Se réinventer pour mieux aider les personnes de la diversité à être recrutées dans le numérique

Les fondatrices du Salon des opportunités ont lancé la première édition numérique en octobre dernier, dans une atmosphère 2D intégrant des stands d’exposants et des conférences. «Mon
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Les fondatrices du Salon des opportunités ont lancé la première édition numérique en octobre dernier, dans une atmosphère 2D intégrant des stands d’exposants et des conférences. «Mon "background" m’a aidée à comprendre comment cela fonctionne!», lance Nersa W. Dorismond, bachelière en informatique de gestion.

Depuis bientôt un an, des milliers d’entrepreneurs sont appelés à faire preuve d’audace et de créativité pour amortir les contrecoups économiques de la pandémie de COVID-19. Les fondatrices de la firme de recrutement de personnel GestionPCO et du Salon des opportunités se sont « virées sur un dix cents » afin de réinventer leur modèle d’affaires sur le numérique et continuer à créer des maillages entre les candidats de la diversité et les entreprises.

Nersa W. Dorismond et Nathalie Dorsainville ont dû faire face à de nombreux défis depuis que la pandémie a frappé, au moment même du lancement de la quatrième édition de leur salon d’emploi prévu le 13 mars. « Nous avons dû regarder rapidement quels outils étaient disponibles pour nous permettre d’offrir un salon malgré le confinement », souligne Mme Dorismond, présidente de la firme et fondatrice du salon.

Offrir une expérience virtuelle d’embauche

 

Souhaitant donner l’impression aux visiteurs d’assister vraiment à un salon et continuer à offrir aux employeurs un accès à des rencontres avec des candidats, elles ont lancé la première édition numérique en octobre dernier, dans une atmosphère 2D intégrant des stands d’exposants et des conférences. « Mon background m’a aidée à comprendre comment cela fonctionne ! », lance Mme Dorismond, bachelière en informatique de gestion. « Quand il y a un problème, il faut le transformer en occasion. Il faut s’arrêter, le regarder et trouver une façon de le remanier. »

La plateforme numérique a permis aux employeurs de présenter leurs entreprises, de rencontrer les gens et de faire des entrevues individuelles, le tout virtuellement. « La plupart des employeurs trouvent cela plus intéressant, car cela leur permet de cibler mieux les candidats et de gagner du temps en faisant moins de déplacements », explique la gestionnaire d’origine haïtienne, qui estime avoir accueilli près de 400 visiteurs lors du premier salon virtuel, dont plus de la moitié cherchaient activement un emploi.

Spécialistes de la diversité

  

Le premier salon organisé par GestionPCO en septembre 2017 consistait en des conférences données par des gens de la diversité occupant des postes de haut niveau. « Lorsqu’on a constaté que des gens de couleur étaient quand même bien placés dans des entreprises, l’idée nous est venue d’ouvrir une agence de placement de professionnels issus de la diversité », dit Mme Dorsainville, vice-présidente de la firme et cofondatrice du Salon des opportunités.

Bachelière en administration des affaires avec un profil en ressources humaines, elle s’est lancée dans ce domaine, car elle tenait à aider notamment les gens issus de la communauté noire à trouver des emplois. « Je ne peux dire que j’ai vécu du racisme personnellement, car j’ai très bien réussi à faire ma place, mais j’ai toujours eu l’impression de devoir travailler un peu plus fort pour obtenir des postes à certains endroits », explique-t-elle.

Elle souhaitait mettre ses connaissances au profit des gens des minorités culturelles afin de les aider à se faire valoir « au-delà de leur couleur de peau » devant les employeurs. « Souvent, il n’est question que de quelques minutes avant que la barrière tombe. Dès que tu commences à parler et que la personne devant toi constate ta crédibilité, ta couleur de peau passe au second plan. »

Photo: Courtoisie Nathalie Dorsainville, vice-présidente et co-fondatrice du Salon des opportunités
Les deux gestionnaires nées au Québec de parents immigrants d'Haïti souhaitaient faire changer les choses. « On s’est dit qu’on ne pouvait pas rester les bras croisés. On sait quoi faire, où aller, à quelle porte frapper, alors on voulait aider d’autres immigrants pour qu’ils puissent s’intégrer rapidement à la toile économique québécoise », exprime Nathalie Dorsainville.

« Femme noire en informatique, j’ai souvent été embauchée parce que j’étais un quota, lance pour sa part Nersa W. Dorismond. Il y a des gens qui trouvent les quotas péjoratifs, mais moi, je les vois comme une occasion ; être un quota, ça ouvre des portes ! »

Opérer 100 % à distance

  

L’équipe de Gestion PCO opère entièrement par télétravail à partir de Beaconsfield, Saint-Eustache et du centre-ville de Montréal. Les quatre employés de la firme ont été embauchés eux aussi en mode virtuel durant la pandémie.

« On avait prévu d’aménager dans des nouveaux bureaux en septembre dernier, mais la COVID-19 a changé nos plans, indique Mme Dorismond. Nous avons bien hâte de nous voir en personne, mais je ne suis pas certaine de vouloir louer un bureau pour le moment. »

Arrivée du Cameroun à la fin de 2015 afin de poursuivre des études universitaires, Pascaline Hele Taka a été embauchée à titre d’adjointe administrative chez GestionPCO par processus virtuel en août dernier. Responsable d’organiser les rencontres virtuelles de recrutement, elle raconte que, bien qu’en général les clients s’adaptent à la nouvelle façon de faire, ceux qui sont moins à l’aise avec la technologie ont besoin d’un accompagnement plus serré. « Lors du salon virtuel, en octobre dernier, il a fallu former les exposants qui avaient des kiosques pour les aider à naviguer à travers le site. Et un grand nombre de visiteurs posaient beaucoup de questions pour savoir comment s’y retrouver », explique la résidente de Saint-Eustache.

Une expérience remarquable

  

Souhaitant réorienter sa carrière, Rose Carlie, résidente de Repentigny, a contacté GestionPCO au mois de juillet. « Avant même que je passe une entrevue avec mon employeur actuel, Nersa et Nathalie ont fait un travail extraordinaire pour cibler mes besoins lors des entrevues initiales », nous confie la coordonnatrice exécutive chez le Groupe 3737, arrivée d’Haïti avec son conjoint en 2010.

Aujourd’hui mère de trois enfants, elle est très contente de pouvoir concilier travail et famille en faisant du télétravail. Elle précise avoir particulièrement apprécié le suivi et l’accompagnement reçu après son embauche. « Une semaine après le début de mon emploi, Nersa m’a appelée pour savoir si j’aimais mon emploi et si tout se passait bien. Puis, elle m’a rappelée un mois plus tard. Comparé à d’autres agences avec qui j’ai travaillé, leur service est exceptionnel », souligne-t-elle.

Mme Carlie a participé au Salon des opportunités l’automne dernier, son employeur étant l’un des partenaires exposants. « J’ai été impressionnée par le trafic et le niveau de rétroaction entre les partenaires et les visiteurs. J’ai eu l’occasion de visiter plusieurs kiosques en plus de représenter celui de mon employeur ; l’organisation et le soutien technique fourni étaient remarquables », dit-elle.

La 5e édition du Salon des opportunités est prévue pour l’automne 2021, toujours virtuellement. Cette fois, il sera présenté en partenariat avec le Centre d’action en entrepreneuriat et formation en emploi, qui accompagne une clientèle issue des communautés culturelles dans sa démarche d’intégration professionnelle à la société québécoise.

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