La chaîne de jeux vidéo GameStop sacrée à Wall Street

La société FameStop fait partie des entreprises de Wall Street les plus ciblées par des spéculateurs.
Photo: Spencer Platt Agence France-Presse La société FameStop fait partie des entreprises de Wall Street les plus ciblées par des spéculateurs.

La chaîne de jeux vidéo GameStop affole les compteurs depuis plusieurs jours à Wall Street, une ascension nourrie par les spéculateurs qui s’est poursuivie lundi en début de séance avant de s’essouffler, alors que des observateurs s’interrogent sur le modèle économique de la société face à l’explosion des jeux en ligne.

Le titre a fini à 76,79 $US, en hausse de 18 après être monté jusqu’à 159,18 $US (+145 %). GameStop a dû être suspendue en début de séance, en raison d’une trop grande volatilité, fortement débattue sur les chaînes d’informations financières américaines, mais encouragée sur les réseaux sociaux par de jeunes internautes fans du groupe.

Depuis le début de l’année, l’action a décollé de près de 300 % à la Bourse new-yorkaise, dont +51 % pour la seule séance de vendredi, ce qui laisse perplexes jusqu’aux plus fervents soutiens de l’entreprise.

D’ordinaire, l’emballement autour d’une action en Bourse est dû à de bons résultats ou à de bonnes perspectives de croissance laissant présager un avenir radieux, voire à un avantage compétitif en matière de parts de marchés entre la société et ses rivales. Mais en l’espèce, le modèle économique de GameStop — des chaînes de magasins physiques au moment où explosent les jeux en ligne — n’est pas tenable à long terme, font remarquer des analystes.

De nombreux spécialistes s’interrogent notamment sur la viabilité d’un modèle reposant principalement sur les achats en magasin au moment où l’industrie est dominée par les ventes en ligne, les téléchargements ou les jeux à distance (« cloud »). Les recettes de GameStop ont ainsi décliné de 3 % lors de la période des Fêtes.

L’envolée boursière du groupe semble par conséquent davantage liée à la spéculation qu’à des fondamentaux économiques.

Une pratique spéculative est ainsi montrée du doigt : la vente à découvert, dont le principe est de vendre une action en pariant sur son effondrement afin de pouvoir la racheter beaucoup moins cher à une date ultérieure. « L’envolée soudaine et brusque du prix de l’action et de la valorisation de GameStop a sans doute été alimentée par des liquidations forcées, étant donné le fort intérêt pour la vente à découvert et, dans une moindre mesure, par la spéculation d’investisseurs particuliers à la suite des prévisions sur le nouveau cycle dans l’industrie du jeu vidéo et de la participation » de la société de capital-risque RC Ventures, estimaient lundi les analystes de Telsey Advisory Group.

« Nous pensons que le prix de l’action et la valorisation actuels ne sont pas durables et nous nous attendons à ce que le titre revienne à une valeur normale / juste, guidée par les fondamentaux économiques », ajoutent-ils.

Les critiques menacés

GameStop fait partie des entreprises de Wall Street les plus ciblées par des spéculateurs, ce qui rend son action très volatile. Elle fait également l’objet d’innombrables discussions sur Internet dans des espaces consacrés aux paris boursiers, prisés par de jeunes investisseurs avides de gains immédiats.

Sur le populaire forum « Wall Street Bets » du site Reddit, plusieurs participants misaient lundi sur une poursuite de la hausse de l’action GameStop, l’imaginant même monter au-dessus des 1000 $US. « Si GME atteint les 1000 $US, je me fais tatouer une fusée ! » s’exclamait notamment un utilisateur. Sur Twitter, « GameStop » faisait partie des termes les plus recherchés lundi en début de journée.

L’action du groupe avait déjà enflé mi-janvier après l’annonce de l’arrivée au sein de son conseil d’administration de Ryan Cohen, ancien patron des magasins de produits pour animaux Chewy et fondateur de RC Ventures. Ce dernier s’est engagé à œuvrer à la transformation de GameStop, qui souhaite notamment s’appuyer sur les nouvelles consoles de Sony (PlayStation 5) et de Microsoft (Xbox Series X et S) pour doper ses revenus et renforcer son offre numérique.

Mais la semaine dernière, le financier et spéculateur américain Andrew Left de Citron Research avait jugé l’action surévaluée dans une vidéo diffusée sur YouTube, qui avait suscité une vague de réactions négatives. Se disant victime de harcèlement, M. Left a annoncé dans la foulée se détourner de GameStop et affirmé qu’il comptait donner des suites judiciaires aux tentatives d’intimidation.

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