Québec tarde à faire avancer 700 millions d’aide d’Ottawa

Québec tarde également à annoncer ce qu’il compte faire des sommes qu’il a lui-même promises.
Photo: Adrien Le Toux Getty Images Québec tarde également à annoncer ce qu’il compte faire des sommes qu’il a lui-même promises.

Québec n’a toujours pas dit ce qu’il entendait faire de plus de 700 millions liés à l’aide financière que lui a offerte Ottawa l’an dernier en réponse à la pandémie de COVID-19, estime une étude.

De l’ensemble des transferts fédéraux reçus l’an dernier par le gouvernement du Québec pour répondre à la crise sanitaire et économique, environ 315 millions n’ont toujours pas été dépensés ni même alloués à un poste budgétaire spécifique, rapporte une étude du Centre canadien de politiques alternatives (CCPA), qui doit être dévoilée ce mardi. Québec aurait aussi dû annoncer 300 millions de dépenses supplémentaires pour respecter les conditions de financement conjoint des programmes fédéraux, destinés notamment aux villes.

Enfin, il aurait pu recevoir au moins 100 millions de plus d’Ottawa s’il avait obtenu sa part d’un programme fédéral de création rapide de logements abordables en y présentant simplement des projets.

Québec tarde également à annoncer ce qu’il compte faire des sommes qu’il a lui-même promises. Si l’on tenait compte de ces sommes (300 millions), on porterait le total du manque à gagner à plus d’un milliard.

Il faut dire que le Québec n’est pas la seule province, ni la pire, dans cette situation, observe le CCPA, qui estime l’écart total entre l’aide offerte par Ottawa aux provinces et les sommes qu’elles ont réellement engagées à 3 milliards, et le total de leurs promesses qui ne se sont toujours pas traduites en projets concrets à 9 milliards. « Il est clair que plusieurs provinces laissent de l’argent sur la table pendant cette période de crise sans précédent », a déclaré l’auteur de l’étude, David Macdonald.

9400 $ par Québécois

Il faut dire aussi que les moyens financiers déployés par les pouvoirs publics depuis le début de la crise sont d’une ampleur tout à fait extraordinaire, note le CCPA. Au Québec, l’ensemble de leurs mesures directes annoncées l’an dernier frôlait l’équivalent de 1,5 % de la taille de l’économie, soit presque la moitié moins que la Colombie-Britannique, mais plus que l’Ontario et l’Alberta, plus ou moins 1 %.

Mesuré autrement, cet effort équivalait à 9400 $ par habitant au Québec, dont 92 % provenaient du gouvernement fédéral et les 8 % restants du Québec, rapporte le CCPA, qui a fait le total de toutes les sommes annoncées par les gouvernements et attribuées directement à la pandémie. Le soutien aux entreprises (subvention salariale d’urgence, compte d’urgence pour les entreprises…) arrivait au premier rang avec 3900 $ par personne, dont 250 $ du gouvernement québécois. L’aide directe aux particuliers (prestation canadienne d’urgence, programme de suppléments salariaux…) arrivait tout juste derrière, à 3750 $ par habitant, dont 100 $ payés par Québec. Les mesures de soutien à la santé arrivaient plus loin avec 1200 $ par habitant, dont 160 $ de Québec.

L’éducation est le domaine où Québec a le plus sous-utilisé les sommes reçues du fédéral, avec 220 millions toujours pas engagés dans le cadre du Fonds pour une rentrée scolaire sécuritaire annoncé par Ottawa à la fin août.

Question de temps ou de volonté ?

David Macdonald admet volontiers que des délais et des ratés dans le déploiement des mesures d’aide étaient probablement inévitables, compte tenu de leur ampleur et du peu de temps dont on a disposé. Aussi peut-on « s’attendre à ce que le portrait évolue avec les budgets fédéral et provinciaux ce printemps », a-t-il observé en entretien téléphonique au Devoir lundi.

L’argent devrait venir avec la condition de le dépenser et de respecter les normes nationales sans quoi, tant pis, on n’y aurait pas droit

 

« Mais certains de ces programmes existent quand même depuis assez longtemps pour que les provinces n’aient plus cette excuse, d’autant plus qu’elles redemandent aujourd’hui plus d’argent à Ottawa. » Dans certains cas, comme l’échec en Alberta du programme commun destiné aux travailleurs vulnérables dans les secteurs essentiels, le problème lui semble surtout venir des préférences politiques des gouvernements provinciaux au pouvoir.

Avec la crise qui est loin d’être finie et 70 à 100 milliards de nouvelles mesures d’aide et de relance économiques à venir, Ottawa devrait oser, selon lui, se montrer plus exigeant à l’égard des provinces. « L’argent devrait venir avec la condition de le dépenser et de respecter les normes nationales sans quoi, tant pis, on n’y aurait pas droit. »

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