Quelle prochaine cible pour Couche-Tard?

Couche-Tard s’est donné en 2019 l’objectif formel de doubler la taille de l’entreprise d’ici la fin de son exercice 2023.
Photo: Éric Thomas Agence France-Presse Couche-Tard s’est donné en 2019 l’objectif formel de doubler la taille de l’entreprise d’ici la fin de son exercice 2023.

Les visées de Couche-Tard sur Carrefour ont peut-être été mises de côté devant le refus catégorique du gouvernement français, mais le spécialiste du dépanneur n’a pas fini son magasinage, a rappelé sa direction hier en suscitant une nouvelle série de questions sur ce que pourrait être la prochaine cible de l’entreprise. Si ce n’était pas l’épicerie, quel autre secteur serait sur la liste ?

Couche-Tard, qui discutera avec le géant français de « partenariats opérationnels » plutôt que d’une acquisition pure et simple, s’est penchée dans les dernières années sur des créneaux qui seraient connexes à son propre champ d’activité, a indiqué son président et chef de la direction, Brian Hannasch, lors d’une conférence téléphonique avec des analystes financiers curieux de connaître la prochaine étape.

« Nous avons jeté un coup d’œil au secteur des magasins à un dollar, à la restauration à service rapide, au commerce de détail de déplacement, à l’épicerie… Ces espaces sont ceux qui, selon nous, sont proches de ce que nous faisons, ont des similarités et des occasions de mise en valeur », a dit M. Hannasch, en précisant toutefois qu’il s’agit là d’un exercice « sur papier ».

Même dans les discussions préliminaires, je pense que les deux côtés ont vu les mérites d’un rapprochement, non seulement financièrement, mais pour construire un détaillant mondial plus fort

 

Les « magasins à un dollar sont « très consolidés » au Canada et aux États-Unis, mais « un peu plus fragmentés dans d’autres régions du monde », a-t-il dit en ajoutant que le commerce de détail de déplacement, caractérisé par des magasins petit format, est celui qu’on trouve dans les aéroports, les gares et les hôpitaux.

Couche-Tard s’est donné en 2019 l’objectif formel de doubler la taille de l’entreprise d’ici la fin de son exercice 2023. Le rapprochement amical discuté avec Carrefour — qui a vite provoqué une levée de boucliers, le ministre français Bruno Le Maire évoquant des enjeux de souveraineté alimentaire — a fait dire à certains analystes que les entreprises que Couche-Tard pourrait acquérir ne sont pas si nombreuses.

Chercher les recoupements

Une entreprise à la recherche de sa prochaine cible devrait « toujours être à l’affût de situations où il y a des chevauchements dans les produits vendus, dans la logistique, dans la distribution de marques maison et, enfin, dans les compétences nécessaires pour dynamiser un secteur », a dit en entrevue David Soberman, professeur de marketing stratégique à la Rotman School of Management, de l’Université de Toronto.

« Ce que vous voulez vraiment, c’est de la synergie », a poursuivi M. Soberman en offrant un exemple bien connu : l’achat de Shoppers Drug Mart (Pharmaprix) par Loblaw (Provigo) pour 12,4 milliards en 2013.

« C’est le genre de situation où je n’ai pas besoin d’agiter les mains pour convaincre les gens des synergies. Vous pouvez dire “voici l’emplacement des Shoppers, voici l’emplacement des Loblaw, voici les synergies de livraison qu’il y aura”, ou encore “voici les produits le Choix du Président que les gens achètent chez Loblaw, et puisqu’il y a maintenant des sections épiceries chez Shoppers Drug Mart, devinez quoi”. »

Après la fuite des premières informations, la semaine dernière, Couche-Tard a confirmé la tenue de discussions en prévenant que rien ne pouvait assurer la conclusion d’une entente. Le prix de base évoqué était de 20 euros par actions, soit 25 milliards canadiens, ce qui aurait été la plus grosse transaction de son histoire.

Spécialiste de la disposition optimale des produits pour maximiser les ventes, la société lavalloise fondée par Alain Bouchard a une valeur boursière de 47 milliards, comparativement à 13 milliards d’euros (19,8 milliards canadiens) pour Carrefour. Le chiffre d’affaires de Couche-Tard s’est établi à 54 milliards l’an dernier, alors que les ventes de Carrefour avoisinent 125 milliards. Lundi, l’action de Carrefour a reculé de 7 % à 15,46 euros tandis que celle de Couche-Tard a grimpé de 1 % à 38,40 $.

Relancer Carrefour

Carrefour a entrepris en 2017 une opération visant à redynamiser l’entreprise avec un nouveau chef de la direction, Alexandre Bompard, recruté à la Fnac. L’entreprise, qui compte 12 775 points de vente en France, en Europe et ailleurs, souhaite notamment améliorer sa productivité.

« Nous pensons qu’ils posent certains bons gestes. Nous pensons que nous sommes bien placés pour les aider à accélérer ce cheminement. Les hypermarchés, c’est une partie de l’histoire, mais il y a des vrais bijoux à l’intérieur de Carrefour qui reçoivent peu d’attention. […] Nous pensons qu’ils ont une grosse occasion d’améliorer l’expérience client dans leurs magasins », a dit M. Hannasch.

« Même dans les discussions préliminaires, je pense que les deux côtés ont vu les mérites d’un rapprochement, non seulement financièrement, mais pour construire un détaillant mondial plus fort. Nous étions enthousiasmés par cette idée. »

Les pourparlers de partenariat opérationnel commenceront dans les prochains mois.

Cela dit, Couche-Tard serait ravie de procéder à une acquisition de Carrefour, a mentionné M. Hannasch au sujet de l’opposition politique.

« Si nous recevions des signaux à l’effet d’un changement d’environnement au gouvernement français ou chez les parties prenantes », la direction de l’entreprise reprendrait avec plaisir les discussions si, dans l’intervalle, Couche-Tard n’a pas trouvé une autre façon de croître. « Nous verrons ce qu’il arrive, mais pour le moment, c’est vraiment fermé. »

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