisée dans les actifs numériques de Raymond Chabot Grant Thornton. « Le bitcoin est, en quelque sorte, l’or de l’époque numérique », croit-il.

Cette cryptomonnaie s’apparente davantage à « une valeur refuge » qu’à un « moyen de paiement », selon M. Roy.

« Il y a de plus en plus d’acteurs institutionnels qui commencent à voir le bitcoin ou certains actifs numériques d’un point de vue de la diversification de leurs placements, souligne-t-il. Mais, évidemment, c’est une catégorie d’actifs risquée, parce qu’on connaît la volatilité du placement », souligne l’expert.

À l’extérieur du numérique

L’intérêt de Tesla, de MicroStrategy et d’autres grands fonds d’investissement confirmerait le passage du bitcoin vers un « univers à l’extérieur du numérique », estime pour sa part Thibaud Maréchal, vice-président de Kn0x, jeune pousse montréalaise spécialisée dans la protection de bitcoins.

« Bitcoin entre dans une nouvelle sphère de participants qui sont plus rigoureux dans leurs analyses quand ils allouent du capital », précise M. Maréchal.

Ces entreprises veulent ajouter d’autres actifs à leur bilan pour réduire leur dépendance aux monnaies fiduciaires, celles qu’émettent les banques centrales.

« Tout est une question de perspectives, selon M. Maréchal. Le bitcoin est plus volatil, mais sa politique monétaire est dans les faits plus prévisible que celles des banques centrales. »

« Depuis la création [de la cryptomonnaie] en 2009, le calendrier des émissions de bitcoin est connu et prévu. Nous savons le nombre d’unités qu’il y aura. En ce sens, elle offre une meilleure prévisibilité », ajoute M. Maréchal

Avec l’Agence France-Presse

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