​Forum de Davos: la COVID-19 n’a pas fini de hanter le monde

Le Rapport sur les risques mondiaux s’attarde à la réalité des jeunes ayant vécu deux crises mondiales en une dizaine d’années. Surnommés les «pandémiaux», ils sont menacés d’un avenir économique et climatique inquiétant, selon le FEM.
Photo: Sajjad Hussain Agence France-Presse Le Rapport sur les risques mondiaux s’attarde à la réalité des jeunes ayant vécu deux crises mondiales en une dizaine d’années. Surnommés les «pandémiaux», ils sont menacés d’un avenir économique et climatique inquiétant, selon le FEM.

Le monde pourrait encore payer le prix économique, social et politique de la pandémie de COVID-19 dans cinq ou dix ans, estime le Forum économique mondial de Davos. Ne reste plus, dit-il, qu’à espérer que cela serve d’avertissement sur les conséquences catastrophiques que pourraient aussi avoir les autres risques systémiques qui pèsent sur la planète, dont le plus important de tous : l’échec de la lutte contre les changements climatiques.

Survenu dans un monde déjà miné par toutes sortes de failles, le coronavirus continuera de se faire sentir longtemps après que toute la population aura été vaccinée, préviennent les auteurs d’un rapport qui doit être dévoilé mardi.

À court terme (d’ici 2 ans), cela se comptera en nouvelles infections, en décès, en pertes d’emploi et en faillites d’entreprises, bien sûr, mais conduira aussi à un creusement des inégalités économiques et numériques, ainsi qu’à une érosion de la cohésion sociale et à un sentiment grandissant de désillusion chez les jeunes. À plus long terme (3-5 ans), l’onde de choc risque aussi de se faire ressentir sur  l’endettement et la capacité d’action des gouvernements, sur la solidité de la finance et sur le potentiel de croissance de l’économie. Plus loin encore (5-10 ans), c’est la capacité et la volonté des pays de travailler ensemble et peut-être même la solidité de certaines démocraties et la stabilité géopolitique de la planète qui subiront les contrecoups de la pandémie.

Cela fait 15 ans que les organisateurs du Forum économique mondial (FEM) publient chaque année, à la veille de leur célèbre rendez-vous des gens riches et influents à Davos, en Suisse, le Rapport sur les risques mondiaux. « En 2020, le risque d’une pandémie mondiale est devenu réalité, une perspective évoquée dans nos rapports depuis 2006, a souligné dans un communiqué de presse la directrice générale du FEM, Saadia Zahidi. Nous savons comment il est difficile pour les gouvernements, les entreprises et les autres intervenants de tenir compte de tels risques à long terme, mais la leçon à en tirer est que le fait de les ignorer ne réduit pas le risque qu’ils se produisent. »

Encore l’environnement

Comme les années précédentes, les risques mondiaux qui occupent les premiers rangs du classement, tant en matière de dommages économiques et humains potentiels que de probabilité de se produire, sont principalement liés à des questions environnementales, à commencer par la perspective d’un échec de la lutte contre les changements climatiques. « Aucun vaccin ne peut prévenir contre la dégradation de l’environnement », souligne le rapport d’une centaine de pages, qui cite aussi les événements climatiques extrêmes, la perte de biodiversité, les destructions environnementales par l’humain et la perte de ressources naturelles.

Là encore, la recherche et la mise en place de solutions risquent d’être plombées par cette tendance que les pays ont eue durant la pandémie à se refermer sur eux-mêmes. La méfiance grandissante d’une partie de la population à l’égard, non seulement de leurs gouvernants, mais aussi des scientifiques ne fera rien non plus pour arranger les choses.

Ce dernier phénomène fait partie de nouveaux risques systémiques ajoutés à la liste de cette année, aux côtés du délitement des institutions multilatérales, de la faillite de la sécurité sociale ou encore de la concentration des pouvoirs dans le secteur numérique.

Un chapitre complet a été consacré à ces jeunes qui, ayant aussi vécu la Grande Récession de 2008-2009, en sont déjà à leur deuxième crise mondiale en une dizaine d’années seulement. Surnommée dans le rapport les « pandémiaux », cette « nouvelle génération perdue » a eu la malchance d’être arrivée à une époque « des occasions perdues ». Non seulement la COVID-19 a mis sens dessus dessous leurs parcours scolaires, mais ils sont aussi menacés d’un avenir économique et climatique inquiétant qui ne manquera pas de mettre à l’épreuve leur santé mentale.

Un test pour l’avenir

Il est vrai que la pandémie a servi de formidable coup d’accélérateur au télétravail, au commerce électronique et plus généralement à la transition numérique de la société et de l’économie, observe-t-on. Mais cela risque de venir aussi avec un creusement des inégalités entre ceux qui ont accès à ce nouveau terrain de jeu et ceux qui en sont exclus, sans parler des dangers grandissants en matière de cybersécurité.

« La pandémie de 2020 a été un test de résistance qui a secoué les fondations des économies et des sociétés à travers le monde. Pour reconstruire de manière à mieux résister aux chocs systémiques, il faudra de l’argent, de la coopération internationale et plus de cohésion sociale », a observé l’un des dirigeants de la firme sud-coréenne Groupe SK, Lee Hyung-hee.

Quelque 840 experts ont été sondés du 8 au 23 septembre par les auteurs du rapport. Au trois quarts des hommes, dont une large part originaire d’Europe (46 %) ou d’Amérique du Nord (17 %), ces répondants étaient pour plus du tiers issus du monde des affaires, les autres venant notamment du secteur de la recherche (20 %), des gouvernements (15 %), des ONG (11 %) et des institutions internationales (10 %).

Frappé comme les autres par la pandémie et les règles sanitaires des gouvernements, le Forum économique mondial tiendra cette année sa réunion de façon virtuelle du 25 au 29 janvier inclusivement. Le président chinois, Xi Jinping, son homologue français, Emmanuel Macron, le premier ministre japonais, Yoshihide Suga, et la chancelière allemande, Angela Merkel, comptent parmi les 1500 participants de 70 pays attendus.

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