Premier recul de l’emploi en huit mois au Canada

Le secteur de la restauration compte parmi les plus durement touchés au Canada.
Paul Chiasson La Presse canadienne Le secteur de la restauration compte parmi les plus durement touchés au Canada.

La deuxième vague de la pandémie de COVID-19 a pesé sur l’emploi le mois dernier en lui infligeant son premier recul depuis le printemps au Canada.

Le ralentissement de la créationd’emplois du mois novembre s’est transformé en recul le mois dernier au Canada, a rapporté vendredi Statistique Canada. La perte de 63 000 emplois n’a presque pas eu d’impact sur le taux de chômage, qui n’est passé que de 8,5 % à 8,6 %, en raison d’une première baisse notable depuis avril presque équivalente du nombre de personnes à la recherche d’un emploi.

Un phénomène similaire s’est produit au Québec, où la proportion de travailleurs cherchant activement un emploi a tellement diminué en l’espace d’un mois que le taux de chômage a reculé de 7,2 % à 6,7 % en dépit de la perte d’un peu moins de 17 000 emplois.

C’était la première fois depuis les jours les plus sombres de la première vague de la pandémie, au mois d’avril, que le nombre d’emplois et d’heures travaillées reculait au Canada, alors que le Québec avait déjà connu un premier creux en octobre. Ce dernier se retrouve ainsi avec le taux de chômage le plus bas au Canada, l’Ontario étant encore à 9,5 %, la Colombie-Britannique à 8,6 % et l’Alberta à 11 %.

Basé sur enquête réalisée du 6 au 12 décembre, ce portrait reflète notamment l’impact des nouvelles mesures de santé publique adoptées par les pouvoirs publics en réaction à la recrudescence des cas de COVID-19, explique Statistique Canada. Sans surprise, le secteur de l’hébergement et de la restauration (-57 000 emplois en décembre et — 129 000 depuis septembre) ainsi que celui de l’information, de la culture et des loisirs (-19 000 en décembre) comptent parmi les plus durement touchés au Canada, alors que le commerce de détail (+19 000) et la fabrication (+15 000) s’en sont mieux tirés.

Passé avec la COVID-19 de 11,2 % en février à 36,1 % en avril, le « taux de sous-utilisation » de la main-d’œuvre, qui fait la somme des personnes à la recherche d’un emploi, de celles qui en voudraient un, mais qui n’en cherchent plus et de celles qui sont forcées de travailler moins de la moitié de leurs heures habituelles, n’a presque pas bougé en décembre, à 17,1 %.

Inégaux devant la COVID

Après avoir fondu de moitié au pire de la crise en avril, l’emploi dans le secteur de l’hébergement et la restauration accusait encore un retard de presque 26 % le mois dernier, contre 13 % dans celui de l’information, de la culture et des loisirs et de 3 % dans le commerce de détail, alors que celui de la fabrication avait retrouvé tout le terrain perdu ou que les services professionnels, scientifiques et techniques ont presque gagné 5 %.

Cette reprise à deux vitesses a disproportionnellement affecté les travailleurs les plus jeunes. L’emploi des 15 à 24 ans affichait toujours en décembre un manque à gagner de 10,5 % et un taux de chômage de presque 18 %, contre un retard de moins de 2 % et un taux de chômage de seulement 7 % pour les 25 à 54 ans.

17 000
C’est le nombre d’emplois perdus en décembre au Québec, selon les données de Statistique Canada.

La résurgence de la COVID-19 et le resserrement des règles sanitaires n’ont pas manqué aussi de se refléter sur la popularité du télétravail. Après être passée d’un sommet de 42 % en avril à 26 % en septembre, la proportion de Canadiens qui ont travaillé au moins la moitié de leurs heures habituelles à partir de leur domicile est remontée, le mois dernier, à 29 %.

La deuxième vague de la pandémie n’a pas fini de se faire sentir, a prévenu dans une brève analyse Joëlle Noreau, économiste au Mouvement Desjardins. Les données de Statistique Canada ayant été glanées au début du mois de décembre, avant que le Québec et d’autres provinces annoncent des « mesures restrictives encore plus sévères », on doit au moins s’attendre à « un recul temporaire de l’emploi et, vraisemblablement, à une remontée du taux de chômage au début de 2021 ».

Surprise aux États-Unis

Le Canada et le Québec ne sont pas les seuls à avoir connu un difficile mois de décembre. À la plus grande surprise des prévisionnistes, les États-Unis ont été victimes de leurs premières pertes nettes d’emplois, cette fois en sept mois. Le recul, somme toute modeste, de 140 000 emplois a, là aussi, été causé par l’adoption de nouvelles mesures visant à freiner la propagation de la COVID-19.

Encore une fois, ces mesures se sont surtout fait sentir dans le vaste secteur de l’hôtellerie et du loisir (-500 000 emplois), plus particulièrement du côté des bars et des restaurants (-370 000 emplois). Le taux de chômage est toutefois resté inchangé, à 6,7 %, le taux de participation de la main-d’œuvre au marché du travail s’étant aussi dégradé.

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