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La réforme Boulet torpillée de toutes parts cette semaine

Le ministre du Travail, Jean Boulet, a soutenu qu’il valait mieux recommander aux entreprises d’adopter une politique plutôt que de les y forcer.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le ministre du Travail, Jean Boulet, a soutenu qu’il valait mieux recommander aux entreprises d’adopter une politique plutôt que de les y forcer.

Dure semaine pour le ministre du Travail, Jean Boulet : sa réforme tant attendue des normes de la santé et de la sécurité au travail a été durement critiquée, autant par les syndicats que par des professionnels de la santé. Son projet de loi 59 est sexiste et ne tient pas compte des données scientifiques, selon ce qui a été entendu durant les consultations qui ont duré de mardi à vendredi.

Encore vendredi, on a reproché au gouvernement Legault d’avoir complètement oublié le télétravail, la nouvelle réalité qui gagne pourtant de plus en plus en popularité depuis le début de la pandémie.

Le projet de loi viendrait moderniser la loi actuelle, qui date de plus de 40 ans, mais il comporte des failles importantes et des « reculs historiques », comme l’a déploré entre autres la Confédération des syndicats nationaux (CSN). L’Union des travailleurs accidentés y voit également « un retour en arrière de 35 ou 40 ans ».

En éliminant la notion de la « prépondérance » de l’avis du médecin traitant, le projet de loi 59 annonce le retour de la « médecine de compagnie », c’est-à-dire des médecins payés par l’employeur qui contesteront chacune des demandes d’indemnisation, s’inquiète l’organisme. « Pour avoir une chance de gagner leur cause, les victimes doivent souvent engager une petite fortune en honoraires d’avocats et en expertise », peut-on lire dans leur mémoire. Tous les grands syndicats ont également dénoncé cette brèche concernant l’avis du médecin traitant.

La Fédération des médecins spécialistes (FMSQ) s’inquiète de la « perte d’indépendance des médecins » et souligne que l’expertise médicale « doit rester indépendante ». L’Ordre des orthophonistes et des audiologistes a également reproché au gouvernement vendredi de ne pas tenir compte des données et études scientifiques.

Le projet de loi « attaque de plusieurs façons les femmes », a en outre déploré Félix Lapan, le représentant l’Union des travailleurs accidentés. Car en vertu de cette réforme, plusieurs secteurs d’emploi à majorité féminins ne seront plus assujettis aux mécanismes de prévention actuels.

« Ça défavorise nos secteurs, éducation, santé, enseignement supérieur, parce que nos groupes, majoritairement des femmes, se retrouveraient dans des niveaux de risque classés “faible” », a déploré la présidente de la CSQ, Sonia Éthier.

Télétravail absent

Selon l’organisme Télétravail Québec, il faut obliger toutes les entreprises à adopter une politique sur le télétravail pour clarifier les règles. « Le fait de ne pas avoir le terme “télétravail” dans le projet de loi laisse croire que le télétravail n’est pas une priorité, a affirmé le président de l’organisme, José Lemay-Leclerc. Le minimum serait de l’inclure dans le projet, ce serait une forme de promotion. »

Jean Boulet a soutenu pour sa part qu’il valait mieux recommander aux entreprises d’adopter une politique plutôt que de les y forcer. « Peu importe le lieu du travail, dans un café, à la maison ou à l’établissement, il y a une obligation [pour l’employeur] d’utiliser les techniques pour éliminer, contrôler et bien identifier les risques », a-t-il fait valoir.

Télétravail Québec a demandé également au gouvernement de reconnaître aux employés un « droit à la déconnexion », pour limiter les exigences d’un employeur qui fournit des outils numériques à ses employés. En entrevue l’an dernier, le ministre avait dit être « préoccupé » par le « potentiel d’abus ». « Réglementer la déconnexion, ce n’est vraiment pas évident », a laissé entendre le ministre, vendredi, en fermant la porte à cette revendication.

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