Le Canada se fait remarquer pour ses déficits

Les déficits budgétaires de l’ensemble des gouvernements du Canada sont désormais estimés à l’équivalent de 20 % du produit intérieur brut pour la seule année dernière.
Photo: Sean Kilpatrick Archives La Presse canadienne Les déficits budgétaires de l’ensemble des gouvernements du Canada sont désormais estimés à l’équivalent de 20 % du produit intérieur brut pour la seule année dernière.

Le Canada s’est nettement démarqué par l’ampleur de l’effort déployé par ses gouvernements pour amortir le choc de la pandémie de COVID-19. Le coût de cet effort extraordinaire ne devrait pas trop lui nuire dans les prochaines années, s’il sait retrouver le chemin de la discipline fiscale.

Le Canada est encore une fois sorti du lot dans la nouvelle mise à jour par le Fonds monétaire international (FMI) de son Moniteur des finances publiques dévoilé ce jeudi. Les déficits budgétaires de l’ensemble des gouvernements y sont désormais estimés à l’équivalent de 20 % du produit intérieur brut pour la seule année dernière, en hausse de 20,5 points de pourcentage par rapport à 2019. En comparaison, le déficit des gouvernements s’élève à 13,3 % (+ 10 points de pourcentage) pour la moyenne des pays développés, à 17,5 % aux États-Unis (+ 11,1 pp), à 13,8 % au Japon (+ 10,4 pp), à 14,5 % au Royaume-Uni (+ 12,2 pp) et à une moyenne de 8,4 % dans la zone euro (+ 9 pp).

Ces déficits des gouvernements au Canada devraient être moindres cette année, mais s’élever encore à 7,8 % du PIB, prédit le FMI. Cela gonflerait, en l’espace de seulement deux ans, le total de leur dette brute de l’équivalent de 87 % du PIB, en 2019, à 116 %, en 2021. Cela resterait mieux que la moyenne des pays avancés (125 %), que les États-Unis (132 %) ou l’Italie (160 %), mais apparaîtrait soudainement moins bien par rapport à la France (118 %), au Royaume-Uni (111 %) ou à l’Allemagne (70 %).

Confrontés à la pire crise sanitaire en 100 ans, les gouvernements du monde ont déployé l’équivalent de 14 000 milliards de dollars américains pour lutter contre la pandémie et aider leurs économies sous forme de dépenses supplémentaires, de revenus perdus et d’injection de liquidités de toutes sortes. Disposant de plus de capacité financière, les gouvernements des pays riches ont généralement pu en faire plus que les autres, avec un effort de presque 12 000 milliards.

Ces moyens extraordinaires étaient nécessaires et devraient être maintenus pour poursuivre la lutte contre la COVID-19 et maintenir l’aide aux travailleurs et aux entreprises les plus vulnérables tant qu’un retour à la normale ne sera pas « fermement amorcé », estime le FMI. Pouvant compter sur des taux d’intérêt extraordinairement bas, les gouvernements ne devraient pas seulement viser la relance économique, mais poursuivre aussi la transition verte, l’adoption des technologies numériques et la réduction des inégalités et de la pauvreté que se sont aggravées durant la crise. L’adoption d’un plan « crédible » de retour à l’équilibre budgétaire à moyen terme est également « cruciale ».

Le cas du Canada

Ces chiffres sur le Canada doivent être nuancés et mis en contexte, a expliqué en entretien téléphonique au Devoir le chef économiste adjoint de la Banque Nationale, Matthieu Arseneau. S’il est vrai que l’effort déployé par ses gouvernements durant la crise a été « exceptionnel », il faut rappeler qu’ils partaient d’un niveau d’endettement généralement beaucoup plus faible que les autres pays développés et que leurs dettes nettes resteront plus basses, même après la crise, en raison notamment de leurs régimes publics de retraite complètement capitalisés. Aussi, dit-il, contrairement aux apparences, le Canada ne devrait-il pas avoir trop à craindre des agences de notation.

Quant aux appels pressants du FMI de ne pas réduire les efforts trop vite, ils ne visent probablement pas le Canada, croit Matthieu Arseneau. « Le FMI s’adresse à la moyenne des pays. Le Canada a largement dépassé ses attentes durant la crise. Il pourrait réduire son stimulus plus qu’ailleurs. »

Bien que l’économiste souhaite que les pouvoirs publics investissent plus dans la formation de la main-d’œuvre et qu’il voie d’un bon œil la mise sur pied d’un programme canadien de services de garde inspiré par celui du Québec, il invite toutefois à la prudence. « C’est la belle discipline fiscale que le Canada a affichée les 25 dernières années qui nous a permis de déployer toutes ces ressources pour combattre la pandémie et en amortir le choc économique. Il sera important qu’on s’en souvienne et qu’on la retrouve à mesure qu’on sortira de la crise. »

Semaine de mises à jour

C’était la semaine de la mise à jour trimestrielle des différentes prévisions économiques et financières au FMI. Faisant état non seulement d’un niveau « d’incertitude extraordinaire », mais aussi de grands écarts entre les pays et les secteurs économiques, il a d’abord espéré, lundi, que le déploiement plus rapide que prévu de vaccins contre la COVID-19 favorise un rebond plus important qu’attendu de l’économie mondiale. Il est néanmoins resté plus pessimiste que la Banque du Canada quant aux perspectives de rebond de l’économie canadienne après un recul de 5,5 % en 2020, avec une croissance projetée de 3,6 % cette année (contre 4 % pour la Banque) et de 4,1 % l’an prochain (contre 4,8 %).

Mardi, il a fait le point sur l’état du secteur financier mondial. Il a notamment dit craindre que les mesures de stimulation des pouvoirs publics n’aient rendu les investisseurs complaisants et qu’un retour à la réalité ne provoque une brutale correction du prix des actifs particulièrement au détriment des pays en développement.

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