L’intérêt de Couche-Tard pour Carrefour scruté à la loupe

L’intérêt de l’entreprise québécoise pour le spécialiste de l’alimentation a continué de faire des vagues jeudi.
Photo: Loic Venance Agence France-Presse L’intérêt de l’entreprise québécoise pour le spécialiste de l’alimentation a continué de faire des vagues jeudi.

Qui est Couche-Tard au juste ? De quoi discute-t-il avec Carrefour pour la suite des choses ? Quelle position adopterait vraiment le gouvernement français si les deux entreprises lui soumettaient un dossier ? L’intérêt de l’entreprise québécoise pour le spécialiste de l’alimentation a continué de faire des vagues jeudi, au lendemain des réserves exprimées par un influent ministre se disant préoccupé pour la « souveraineté alimentaire » du pays.

Les deux sociétés ont l’intention de poursuivre leurs discussions et Couche-Tard s’apprêterait dans les prochains jours à préciser des engagements pour l’avenir de Carrefour, a écrit Le Figaro jeudi. Sans identifier ses sources, le quotidien français a ajouté que la compagnie fondée par Alain Bouchard s’engagerait notamment sur le maintien de l’emploi dans les activités françaises de Carrefour pendant deux ans, le maintien du siège en France et des investissements de trois milliards d’euros sur 36 mois.

L’actionnariat de Carrefour est assez fragmenté, il y a beaucoup d’investisseurs institutionnels qui pourraient être contents d’une telle transaction en regard de la performance du titre ces dernières années

 

« Pour le moment, toute l’information dévoilée publiquement par Alimentation Couche-Tard se trouve dans les deux communiqués de presse publiés à ce jour », a indiqué au Devoir la société lavalloise dans une déclaration transmise par un cabinet externe.

Le média français BFM Business, de son côté, s’est demandé si l’offre de « rapprochement amical » soumisepar Couche-Tard pourrait, dans les faits, offrir une porte de sortie pour des actionnaires de Carrefour tentés de reprendre leurs billes après des rendements décevants. Selon divers médias français, le milliardaire Bernard Arnault détenait environ 9 % des actions de Carrefour à la fin de 2019, comparativement à 10 % pour la famille Moulin (propriétaire des Galeries Lafayette) et 7,5 % pour l’homme d’affaires brésilien Abilio Diniz.

Carrefour, qui compte 817,6 millions d’actions en circulation, a une capitalisation boursière de 14,2 milliards d’euros (21,8 milliards canadiens). Lorsque M. Arnault a fait son entrée remarquée au capital du géant, en 2007, le titre se négociait autour de 56 euros. Il a bondi de 13 % à 17,54 euros mercredi après l’annonce des discussions — et le communiqué de Couche-Tard évoquant l’idée d’une offre à 20 euros —, mais il reste en baisse de 30 % sur cinq ans. Jeudi, il s’est replié à 17,10 euros.

« L’actionnariat de Carrefour est assez fragmenté, il y a beaucoup d’investisseurs institutionnels qui pourraient être contents d’une telle transaction en regard de la performance du titre ces dernières années », a observé Yan Cimon, professeur titulaire de stratégie à la Faculté des sciences de l’administration de l’Université Laval. « Ceci, sans égard au fait que Bernard Arnault (LVMH) soit dans l’actionnariat. »

À 20 euros par action, la transaction avec Carrefour coûterait 25 milliards canadiens à Couche-Tard, de très loin le plus gros achat de son histoire. La compagnie a dit qu’elle se ferait essentiellement en argent comptant. Couche-Tard avait des liquidités de 3,5 milliards $US au 11 octobre. Jeudi, son titre a perdu 2 %, à 36,29 $.

À voir en vidéo