cache information close 

Offre pour Carrefour: Couche-Tard n’a pu convaincre le gouvernement français

Carrefour exploite près de 13 000 hypermarchés, supermarchés et dépanneurs répartis dans 30 pays.
Photo: Bob Edme Associated Press Carrefour exploite près de 13 000 hypermarchés, supermarchés et dépanneurs répartis dans 30 pays.

Malgré la fin de non-recevoir du gouvernement français à une prise de contrôle de Carrefour par Alimentation Couche-Tard, l’exploitant de dépanneurs et de stations-service y est allé vendredi d’une ultime tentative, qui s’est finalement avérée sans succès, pour tenter de convaincre l’Élysée de changer son fusil d’épaule.

Le fondateur et président exécutif du conseil d’administration de la multinationale québécoise, Alain Bouchard, s’était même déplacé jusqu’en France pour rencontrer en personne le ministre de l’Économie Bruno Le Maire, qui a exprimé à maintes reprises son opposition depuis mercredi.

Même si l’homme d’affaires a proposé des engagements en présentant ses arguments, cela n’a pas été suffisant pour faire changer d’idée M. Le Maire — dont le gouvernement s’est montré préoccupé par des enjeux de sécurité alimentaire — selon les informations qui ont pu être colligées par La Presse canadienne.

En soirée, vendredi, Couche-Tard n’avait pas répondu aux questions de La Presse canadienne visant à savoir si la proposition de l’entreprise, valorisée à 25 milliards de dollars canadiens, était toujours sur la table et si les pourparlers entre les deux parties se poursuivaient. Divers médias ont avancé que les discussions étaient rompues.

Parallèlement, depuis le Québec, le gouvernement Legault a également mis l’épaule à la roue afin de vanter la réputation de la multinationale québécoise auprès du gouvernement Macron.

En conférence téléphonique, vendredi, le ministre québécois de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, a dit comprendre que sur le plan financier, il y avait une entente de principe entre Couche-Tard, Carrefour et les plus importants actionnaires du géant français de l’alimentation.

Mais l’affaire est maintenant « politique », puisque l’Élysée s’inquiète des effets d’une prise de contrôle de son plus important employeur privé en évoquant notamment des enjeux de souveraineté alimentaire.

« Je pense qu’il faut que la société puisse démontrer au gouvernement français que la sécurité [alimentaire] n’est pas en jeu, a dit M. Fitzgibbon. Je ne peux pas dire que je suis surpris [de la réaction du gouvernement français]. »

Le ministre québécois de l’Économie s’est également entretenu avec son homologue français.

En début de journée, M. Le Maire, qui avait déjà prévenu que son gouvernement pourrait se tourner vers le décret sur le contrôle des investissements étrangers en France pour bloquer une transaction, avait continué à manifester son opposition à l’offre de Couche-Tard. Dans le cadre d’entrevues accordées à des médias français, il a manifesté un refus « clair et définitif » à un regroupement.

« Ma position, c’est un non courtois, mais clair et définitif », a-t-il lancé, à la chaîne BFMTV.

Les commentaires de M. Le Maire ont fait fléchir le cours du titre de Carrefour à la Bourse de Paris, où il a retraité de 2,87 %, à 16,61 euros. Du côté de la Bourse de Toronto, l’action de catégorie B de Couche-Tard a récupéré une partie de ses récentes pertes en grimpant de 1,69 $, ou 4,7 %, pour clôturer à 37,98 $.

Couche-Tard a proposé 20 euros pour chaque action de Carrefour dans ce qui pourrait devenir la plus importante acquisition de l’exploitant de dépanneurs et de stations-service. Le paiement s’effectuerait essentiellement en espèces.

« Il y a deux façons de regarder les choses, a dit Yan Cimon, professeur titulaire de stratégie à la Faculté des sciences de l’administration de l’Université Laval. Soit que le “non” du ministre français est un levier de négociation, comme cela est le cas dans plusieurs transactions, ou la fin de non-recevoir n’est pas économique mais essentiellement politique. »

D’après des informations rapportées par divers médias, l’entreprise québécoise aurait été prête, dans le cadre de ses engagements, à investir plus de 4,5 milliards $ CAN dans les activités de Carrefour au cours des cinq prochaines années en plus d’offrir des garanties en matière d’emploi.

L’entreprise française a vu le jour il y a plus de 60 ans. Elle exploite près de 13 000 hypermarchés, supermarchés et dépanneurs répartis dans 30 pays comme la France, l’Espagne, l’Italie, le Brésil, l’Argentine et Taïwan. Son effectif est supérieur à 320 000 employés.

De son côté, le réseau mondial de la société établie à Laval compte 14 200 points de vente.

L’intérêt de Couche-Tard pour Carrefour a surpris certains analystes financiers, qui se sont interrogés sur les raisons ayant incité l’entreprise, qui est spécialisée dans le commerce de proximité, à se tourner vers un détaillant qui exploite entre autres des supermarchés.

« Nous estimons qu’il y a des limites pour Couche-Tard en raison d’un faible chevauchement géographique et commercial et nous prévoyons des synergies limitées (certainement selon les normes de Couche-Tard) », a estimé l’analyste Mark Petrie, de CIBC Marchés mondiaux.