Robinhood restreint l'échange d’actions visées par une spéculation massive

Le titre de la chaîne de salles de cinéma AMC Entertainment fait partie de ceux ciblés dans les restrictions imposées par la plateforme Robinhood, en raison de leur «volatilité récente».
Photo: Scott Olson Getty Images via Agence France-Presse Le titre de la chaîne de salles de cinéma AMC Entertainment fait partie de ceux ciblés dans les restrictions imposées par la plateforme Robinhood, en raison de leur «volatilité récente».

Alors que Wall Street est en proie à une spéculation incroyable depuis plusieurs jours, Robinhood et d’autres plateformes de courtage en ligne ont annoncé jeudi qu’elles restreignaient l’échange de certaines actions, comme celle de Gamestop, dont le prix s’est envolé à des sommets. Vendredi matin, Robinhood a finalement allégé les restrictions qui avaient suscité un fort mécontentement parmi ses utilisateurs.

La veille, par voie de communiqué, Robinhood annonçait qu’en raison de « la volatilité récente » de plusieurs actions, elle limitait « les transactions pour certains titres à la clôture des positions uniquement », dont celles d’AMC Entertainment (AMC), de BlackBerry (BB), de Bed Bath & Beyond (BBBY), d’Express Inc. (EXPR), de GameStop (GME), de Koss Corporation (KOSS), de Naked Brand Group (NAKD) et de Nokia (NOK).

Jeudi, l’entreprise a également « augmenté les exigences de marge pour certains titres ». Robinhood a par ailleurs réitéré « l’importance d’aider les clients à rester informés », surtout « dans un contexte de forte volatilité du marché », et s’engage « à fournir aux gens des ressources pédagogiques », comme Robinhood Learn.

Poursuites judiciaires

La décision de l’entreprise a suscité un fort mécontentement parmi ses utilisateurs, qui s’estiment lésés. Robinhood Markets a été visée par au moins deux poursuites judiciaires — l’une à New York, l’autre à Chicago — après avoir restreint sur sa plateforme les transactions de plusieurs actions.

Dans la poursuite à New York, Brendon Nelson, du Massachusetts, utilisateur de la plateforme Robinhood, reproche à la compagnie d’avoir « volontairement et sciemment retiré l’action “GME” de sa plateforme de courtage en plein milieu d’une hausse de prix sans précédent », privant ainsi les investisseurs de « leur capacité d’investir librement sur le marché » et « manipulant le libre-marché ».

Dans la poursuite à Chicago, Richard Joseph Gatz, de l’Illinois, un autre utilisateur, soutient que la restriction relative aux transactions de BlackBerry, de Nokia et d’AMC Theatres « visait à protéger les investisseurs institutionnels au détriment des clients de détail ». Selon lui, la décision de l’entreprise « a causé des dommages irréparables, et cela va continuer ».

Entrave au libre marché ?

La décision de Robinhood suscite le mécontentement, non seulement du côté des investisseurs, mais aussi du côté de plusieurs politiciens.

« C’est au-delà de l’absurde. [Il] doit [y] avoir une audience sur la manipulation du marché par Robinhood. Ils bloquent la possibilité de négocier pour protéger les fonds spéculatifs de Wall [Street], volant des millions de dollars à leurs utilisateurs pour protéger les personnes qui utilisent le marché boursier comme un casino depuis des décennies », a écrit sur Twitter Rashida Tlaib, représentante au Congrès des États-Unis.

 

 

La représentante démocrate Alexandria Ocasio-Cortez s’est également portée à la défense des utilisateurs de la plateforme Robinhood.

« C’est inacceptable. Nous devons en savoir plus sur la décision de l’application @RobinhoodApp d’empêcher les investisseurs d’acheter des actions tandis que les fonds spéculatifs peuvent librement négocier les actions comme ils l’entendent. En tant que membre du Comité sur les services financiers, je soutiendrai la tenue d’une audience si nécessaire. »

 

 

Lors d’une conférence de presse virtuelle jeudi matin, le chef du Nouveau Parti démocrate, Jagmeet Singh, a quant à lui soutenu que les investisseurs « ne sont pas le problème » et que ce sont les fonds spéculatifs qui devraient faire face à plus de régulation.

 
 

Cet article a été mis à jour après sa publication initiale.

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3 commentaires
  • Julien Bilodeau J.b Musique - Abonné 29 janvier 2021 01 h 26

    Robinhood plaide qu'il est contraint par les exigences de capital que lui impose la chambre de compensation.

  • Serge Lamarche - Inscrit 29 janvier 2021 04 h 01

    La bourse ou la vie

    Les spéculateurs empoisonnent le marché soi-disant libre. C'est dur à digérer que les riches soient capable de gager en utilisant la bourse. Et certains super-riches prennent le contrôle de compagnies pour les vider de leur valeur et augmenter leurs profits. Compagnies médicales comprises.

  • Dominique Boucher - Abonné 29 janvier 2021 08 h 50

    Goûter à sa propre médecine et se plaindre

    Quand des petits investisseurs plutôt de droite et mal embouchés (blagues et quolibets assez limites, dit-on) du sous-groupe reddit wallstreetbets (via Robinhood) ont lʼappuis de Rashida Tlaib, dʼAlexandria Ocasio-Cortez et de Jagmeet Singh... Mais les grands médias états-uniens ont déjà commencé leur campagne de dénigrement (et de propagande pro-Wall Street) en les qualifiant de «fraudeurs» (et de propagandistes «haineux», bien sûr, ça ne peut pas nuire), alors quʼil nʼy a pour lʼinstant aucun indice quʼil y a eu délit dʼinitiés (ce serait plutôt le contraire — cʼest Robinhood qui semble subir des pressions indues, et peut-être illégales, pour stopper les transactions). Il semble que lʼexplication soit plus simple et beaucoup plus effrayante pour les requins spécialistes du «short selling» et de tout Wall Street: la force de lʼinternet, où plusieurs millions de personnes peuvent sʼunir et frapper en même temps, et ce, de manière tout à fait légale (pour lʼinstant).

    Une histoire fascinante à suivre, peut-être le debut dʼun mouvement important.

    Je serais curieux de savoir ce que notre «Robinhood» national, le Robin des banques Yves Michaud, pense de cette histoire.

    Jean-Marc Gélineau, Montréal