Un oléoduc américain retient l’attention de Québec

À mi-chemin de son périple, l'oléoduc «line 5» d'Enbridge traverse le détroit de Mackinac, ce qui suscite au sein du gouvernement du Michigan des préoccupations liées au risque d’un déversement dans les Grands Lacs.
Photo: Associated Press À mi-chemin de son périple, l'oléoduc «line 5» d'Enbridge traverse le détroit de Mackinac, ce qui suscite au sein du gouvernement du Michigan des préoccupations liées au risque d’un déversement dans les Grands Lacs.

Le gouvernement québécois suit attentivement le sort d’un oléoduc situé au Michigan qui contribue à l’approvisionnement des installations de raffinage de l’Ontario et du Québec, si bien que le premier ministre François Legault a soulevé le sujet avec la gouverneure de l’État américain le mois dernier.

Propriété d’Enbridge et nommé « ligne 5 » par la société albertaine, l’oléoduc transporte chaque jour 540 000 barils de pétrole léger, de brut synthétique et de liquides de gaz naturel, ce qui permet d’abreuver différentes raffineries de l’Ontario dans la région de Sarnia. Par la suite, la ligne 9 prend le relais jusqu’au Québec.

Or, à mi-chemin de son périple, il traverse le détroit de Mackinac, ce qui suscite au sein du gouvernement du Michigan des préoccupations liées au risque d’un déversement dans les Grands Lacs. La gouverneure de l’État, Gretchen Whitmer, souhaite révoquer une autorisation de 1953 et le fermer en mai prochain, deux ans et demi après que la compagnie et les autorités se sont entendues sur la construction d’un tunnel.

Le Québec compte deux raffineries : celle de Suncor, à Pointe-aux-Trembles sur l’île de Montréal, et celle de Valero, à Lévis. « Nous suivons la situation de très près puisque le pétrole reste une source d’énergie essentielle pour combler les besoins du Québec », a indiqué dans une déclaration le cabinet du ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Jonatan Julien. La ligne 5 est « cruciale pour l’approvisionnement en produits pétroliers », a-t-il affirmé. « Par ailleurs, des démarches ont été effectuées auprès de la gouverneure du Michigan par le premier ministre du Québec en décembre dernier pour lui faire part de notre position. » Cela dit, le Québec a plusieurs autres manières de répondre à ses besoins pétroliers, a-t-il rappelé.

Selon le Globe and Mail, le cabinet du ministre fédéral des Ressources naturelles, Seamus O’Regan, est en communication avec le Michigan et le ministère appuie le projet de tunnel.

Pour contourner ce que certains voyaient comme un développement trop lent dans la construction d’oléoducs au début des années 2010, une partie de l’industrie du raffinage s’est tournée vers le transport de brut par train. Le transport par navires est une autre façon d’acheminer le pétrole aux raffineries, le Québec étant bien desservi par la voie maritime du fleuve Saint-Laurent.

Difficile de prédire l’impact

« La situation géographique de la raffinerie d’Énergie Valero fait en sorte que nous bénéficions d’un port en eau profonde », a indiqué Marina Binotto, directrice des affaires publiques et gouvernementales d’Énergie Valero, raffinerie Jean-Gaulin. « Il est toujours souhaitable de bénéficier d’une flexibilité dans nos sources et modes d’approvisionnement. À ce stade-ci, il est difficile de préciser davantage les possibles impacts pour les consommateurs. »

Les prix à la pompe sont tributaires d’un certain nombre de variables, dont le cours du pétrole brut utilisé dans le raffinage, les marges de profit, mais aussi le cours du gallon d’essence à la Bourse des matières premières à New York (le NYMEX). Ce dernier fluctue au gré de l’offre et de la demande, de même qu’en fonction des capacités de l’industrie du raffinage aux États-Unis.

De son côté, Enbridge affirme que la fermeture de son oléoduc aurait des conséquences graves sur l’économie ontarienne et, en amont, de celle du Michigan et de l’Ohio en raison du rôle qu’il joue dans la production de propane dans ces États. « La région (Michigan, Ohio, Pennsylvanie, Ontario et Québec) verrait un manque à gagner de 14,7 millions de gallons par jour d’essence, de diesel et de carburant pour avions (environ 45 % de l’approvisionnement actuel) », peut-on lire dans un document sur son site Web.

« Les deux raffineries sont dans des situations différentes », a dit le vice-président de l’Association canadienne des carburants pour l’est du pays, Carol Montreuil. « Suncor, à Montréal, est au bout de la ligne 9, qui ne continue pas jusqu’à Québec. » À l’inverse de l’Ontario, les raffineries québécoises peuvent aisément s’alimenter en brut provenant d’ailleurs. Valero a son port, mais dans le cas de Suncor, « c’est plus délicat », a-t-il dit. Un oléoduc relie depuis longtemps Portland, dans le Maine, et Montréal. « Il n’est à peu près pas utilisé présentement. Il faudrait le remettre en service, même s’il n’est pas fermé. » Surtout, a dit M. Montreuil, « il ne faudrait pas que le gouvernement du Michigan décide de faire ça sans donner d’avis nécessaire ».

De manière générale, les raffineries sont discrètes sur la provenance géographique de leur approvisionnement et affirment qu’il s’agit d’informations commerciales qu’elles ne souhaitent pas dévoiler aux concurrents.