La restauration rapide se tourne vers le service au volant

Plusieurs villes canadiennes, comme Toronto et Vancouver, ont interdit l’aménagement de services de restauration à l’auto, alors que quatre arrondissements de Montréal les ont bannis totalement ou partiellement.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Plusieurs villes canadiennes, comme Toronto et Vancouver, ont interdit l’aménagement de services de restauration à l’auto, alors que quatre arrondissements de Montréal les ont bannis totalement ou partiellement.

Vous êtes régulièrement coincés dans les longues files d’attente du service à l’auto de vos restaurants préférés ? Il ne s’agit pas de malchance. Les chaînes de restauration rapide sont nombreuses à observer une hausse fulgurante de la popularité de ce mode de commande. Un engouement qui pourrait refaçonner les façons de faire l’industrie au-delà de la pandémie et qui laisse craindre des effets néfastes sur l’environnement.

Les Rôtisseries St-Hubert sont en train de tester de nouveaux menus numériques pour le service à l’auto de leurs restaurants. Dans le cadre du développement de leur plan stratégique, les dirigeants réfléchissent à d’autres moyens d’améliorer l’expérience des clients qui commandent derrière le volant, souligne la directrice des communications, Josée Vaillancourt.

Comme pour tous les autres restaurateurs consultés par Le Devoir dans le cadre de cet article, le service au volant a été une bouée de sauvetage depuis le début de la pandémie, le bond des ventes pour ce mode de commande dépassant 50 % dans certaines succursales. « On voyait déjà des ventes à la hausse avec le service au volant et les livraisons, une hausse qui a été exacerbée avec la pandémie. Quand les rôtisseries rouvriront, plein de gens voudront probablement retourner au restaurant, mais il y en a peut-être qui vont rester traumatisés et qui hésiteront à revenir en salle avec plein de monde », indique Mme Vaillancourt.

Les chaînes de cafés et de restaurants voient donc beaucoup d’avenir dans les services au volant et comptent miser sur eux au moins à moyen terme. « Ça évite de devoir gérer des files en personne au comptoir et les mesures sanitaires qui viennent avec, fait remarquer Mylène Beaulieu, responsable des communications à Chez Ashton. Les clients se sentent en sécurité, distancés dans leurs voitures. » Certaines succursales de cette chaîne de la région de Québec, reconnue pour sa poutine, ont pu faire dans la dernière année le même profit que l’année précédente, grâce à leur service au volant. Même son de cloche chez A&W. « Nous avons déplacé nos ressources vers le service au volant, et nous avons amélioré l’efficacité et accéléré le temps de service », souligne le directeur de marketing d’A&W au Québec, Stéphan Bisson.

50%
C’est le bond dans les commandes au service à l’auto qu’ont observé les Rôtisseries St-Hubert depuis le début de la pandémie.

De grandes multinationales de la restauration rapide, comme McDonald’s et Burger King, ont récemment développé de nouveaux concepts de restaurants axés uniquement sur le service au volant. Starbucks a annoncé à la mi-janvier la fermeture possible de 300 cafés au Canada, mais l’ajout du service à l’auto. La chaîne de cafés Morgane, originaire de Trois-Rivières, dit continuer de favoriser les emplacements qui permettent le service au volant. Dans les Tim Hortons, celui-ci a pris « une grosse importance », selon le chef des opérations, James Gregoire. Il sera bientôt possible de scanner sa carte de fidélité devant l’écran numérique pour voir apparaître une proposition de menu personnalisée, tout en restant bien assis dans son bolide.

Enjeux environnementaux

Avant la pandémie se dessinait pourtant un mouvement contre les services de restauration à l’auto, rappelle Sylvain Charlebois, directeur principal au Laboratoire en science analytique agroalimentaire à l’Université Dalhousie. Plusieurs villes canadiennes, comme Toronto et Vancouver, en ont interdit l’aménagement, alors que quatre arrondissements de Montréal les ont bannis totalement ou partiellement.

« Aujourd’hui, si un groupe écologique faisait une sortie pour demander l’interdiction du service au volant, je ne suis pas sûr que ça passerait », estime M. Charlebois. Des enjeux environnementaux, d’urbanisme et de circulation sont tout de même encore présents. « À Saint-Sauveur, au jour de l’An, le boulevard était pratiquement bloqué à cause du service au volant du McDonald’s. Ce phénomène peut devenir une embûche pour les villes en expansion, surtout avec le mouvement migratoire des villes vers la campagne », dit-il.

Le président de l’Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique comprend l’importance actuelle du service à l’auto pour la survie de nombreux restaurateurs. Mais il craint que cela devienne une tendance à long terme. « Lorsqu’on laisse le moteur rouler au ralenti, c’est le moment où il va émettre le plus de polluants dans l’air, souligne André Bélisle. Alors qu’on est en état d’urgence climatique, qu’on doit être appelé à réduire drastiquement et rapidement nos émissions de gaz à effet de serre, la prolifération des services au volant va à contresens de ce qu’on doit faire. »

À défaut d’interdire le service au volant, les municipalités pourraient le baliser, croit M. Charlebois. « Elles pourraient fixer des paramètres de performance, pour que les clients n’attendent pas plus que trois minutes, par exemple. Des inspecteurs pourraient faire des vérifications, comme pour la salubrité », propose-t-il.

Mais pour M. Bélisle, il ne doit pas y avoir de demi-mesures. Il faut tout simplement en limiter le développement, dès que la situation économique le permettra. En attendant, il en appelle à la responsabilité des citoyens, qui peuvent couper le moteur de leur voiture lorsqu’ils sont immobiles.

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