Couche-Tard gardera l’oeil sur Carrefour mais veut ajouter une corde à son arc

Le réseau mondial de Couche-Tard compte quelque 14 200 points de vente et a réalisé des revenus d’environ 20,4 milliards de dollars américains au cours du premier semestre terminé le 11 octobre.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir Le réseau mondial de Couche-Tard compte quelque 14 200 points de vente et a réalisé des revenus d’environ 20,4 milliards de dollars américains au cours du premier semestre terminé le 11 octobre.

Alimentation Couche-Tard espère avoir une deuxième chance de courtiser Carrefour même si leur projet de mariage a été bloqué par le gouvernement français, mais entre-temps, l’exploitant de dépanneurs et de stations-service regardera ailleurs dans l’espoir d’élargir ses horizons.

L’intérêt de la multinationale québécoise manifesté à l’endroit du géant de l’alimentation avait peut-être surpris certains analystes financiers, mais pour son fondateur et président exécutif du conseil d’administration, Alain Bouchard, le moment était venu d’agir.

« À la taille que l’on a, on a une belle machine. Il serait intéressant d’avoir une autre corde à notre arc pour faire du développement et de la consolidation », a-t-il expliqué au cours d’une visioconférence avec La Presse canadienne à laquelle participaient également le président et chef de la direction de la compagnie, Brian Hannasch, et le directeur financier Claude Tessier.

En début de journée, la haute direction de Couche-Tard avait fait le point avec les analystes sur ses pourparlers avec Carrefour, qui sont maintenant sur la glace. Le ministre français de l’Économie, Bruno Le Maire, avait répété à maintes reprises qu’il s’opposerait à cette offre valorisée à 25 milliards de dollars canadiens de l’entreprise québécoise.

Sur le point de s’entendre avec Carrefour, M. Bouchard s’est montré surpris de l’argument brandi — la sécurité alimentaire — pour bloquer la transaction. Si sa rencontre avec M. Le Maire a été « très civilisée », l’homme d’affaires n’a pu convaincre le politicien.

« Cela nous a étonnés grandement parce qu’on ne déplace pas les magasins, a dit le fondateur de Couche-Tard. Mais la COVID-19 n’a pas aidé. La pandémie a provoqué chez les gens un certain repli sur soi-même et les politiciens ont voulu être prudents. On ne s’y attendait pas, mais je comprends. »

Sans la crise sanitaire, M. Bouchard a dit croire qu’il aurait été en mesure de conclure la transaction qui aurait été la plus importante acquisition de Couche-Tard.

Nouveau vecteur

La multinationale québécoise, dont le réseau mondial compte quelque 14 200 points de vente et qui a réalisé des revenus d’environ 20,4 milliards de dollars américains au cours du premier semestre terminé le 11 octobre, ambitionne de doubler son bénéfice d’exploitation ajusté d’ici 2023 dans le cadre d’un plan de croissance de cinq ans.

Pour y arriver, l’entreprise a évalué si des secteurs comme l’épicerie, le créneau des magasins à un dollar et plus ainsi que la restauration rapide, pourraient s’avérer intéressants.

« Il y a encore beaucoup d’occasions dans le domaine du commerce de proximité, a par la suite lancé M. Bouchard. On en voit énormément aux États-Unis. Mais pour faire bouger les choses, ça prend de grosses transactions. Elles ne se présentent pas à toutes les semaines. »

L’an dernier, Couche-Tard avait été sur les rangs pour acheter Speedway, mais c’est finalement la société mère de 7-Eleven qui avait raflé la chaîne américaine pour 21 milliards de dollars américains. Couche-Tard avait aussi tenté une approche auprès d’Ampol en Australie avant de retirer sa proposition en avril dernier.

L’entreprise établie à Laval dispose de liquidités évaluées à 3,5 milliards de dollars américains.

« C’est un signal qui ne passera pas inaperçu dans l’industrie, a estimé Yan Cimon, professeur titulaire de stratégie à la Faculté des sciences de l’administration de l’Université Laval, au cours d’un entretien téléphonique. La taille de Couche-Tard laisse croire que si elle sort du segment dans lequel elle se trouve, elle pourrait avoir du succès. Évidemment, plus on s’en éloigne, plus on augmente le niveau de risque. »

Deuxième tentative ?

Si Couche-Tard et Carrefour examineront, au cours des prochaines semaines, la possibilité de coopérer dans des domaines comme la distribution de carburant et les achats en commun, M. Hannasch a néanmoins suggéré qu’il pourrait y avoir une reprise des négociations si le gouvernement français se montre moins craintif.

« Nous aimerions pouvoir [conclure une transaction] si nous recevions des signaux indiquant que l’environnement pourrait changer ou changerait de la part du gouvernement français ou d’autres parties prenantes clés », a-t-il lancé aux analystes.

Sur ce point, M. Bouchard a dit que ce scénario n’était « pas exclu », tout en rappelant que les autorités françaises avaient « fermé la porte rapidement » la semaine dernière.

De son côté, M. Cimon a estimé que le dénouement constituait un « mal pour un bien ».

« C’est dommage que l’acquisition ne se concrétise pas comme elle avait été planifiée, mais il y a quelque chose à la fois pour Carrefour et Couche-Tard qui est en train de se dessiner avec d’éventuelles collaborations », a-t-il dit.

À la Bourse de Toronto, lundi après-midi, l’action de Couche-Tard prenait 56 cents, ou 1,5 %, pour se négocier à 38,54 $.