Toujours la disette pour les détaillants, malgré le ramassage à la porte

Un paquet prêt à être ramassé à la boutique de vêtements Unicorn, sur le boulevard Saint-Laurent à Montréal. Les «fashionistas» doivent patienter à l’extérieur de la boutique pour recevoir leurs achats.
Photo: Hubert Hayaud Le Devoir Un paquet prêt à être ramassé à la boutique de vêtements Unicorn, sur le boulevard Saint-Laurent à Montréal. Les «fashionistas» doivent patienter à l’extérieur de la boutique pour recevoir leurs achats.

Plusieurs boutiques du Québec offrent à nouveau le retrait à leur porte. Cela leur permet de réaliser quelques ventes supplémentaires, qui ne compensent toutefois que très peu leur fermeture.

La propriétaire de la boutique de vêtements Unicorn, sur le boulevard Saint-Laurent, était occupée lundi à préparer de petits paquets et des publications Instagram pour mettre en valeur ses nouveaux arrivages. « On a beaucoup de clientes qui habitent très proche et pour qui c’était ridicule de devoir payer la livraison. Certaines commandes étaient donc en attente jusqu’à ce qu’elles puissent venir les chercher », rapporte Amélie Thellen.

Depuis que le premier ministre François Legault en a fait l’annonce mercredi dernier, c’est chose possible. Les fashionistas doivent toutefois patienter à l’extérieur de la boutique afin de recevoir leurs biens. Mme Thellen estime qu’environ 15 % de ses ventes sont ainsi ramassées à la porte, alors que la majorité des commandes sont toujours acheminées par livraison.

Personne n’a paniqué, les gens ont devancé ou retardé leurs achats pour ne pas les faire en même temps que tout le monde. La raison a gagné sur l’impulsion.

 

Le ramassage a toutefois pour avantage d’éliminer les frais de livraison, qu’ils soient assumés par le client ou par le vendeur. La propriétaire du magasin de meubles et de décoration VdeV, à Montréal, remarque d’ailleurs une légère hausse de ses ventes, qu’elle attribue à cette nouvelle possibilité. « Ce n’est pas tout le monde qui voulait payer pour la livraison de mobilier ou de lampes… Alors certains choisissaient de ne pas passer la commande, affirme Fanny Vergnolle de Villers. C’est bien que le ramassage soit maintenant possible, mais ça ne permet vraiment pas de revenir à un chiffre d’affaires normal. »

L’effet de cette mesure est donc marginal. Depuis son entrée en vigueur, les boutiques de cadeaux Farfelu n’ont eu que deux ou trois demandes pour des commandes à ramasser, dans le stationnement du Carrefour Laval ou devant la succursale de l’avenue du Mont-Royal.

« Il y a très peu de demande en ce moment pour des cadeaux d’hôtesse ou d’anniversaire », reconnaît la copropriétaire Sylvie Delcourt.

Selon le Conseil québécois du commerce de détail, plusieurs commerces ont décidé de ne pas adhérer au ramassage aux abords du magasin, pour se concentrer sur la vente en ligne.

Pas de folie dans les épiceries

Contrairement à ce que certains craignaient, le couvre-feu n’a pas occasionné de plus longues files d’attente ou de ruée vers les épiceries. Les clients auraient modifié leurs horaires pour éviter la cohue.

« On avait un peu peur de fermer à 19 h 30, puisque nos épiceries ferment habituellement à 23 h et que ça nous coupe beaucoup d’heures, mais les clients étaient bien préparés », juge Patricia Chouinard, directrice des opérations pour les supermarchés PA, à Montréal et à Laval. Selon elle, les files d’attente étaient semblables à celles des dernières semaines.

« L’achalandage a été très stable dans les derniers jours, rapporte Annie Paquette, directrice du marché Pasquier, à Saint-Jean-sur-Richelieu. On a eu un peu plus de gens jeudi et vendredi, mais ça s’est calmé cette fin de semaine. Il faisait beau, alors j’imagine que les gens ont fait des activités extérieures. »

La situation a été similaire pour la majorité des détaillants en alimentation, selon le directeur des relations gouvernementales au Québec pour le Conseil canadien du commerce de détail. « On a pu constater un gros maximum de cinq à six minutes d’attente à certains endroits », dit Jean-François Belleau. « Personne n’a paniqué, les gens ont devancé ou retardé leurs achats pour ne pas les faire en même temps que tout le monde. La raison a gagné sur l’impulsion. »

Le président-directeur général de l’Association des détaillants en alimentation du Québec, Pierre-Alexandre Blouin, notait pour sa part un achalandage plus important que d’habitude lundi, journée habituellement tranquille, ainsi qu’une hausse des commandes téléphoniques et en ligne.

De leur côté, des pharmacies ont décidé volontairement de suivre elles aussi le couvre-feu en réduisant leurs heures d’ouverture, vraisemblablement en raison de la baisse d’achalandage. Hugues Mousseau, directeur de l’Association des bannières et chaînes de pharmacies du Québec, recommande aux citoyens qui doivent se rendre dans une pharmacie après 20 h d’appeler pour vérifier qu’elle est bien ouverte.

M. Mousseau souligne toutefois que bon nombre de pharmacies ont décidé de maintenir leurs heures d’ouverture habituelles pour répondre aux besoins des citoyens. Il y a toujours une pharmacie ouverte 24 heures par jour à Montréal, Laval et sur la Rive-Sud, de même que jusqu’à minuit à Québec.

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