Les marchés ne connaissent pas la crise

L’économie mondiale est à la peine, mais les marchés boursiers tutoient des sommets.
Photo: Courtney Crow NYSE via Associated Press L’économie mondiale est à la peine, mais les marchés boursiers tutoient des sommets.

L’économie mondiale est à la peine, mais les marchés boursiers tutoient des sommets. Une « déconnexion » qui n’inquiète pas les financiers, à l’inverse de certains économistes, qui y voient le signe avant-coureur d’une crise de grande ampleur.

« Sur le plan financier, nous ne voyons pas de bulle en tant que telle », affirme Aymeric Poizot, directeur général pour la France de l’agence de notation Fitch. « La déconnexion entre Wall Street et “Main Street” [l’économie réelle] ne pose pas de problème tant que les banques centrales interviennent », ajoute-t-il.

« À la lecture d’un grand nombre d’indicateurs, il est difficile de ne pas voir un certain décalage entre les prix des actifs risqués et les perspectives économiques », reconnaissait toutefois en décembre Claudio Borio, chef du département monétaire et économique de la Banque des règlements internationaux, dont les avis sont très écoutés.

Professeur à l’EM-Lyon, Pierre-Yves Gomez est plus direct. Le danger va au-delà de la bulle financière, alimentée par la « manne spéculative » déversée par les banques centrales. « Avec des États qui sont aux limites de leur capacité d’endettement, des entreprises qui n’ont plus beaucoup de marge de manœuvre, les conditions d’une catastrophe systémique, au sens de la théorie du chaos, sont réunies », selon lui. Même si nul ne sait où se produira « l’étincelle »….

De son côté, l’économiste Thomas Piketty ne cesse d’alerter sur les méfaits de cette « orgie de création monétaire » qui « contribue à enrichir les plus riches » en dopant les « cours boursiers et immobiliers » depuis dix ans.

« Les valorisations sont élevées » sur les marchés, reconnaît Gilles Moec, économiste en chef chez Axa Investment Managers, mais « cela fait partie des effets secondaires » du traitement macroéconomique de la crise, et « s’en désoler n’a pas vraiment de sens ». Certes, « cela profite à ceux qui sont porteurs de capital et a donc un effet indéniable sur les inégalités, mais quel serait l’état de l’économie mondiale sans ce qu’ont fait les politiques budgétaires et monétaires ? Ce serait une véritable catastrophe ».

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