La CDPQ suit les difficultés de l’Eurostar

Les rares voyages restants de l’Eurostar sont vides à 80%, réduits à l’essentiel.
Photo: Niklas Halle’n Agence France-Presse Les rares voyages restants de l’Eurostar sont vides à 80%, réduits à l’essentiel.

En partie propriétaire de l’Eurostar depuis environ cinq ans, après y avoir injecté 850 millions de dollars, la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) voit son investissement confronté à l’incertitude puisque la pandémie de COVID-19 contraint l’exploitant du lien ferroviaire empruntant le tunnel sous la Manche à tirer la sonnette d’alarme.

La crise sanitaire a provoqué un effondrement du volume de passagers, qui a plongé de 95 % depuis mars dernier. Un appel à l’aide a ainsi été lancé aux gouvernements britannique et français, puisque la situation est critique, de l’avis de Jean-Pierre Farandou, chef de la direction de la Société nationale des chemins de fer français (SNCF) — qui contrôle 55 % d’Eurostar.

Un dépôt du bilan d’ici le printemps a même été évoqué par l’entreprise, dont les trains relient la Grande-Bretagne, la France ainsi que la Belgique. « La catastrophe est possible », a déclaré lundi à l’AFP le directeur général d’Eurostar, Jacques Damas. Une cessation de paiements, « quand on aura brûlé tout notre cash », est possible « quelque part dans le deuxième trimestre, plutôt dans la deuxième moitié du deuxième trimestre, a dit M. Damas. Mais si jamais la crise était encore plus dure, ça pourrait même arriver un peu plus tôt. »

La compagnie Eurostar a perdu 82 % de son chiffre d’affaires l’an dernier, par rapport au 1,1 milliard d’euros de 2019, a-t-il déploré. Dans la pratique, le chiffre d’affaires a été divisé par 20 du deuxième au quatrième trimestre. « On est à 5 % du chiffre d’affaires depuis le 1er avril, pour dire les choses très simplement », a-t-il noté.

Eurostar « souffre davantage que les compagnies aériennes » à cause du « cumul des règles sanitaires définies par les différents pays » desservis (Grande-Bretagne, France, Belgique et Pays-Bas), selon lui. Et depuis le début de l’année, la compagnie transmanche ne fait plus circuler qu’un aller-retour Londres-Paris et un Londres-Bruxelles-Amsterdam par jour, qui sont vides à 80 %. « Il n’y a plus que les voyages essentiels », a indiqué le responsable, notant que la compagnie mettait un point d’honneur à « garder un haut niveau de service ».

Eurostar est détenue à 55 % par la SNCF, à 40 % par le consortium Patina Rail — composé pour 30 % de la Caisse de dépôt et placement du Québec et pour 10 % du fonds britannique Hermes Infrastructure — et à 5 % par la SNCB belge. Mais ces actionnaires eux-mêmes ont des capacités limitées, et « il faut qu’il y ait une troisième partie qui fasse son job : les gouvernements », a souligné Jacques Damas.

Dans un courriel envoyé mardi, un porte-parole de la CDPQ, Serge Vallières, a souligné que la perspective d’investissement était orientée sur le « long terme » même si des « défis peuvent survenir en cours de route ». Soulignant que la CDPQ suit la situation de près, il a ajouté que la mobilité entre les villes en Europe constitue une « tendance durable ».

Au moment d’annoncer son investissement, en mars 2015, la Caisse avait estimé qu’elle devenait partenaire d’un « actif hautement stratégique » qui allait générer des « rendements stables et prévisibles ». Selon son rapport annuel pour l’année se terminant le 31 décembre 2019, la valeur du placement de la CDPQ dans cet actif oscillait entre 500 millions et 1 milliard.

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