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L’arrivée de Biden aidera la reprise canadienne, prédit Tiff Macklem

La pandémie de COVID-19 et la crise économique qu’elle a provoquée ne sont qu’un autre exemple du caractère global d’un grand nombre de risques systémiques qui pèsent sur le monde, soutient Tiff Macklem.
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne La pandémie de COVID-19 et la crise économique qu’elle a provoquée ne sont qu’un autre exemple du caractère global d’un grand nombre de risques systémiques qui pèsent sur le monde, soutient Tiff Macklem.

Le changement de gouvernement à la tête des États-Unis pourrait donner un sérieux coup de pouce à la reprise économique canadienne, estime le gouverneur de la Banque du Canada, Tiff Macklem.

Dans son Rapport sur la politique monétaire dévoilé mercredi matin, la banque centrale canadienne ne tenait compte que de l’effet des nouvelles mesures d’aide de 900 milliards de dollars récemment votées au Congrès américain, mais pas du plan de presque 2000 milliards promis la semaine dernière par le nouveau président américain, Joe Biden. « C’est à peu près la taille de l’économie canadienne ! » a souligné plus tard dans la journée Tiff Macklem en entrevue au Devoir. Si un tel plan est déployé aux États-Unis, cela ne manquera pas aussi de profiter aux exportations, à l’investissement et aux prix des matières premières au Canada, y conduisant à « une reprise plus forte ».

Mais il y a plus. Il semble désormais acquis que le remplacement de Donald Trump par Joe Biden à la Maison-Blanche se traduira par plein d’autres bienfaits économiques pour le Canada, à commencer par une Amérique « plus prévisible », « plus multilatérale » et « plus disposée à collaborer avec ses alliés ». Le simple retour des États-Unis au sein de l’Accord de Paris sur le climat ouvre, par exemple, la perspective d’un plan de transition verte s’étendant à l’Amérique du Nord et « créant des opportunités d’affaires pour les entreprises des deux côtés de la frontière ».

Les deux pays continueront bien sûr à avoir des différends, comme le recours prévisible par les Américains à leur disposition « Buy American ». Ce sera alors au Canada de convaincre ses voisins que leurs deux économies sont trop intégrées pour ne pas adopter une approche plus nord-américaine.

Pas tous égaux

Dans son portrait de l’économie, la Banque du Canada a rappelé mercredi comment tous ne sont pas égaux dans l’actuelle crise. Si l’on parle encore aujourd’hui d’un total de 640 000 emplois manquants en décembre en comparaison du mois de février dernier, il faut préciser que cela cache le fait que ce sont les emplois faiblement rémunérés qui tirent encore de l’arrière (–20 %) alors que les autres ont non seulement rattrapé leur retard, mais ont dépassé les niveaux qu’ils affichaient avant la crise. Les secteurs les plus touchés sont toujours les mêmes : l’hébergement, la restauration, la culture et les loisirs.

« Les jeunes et les femmes sont les plus touchés, dit Tiff Macklem. Et je vous laisse imaginer ce que c’est pour les jeunes femmes. » Plus cette crise dure et plus ses séquelles se feront sentir longtemps. Cela est particulièrement préoccupant pour les jeunes, parce que l’expérience des crises précédentes montre qu’un faux départ dans le marché du travail peut se payer pendant des années en salaires et en perspectives d’avancement inférieurs.

J’espère que nous apprendrons de la présente expérience que l’on ne peut régler ces crises systémiques seuls.

Les mesures d’aide et le plan de relance des gouvernements seront pendant encore de nombreux mois de précieux contrepoids à la morosité de l’investissement et de la consommation. La Banque du Canada apportera aussi sa contribution en maintenant ses taux d’intérêt au plancher et en continuant d’injecter des liquidités dans l’économie. Elle a désormais ainsi pour presque 550 milliards d’obligations du gouvernement fédéral et d’autres actifs financiers, soit cinq fois plus qu’avant la pandémie.

La dernière crise financière aura au moins permis aux banques centrales de tester de nouveaux outils d’intervention monétaires, qu’elles ont pu déployer lorsque la COVID-19 est survenue. « La vitesse et l’ampleur de leurs interventions ont été remarquables. »

La même planète

La pandémie de COVID-19 et la crise économique qu’elle a provoquée ne sont qu’un autre exemple du caractère global d’un grand nombre de risques systémiques qui pèsent sur le monde, dit-il. Il y avait déjà eu cette crise financière née en Asie à la fin des années 1990, puis cette autre crise financière globale qui a démarré, celle-là, dans un obscur sous-secteur de la finance américaine en 2008, et maintenant cette pandémie qui a commencé à l’autre bout de la planète. Mais il faudrait aussi parler des changements climatiques, ou encore des questions de cybersécurité. « Chaque fois que nous faisons face à l’une de ces crises, nous semblons surpris de voir à quel point ils touchent tout le monde. […] C’est comme si chaque fois on redécouvrait à quel point nous sommes tous connectés les uns aux autres. […] J’espère que nous apprendrons de la présente expérience que l’on ne peut régler ces crises systémiques seuls. Nous devons le faire ensemble », martèle Tiff Macklem, qui, avant de revenir à la Banque du Canada pour en prendre la direction à la fin du printemps, avait notamment présidé un groupe d’experts sur la finance durable.

De ce point de vue, on peut dire que ce jour d’intronisation de Joe Biden et de Kamala Harris était « une bonne journée, parce que le message qu’ils lancent est qu’ils veulent travailler avec le monde, qu’ils tendent la main au monde ».

Coup de frein à la reprise

La deuxième vague de la pandémie de COVID-19 a cassé l’élan qu’avait la reprise économique à la fin de l’année, constate la Banque du Canada. Mais l’arrivée plus rapide que prévu de vaccins et les mesures de stimulation des pouvoirs publics devraient relancer la lente remontée en cours.

 

Sans surprise, la Banque du Canada a maintenu mercredi son taux directeur à son niveau plancher de 0,25 % et l’y laissera probablement jusqu’en 2023, a-t-elle répété. On continuera aussi à tirer vers le bas le coût du crédit à long terme en achetant pour au moins 4 milliards d’obligations du gouvernement du Canada par semaine et l’on se dit prêt à en faire plus au besoin.

 

La dernière année devrait ainsi s’être bouclée par un recul global de 5,5 % et être suivie par une croissance de 4 % cette année, de 4,8 % l’an prochain et de 2,5 % en 2023, Mais tout cela commencera par un autre recul de 2,9 % au cours des trois premiers mois de 2021 par rapport à la même période l’an dernier.

 

« La poussée actuelle des cas de COVID-19 porte un coup très dur à l’économie », a constaté le gouverneur de la Banque, Tiff Macklem. Et ce nouveau choc pèsera, encore une fois, « de façon disproportionnée sur les travailleurs et les entreprises des secteurs à forte proximité physique ».

Éric Desrosiers

 

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